Aujourd’hui nous parlerons de représentations mentales. Ancienne élève névrosée de prépa, je suis obsédée par l’idée d‘imagier mental de Stendhal.

 
Représentation mentale #1:

Vos membres engourdis sont des troncs d’arbres. Impossible de les mouvoir: tous ont la densité de la forêt amazonienne -qui n’est donc pas si mal en point. Même vos oreilles sont remplies de feuilles épaisses de platane. Vous parvenez à peine à discerner un air de boogie-woogie très lointain. Il s’agit en fait de votre réveil. Lorsque vous le réalisez, timber, vos jambes et vos bras reprennent plus ou moins vie sous l’impérieuse nécessité d’aller travailler puisque vous avez déjà 25 minutes de retard.

Représentation mentale #2:

Telle la princesse au petit pois vous êtes envahi de pile de matelas rembourrés. Vous aimeriez vous y vautrez mais vous n’arrivez pas à choisir celui qui comblera le mieux vos aspirations au confort. Pour ne rien arranger, une bande d’abrutis vous jètent des matelas supplémentaires à longueur de journée sur la tête. Quelque part, parmi ces centaines de milliards de taches à accomplir et d’histoires à pitcher se cache un véritable reportage merveilleux. Le reportage qui vous ouvrira les portes du prix Albert Londres. Les imbéciles vous le disent: vous avez de la chance de faire tant de choses. Mais courir de matelas en matelas, c’est comme compter les arcs en ciel au lieu de récolter les marmites de pièces d’or à leur pieds: c’est beau mais ça ne vous fait pas avancer.

Représentation mentale #3:
Vous pouvez sentir des bosses se former sur votre front et des ecchymoses se dessiner sur votre peau. Une douleur silencieuse mais intense. Les coups sont secs et répétés. A bien y réfléchir c’est comme être le gendarme qui plie sous les coups de Guignol et Gnafron. L’avenir, votre subsistance même, vous semblent de plus en plus incertains. on dirait que ces attaques ne vont jamais s’arrêter. L’unique raison pour laquelle vous vous refusez à une contre offensive est le sentiment que ce serait de mauvais gout. Vous avez devant vous un journaliste qui a entre 30 et 100 ans, qui vous saoule avec les non-débouchés de la profession et sa sinistrose. Vous lui opposeriez bien votre enthousiasme ou qu’il est un gros con, mais ça ne se fait pas.
Attention, ça pourrait finir comme ça:

Représentation mentale #4:
Comme dans l’Armée du Crime, vous essayez d’échapper aux nazis en fuyant par un vasistas. Vos bras forcent. Vous vous hissez sur le toit mais c’est trop tard. Ils vous tirent par les chevilles pour vous ramener dans la sombre mansarde où vous fabriquiez des bombes artisanales sans rien demander à personne. Le combat dure une éternité. Vous vous hissez a bout de force en tenant fermement le cadre de la lucarne, la taille déjà au dehors. Ils referment leurs mains monstrueuses sur vos mollets, ils vous tirent vers le bas bien que vous vous débâtiez. C’est insoutenable. Ici, les nazis sont tout à la fois les empêcheurs de tourner en rond sans scrupules (employeur retors, collègue compétitif, loyer à payer ,…) et vos peurs (de l’échec, du ridicule, …). Vous voulez vous hisser sur le toit pour vous accomplir. On ne sait pas encore qui gagnera ce combat.

Représentation mentale #5:
Vous cherchez des réponses. Votre interlocuteur joue à « han!-arrête-de-répétez-tout-ce-que-je-dis ». Vous êtes visiblement en désaccord sur la finalité de l’échange.
Exemple 1:
– Je voudrais savoir combien de temps ça prendra pour avoir mon numéro de sécurité sociale.
– Vous voudriez savoir combien de temps ça prendra.
– Oui.
– Oui.
– Oui?
– Oui.
– Ah.
– Ah.

Exemple 2:
– Je me demande si je vivrais un jour du journalisme.
– Ah moi aussi, je me demandais si je vivrais un jour du journalisme.
– Quel a été le déclic? Qu’est ce qu’il faut faire?
– Je me demandais aussi quel serait le déclic, et ce qu’il fallait faire.
– Enfin l’essentiel c’est de rester motivé.
– Ecoute… Ce que je te conseille, c’est surtout de rester motivé.

Parfois vous êtes dans la situation du répéteur:
– Enfin c’est fou! Il faut quand même pouvoir vivre de son métier.
– Oui, c’est fou. Il faut quand même pouvoir vivre de son métier.
– Et la reconversion? Tu y as pensé?
– Et la reconversion? Y ai-je pensé?
– Tu te rends compte que tu ne vas pas travailler sur des histoires de cowboys ou de starlettes toute ta vie!
– Je me rends compte que je ne vais pas travailler sur des histoires de cowboys ou de starlettes toute ma vie.
– En revanche, New York, c’est bien. C’est quand même le siège de l’ONU…
– C’est quand le siège de l’ONU, oui.
– Oui.

Représentation mentale #6:
Votre cerveau se compresse sous forme cubique. Plus la journée avance plus se cube rapetisse et se densifie. Tel un rubicub sous crack il se cogne contre les parois fragiles de votre crâne. Vous avez mal à la tête.
Si toi aussi tu te représentes le monde avec poésie, n’hésite pas à en parler à tes amis.

 

 

Mémoire visuelle

Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :