J’ai pris mes cliques et mes claques

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé partir. Quand j’étais toute petite je me suis faite opérée des amygdales. Le seul souvenir que j’en ai c’est d’avoir préparé ma valise. C’était une petite valise en plexyglas bleu pastel avec des paillettes incrustées dans le plastique. Il devait y avoir un numéro de Popi et des vieux bouts de scoubidou. Dans mon souvenir elle est immense. Elle devait probablement faire la taille de ma tête maintenant.

Cette fois-ci c’était une plus grosse valise. Enorme.

Aujourd’hui je souffle la bougie du deuxième mois de mon arrivée à New York. Une ville monstrueuse.

Il était temps de commencer un blog. J’en ai toujours eu. J’ai raconté mes aventures à Ramallah (ici et ensuite ici), en Guyane (brièvement), et depuis Beyrouth.

Avant d’écrire quoi que ce soit, des réponses (déjà).

Pourquoi ne pas avoir commencé plus tôt?

Mois 1:

– J’ai passé les premières semaines de mon séjour chez une amie.

– Parce que je cherchais un appartement, ce qui prenait du temps.

– Et me pourrissait le cerveau.

– Je n’aurais voulu embêter personne avec mes histoires de brokers au passé sulfureux ou à l’anglais douteux, mes visites d’appartements avortées et/ou catastrophiques,  de la paperasse incroyablement relou,…

Mois 2:

– Ensuite, j’ai finalement trouvé un appartement – au dessus d’un funérarium certes, mais la recherche d’un toit au dessus de ma tête était devenue une quête bien trop importante pour s’en embarrasser.

– Mais j’ai du me mettre sérieusement à travailler.

– Je n’aurais voulu embêter personne avec mes camarades disgracieux, mes profs superstars, mes deadlines impossibles, ma potentielle expulsion des Etats-Unis pour manque d’un rappel de vaccin contre la rubéole, mes angoisses pré-vie-d’adulte,…

Mais qu’est ce que je fous ici? / Ce que je pensais avant de venir:

– « Les Américains sont des gens géniaux. Ils sont beaux, ils sont drôles, ils ont la pêche, ils sont enthousiastes, ils boivent du café dans des grandes tasses, ils portent des fringues délirantes, ils courent partout comme dans les Fous du Volant, ils ont tout inventé, ils travaillent beaucoup parce qu’ils sont passionnés, ils sont hyper efficaces, ils sont positifs, ils adorent les Français en fait, … Et puis j’ai vraiment besoin de partir, de toutes façons je ne trouverais JAMAIS de travail à Paris. Tu vois je crois que je vais être très très heureuse là-bas »
 
CR à Judith Rueff, Narva, mai 2011

New York m’a tuée changée:

– En ce qui concernent les New Yorkais… Ils ne sont pas si éloignés de ce que je décrivais en mai. Tout est presque vrai. Ce qui est vrai est aussi pire. Tout est pire (« better » en langage autochtone).

Ils sont better than beautiful avec des dents qui brillent vraiment dans la nuit.

Ils sont better than fun avec leurs gags à la con.

Ils ont more que la pêche -c’est carrément une corne d’abondance de fruits exotiques saupoudrée de cocaïne.

Ils sont better than enthusiastic avec leur « You’re sooooooooooo great! You’re amazzzzzzzzzzing! » – un peu déroutant au début, mais on s’y fait.

Ils boivent des cafés dans des grandes tasses, et en plus ils en boivent tout le temps – pourquoi pas, hein?

Ils portent des fringues better than délirantes. Enfin certains.

Ils courent partout, mais là encore, better: leur journée dure 36 heures.

Ils n’ont pas tout inventé puisque c’est les Chinois qui ont tout inventé, mais ils en parlent très bien.

Ils travaillent beaucoup parce qu’ils n’ont pas le choix (cf #OWS).

Ils sont hyper efficaces, more: ils font des to-do lists à tour de bras pour checker ce qui est fait et pouvoir être bien certain d’être efficace (le tout leur prend un tiers du temps consacrée à une activité donnée).

Ils sont better than positifs, ici à part le communisme d’Obama -et encore- rien n’est grave : la guerre en Afghanistan est un fait incontestable, l’affaire DSK est totalement incompréhensible, l’obésité aux Etats-Unis : « it’s getting better » (n’importe quoi),…

Ils adorent les Français: oui. Il y a une étudiante de mon école (qui par ailleurs à une horse face) qui me dit environ 7 fois par jour : « AAAAH CAN’T BELIEVE IT! YOU’RE SOOOO FRENCH! AAAAH MY LITTLE AMELIE! » avec un air de délice assez terrifiant. Je précise que parfois je n’ai rien dit, rien fait. Je suis telle une moule apathique. C’est super french. On dirait.

– En revanche, j’avais besoin de partir. A Paris, je serais peut-être devenue une moule apathique paralysée cérébrale dans le coma végétatif pour de bon. Ici il m’arrive de sortir de cet état pour faire des tas de trucs de New Yorkais.

  1. Prendre des photos de mon petit déjeuner comme si j’avais un blog de foodista,

    Yummy *XoXo*😀 !

  2. Prendre des photos des ravages d’Irène,

    Tournesols, Brooklyn - Irène D+1

  3. Manger des bagels avec EXTRA cheese cream,
  4. Manger des pizza slices sur Times Square – en vrai j’ai été forcée par mon ami Don Juan (remember Ramallah !),
  5. Enquêter dans le Bronx et publier des articles vraiment séditieux,
  6. Découvrir des chansons trop géniales,        
  7. Faire du yoga – quoique ça ne me sorte pas trop de ma condition de mollusque serein,
  8. Ne pas aller à Central Park.

Bref, je sens que tout ça s’annonce vraiment bien.

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Une réflexion sur “J’ai pris mes cliques et mes claques

  1. […] comme s’il m’envoyait au casse pipe (et moi pendant ce temps la je lui riais au nez, en me souvenant d’Irène). Mais il m’était sympathique car il répétait qu’il faut respecter les gens, que ça […]

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