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Hier après-midi j’ai été filmer l’Israélien du Floyding. Un tournage que je trouve particulièrement magique puisqu’il était en retard et que, littéralement, on a eu les 5 dernières minutes de lumières du jour. Ça confirme mon excellent karma pour 2013.

Juste après, on bavardait et finalement on est venu à parler de l’Etat hébreu. Comme je n’aime pas trop les élans militants et les malentendus, j’élude toujours un peu mon passage dans la région quand je parle à un Israélien. C’est toujours un peu awkward.

Et finalement cette fois ci ça s’est très bien passé. Son visage ne s’est pas complètement fermé quand je lui ai dit que j’avais habité à Ramallah. Et il ne s’est pas mis à proférer des absurdités des opinions dont je conteste le fondement rationnel.

Vraiment… 2013 commence bien.

Un Israélien à New York

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Luncheon

J’ai déjeuné avec mon roux préféré, et on se disait que peut-être qu’au lieu de ne pas vouloir ressembler à de vieux journalistes, on devrait céder à l’aigreur de ces vieux routards; peut-être que c’est ce qui fait un bon journaliste.
Il a trouvé un travail dans des shows de divertissement proche de la télé-réalité et on se gausse réciproquement des sujets sur lesquels on travaille, les comparant à ceux qu’on rêvait de faire il y a un an. Entre temps, le fait que tout le monde se moque du monde parallèle des ouvriers de la restauration portoricains s’est imposé comme une dure vérité. Couvrir la Syrie vs. couvrir Katie Holmes autrement dit.
Du coup, après un passage chez Dude Food, il travaille maintenant sur un émission qui, à l’aide de stars de troisième zone, définit ce qu’est la sexytude. Comme on était en plein exercice de « daydrinking » -les américains ont vraiment un mot pour tout, on était plein de verve.
Je trouve génial qu’il y ait des jeunes gens comme lui qui dédramatisent aussi bien les idéaux de wannabe Albert Londres. Il est content et plein d’ironie sur cette industrie du divertissement. Il se moque de mes sujets sur cette brave Katie Holmes, et c’est salutaire.

Versus

Quand tout le monde racontait à quel point Downton Abbey était une super série, ce ne me donnait qu’une envie: ne surtout pas regarder. En plus, écouter des Américains se gausser les traditions aristocratiques britanniques n’est pas très attirant vu qu’ils ne comprennent rien.

Au final, Gossip Girl ayant malheureusement rendu l’âme, j’ai cédé. C’est donc l’histoire d’une maison anglaise dans le Yorkshire (ahah!), où un lord et sa progéniture affronte les aléas de l’existence à l’approche de la première guerre mondiale. La femme de Lord Grantham est américaine, et sa mère débarque de Newport pour le mariage d’une des filles. La confrontation entre cette américaine folle de modernité et d’allure avec la famille d’anglais si profondément traditionnels est hilarante*.
Je vous raconte tout ça parce que l’autre jour je vois un ami de passage, un ami de prépa que j’aime beaucoup et qui en a dans le ciboulot. En ce moment il prépare l’ENA.
En parlant de nos quotidiens et surtout en récitant mon discours sur les us et coutumes américaines (plus on rencontre des touristes, plus on finit par raconter exactement la même chose), je me suis aperçue à quel point on avait changé. Notre perception du monde est de plus en plus différente. Il considère le Monde comme le seul et unique quotidien de référence, je vois ce journal comme un fossile appelé à disparaitre et dont le lectorat a au moins 50 ans. Il valorise un travail universitaire, le panache rhétorique et élitiste, la carrière balisée. Je lui parle de l’obsession de la productivité et de l’efficacité ici, il trouve ça malsain. Je ne dis pas que l’un d’entre nous a raison, on a d’ailleurs sûrement tort tous les deux. Mais pendant une minute j’ai eu l’impression qu’on revivait cette querelle entre ancien et nouveau monde.

*C’est en fait l’exact même ressort que dans ce film totalement sous-estimé à mon avis, Easy Virtue:

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Mon casting de diner de noël était très risqué mais ça s’est bien fini.

Étaient présents:

– Le Breton qui n’aimait pas le Chouchen, et qui du coup avait apporté du whisky. Je pense qu’on peut lui décerner la palme du Héros de Noël tellement il a apporté le Santa Spirit classique dont cet appartement avait besoin. C’est simple, j’avais l’impression que c’était mon cousin.

– Ma coloc californienne et pâtissière qui m’a sauvé la vie en m’apprenant des trucs et astuces, et qui a surtout réussi à mettre en chauffe tout le monde pendant que je surveillais ma cuisson. Il faut dire que l’aventure qui l’attend (obtenir un visa pour la France) est un vaste sujet.

– Un Israélien que j’avais rencontré au Floyding. C’était son premier dîner de noël donc quand il s’est mis à neiger il a failli faire un arrêt.

– Un vieux copain de la fac, je l’appellerais le Philippin, parce que c’est de là que vient sa famille qui -en gros- le fait chanter, pour que tous ses cousins puissent venir en Amérique devenir infirmier. D’ailleurs cette même famille ne comprend pas pourquoi il fait du journalisme -d’abord c’est quoi le journalisme?

– Une copine de lycée qui vient de s’installer à New York avec son cher et tendre. Elle a décroché un stage payé à 4 chiffres chez des PR, il y en a qui ont du nez. Six mois avant elle quittait Bangkok où elle décrivait des raves pour des sites branchés de la rive droite. Donc comme on dit ici: « she’s a lot of fun« .

– Mon fidèle ami aux yeux noirs, j’ai déjà été assez hagiographique ici à son propos. La vibe juive qu’il a apportée était un vrai plus.

– Son coloc indien, intéressant apport exotique aussi. Et ses histoires de musicien parcourant les Etats-Unis sont très marrantes.

– Les Halles de Paris. En une seule personne, eh oui. Gouaille de maraichère et lexique de petite racaille de Brooklyn, cette fille, étudiante/serveuse à New York a les épaules d’un trooper et un potentiel d’Arletty assez divertissant.

– Genépi, arrivée sur le tard, elle a apporté une touche de style assez capitale. Bonne contribution.

On écoutait une sélection musicale du Breton qui n’aimait pas le Chouchen, pointue. Mon marathon en cuisine m’a convaincue de ne jamais être femme au foyer mais bon bilan quand même. Ce qui émerge de nos débats c’est que New York est l’anti ville hippy par excellence et que personne ne porte du parfum à cause de la promiscuité suintante dans le métro.

Casting

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Une personne de ma boite me casse les pieds, principalement à cause de son style, ça peut vous sembler risible mais ça ne l’est pas.

Je déteste sa vulgarité, son trop plein de confiance en lui, sa gouaille de parvenu.

S’il n’avait pas de rapport hiérarchique entre nous je pense que je supporterais sans problèmes le rustre. J’aurais même sans doute compris pourquoi il était comme ça (pour avoir l’air accessible? cool? par sincère misogynie?..?).

Mais là ces diatribes de vieux roublard me laisse simplement le regard effrayé d’une sainte nitouche qui n’en revient pas. Pourtant je crois vraiment que le mec est super bon, hyper qualifié pour le job et très doué.

Je crois qu’en télé ce profil de cowboy n’est pas si exceptionnel. En tous cas c’est ce que les gens disent. Je vais donc essayer de me mettre au diapason en utilisant davantage une de ses expressions favorites : « sa mère la pute en short« . Je vous dirais si ça fonctionne.

Cowboy

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Réveillée aux aurores, j’ai couvert ce matin le SantaCon. C’est un flashmob géant de mecs déguisés en emblèmes de noël, qui se dispersent pour errer dans des bars toute la journée sous leur bonnet rouge et blanc. Vernis charity de l’opération cette année: récupérer des boites de conserve pour les démunis par Sandy.

CRouveyrolles

C’est surtout l’occasion pour une bande d’allumés de se déguiser en sexy mère noël, en sexy casse-noisette, en sexy sapin de noël, en sexy renne, en sexy Harry Hannukah ou en sexy plumfairy. Et d’être ivre à 10h du matin quand ils se retrouvent tous autour du Hudson Park River. Une prouesse quand on y réfléchit bien puisque 10h c’est tard pour être une fin de soirée si tu as bu toute la nuit, donc que ces mecs se sont réveillés pour boire, précisément. Du coup l’expérience est assez traumatisante puisque tu te retrouves seul civil au milieu de cette gigantesque foule de filles dénudées et de pères noël plus ou moins stables, qui arrivent sans discontinuer avec leur chicken soup can à la main en essayant de danser, de chanter ou juste d’irradier de bouffonnerie. Autre prodige, cette ribambelle de clowns éméchés adorent passer devant la camera en faisant des grimaces: ET NE S’EN LASSENT JAMAIS. Amazing.

CRouveyrolles

Après l’envoi très laborieux de ce sujet à l’AFP, il fallait courir à l’exact opposé: un artiste très conceptuel exposant 4 photos tout aussi abstraites que ses références à Michaux et Barthes. Mon cerveau moulinait complètement dans cette galerie de la taille d’un dé à coudre.

« ah-vraiment-on-ne-s’ennuie-jamais-dans-ce-métier! »

SantaCon

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Vox populi

Hier au lieu de participer à ce concours génial, j’oeuvrais pour l’amitié franco-grecque. On nous a demandé un autre micro-trottoir en bas de chez la belle Katie Holmes. Exercice tout à fait excitant. On était pressée parce qu’on était partie en retard comme d’habitude.

Comme c’est la énième fois qu’on fait ce sujet, je connais le quartier par cœur. Je sais qu’il y a un magasin de tissus tenu par des juifs polonais juste en face de chez Katie. La fille de la famille a un œil de verre. La dernière fois, ils m’ont donné d’excellents sonores. Je tente donc ma chance. Ni la fille, ni la mère ne sont là. Le fils ne veut pas parler mais il nous renvoie sur son homme de main, un jeune garçon ingrat, qui aurait vu l’actrice. Une plus-value non négligeable pour notre micro-trottoir.

Là, je ne sais pas ce qui s’est passé… Deux femmes? La télé française? Loïs Lane? La camera? En tous cas tous les voyants rouges égaient allumés, notre sujet a complètement perdu les pédales, nous imposant cette figure de style de la routine microtrottoirienne qui peut me déprimer pendant plusieurs jours.

 

– Bonjour, je ne suis journaliste pour la télé française, vous avez une minute? C’est à propos de Katie Holmes qui habite en face.

– …

– …?

– Heuu c’est pour faire quoi?

– Je suis journaliste pour la télévision française, je travaille pour une émission de divertissement. Je voudrais vous poser quelques questions sur Katie Holmes. C’est juste un micro-trottoir, vraiment une minute, sur le quartier, elle, son emménagement…

– Ah bon ok…

– Je vais vous mettre un micro si vous voulez bien. Ma collègue arrive avec la camera.

– Ah c’est pour la télé?

– Oui monsieur, c’est pour la télé française.

– Et vous êtes française?

– Oui

– Vous visitez New York?

– Non je travaille ici.

– Pour une télévision française?

– Oui. Alors vous avez une minute?

– …

– (copain du debilos) : Ah ouais il l’a vue!! Il va vous raconter!!

– Ah bon? Ah c’est super, vraiment merci beaucoup de nous répondre, c’est très gentil.

– Ah… j’ai pas dit oui.

– Ah. Qu’est ce que je peux vous dire?

– Faut que je vois la camera.

– Ma collègue est dehors avec. Elle va arriver dans une minute.

– Mais je vais devenir une star!

– Ah vous savez ça n’est qu’un micro trottoir…

– Et ça passera où?

– Sur une chaine de télévision française.

– Sur quelle chaîne?

– TF1, c’est la première chaîne privée.

– Je connais pas.

– Ah oui. C’est peut-être parce que c’est une chaîne française ?

– Je pourrais regarder sur ma télé?

– Je ne crois pas mais vous pouvez regarder en ligne, je vais vous écrire le nom de l’émission

– Mais ça passera pas dans ma télé? C’est quelle fréquence?

– Non en fait comme je vous disais je ne pense pas que vous puissiez recevoir TF1, elle n’est émise qu’en Europe.

– Mais je dois parler en français? Je ne parle pas français!!

– Ah non non, vous pouvez répondre en anglais!

– Oh la la, vulez vu cuch avek mwa, buuun appety, buongiornooo

– Pas mal ! Ne vous inquiétez pas vous parlerez en anglais.

– Mais comment ils vont comprendre?

– On vous doublera.

– Et vous allez me donner combien?

– Rien en fait. On ne paie pas pour les interviews en fait, a fortiori quand elles sont aussi courtes. C’est vraiment une minute vous savez…

– Ah vous n’allez pas me donner d’argent ?

– Non.

– Vous êtes sure ?

– Ah oui, je suis tout à fait certaine.

– Vous allez changer ce que je vais dire?

– Non. Vous l’avez vue quand Karie Holmes?

– Et je dois signer des papiers pour mon image?

– On pourrait mais là c’est vraiment juste une phrase vous savez.

– Ah.

– Oui, je vais vous poser trois questions, et voila ce sera tout.

– Ah, vous allez me poser des questions?

– Oui.

– En français? Parce que ne comprends pas hein

– Non non en anglais.

– Quelles questions vous allez me posez? Je peux savoir avant? En fait vous pouvez revenir demain? Je ne suis pas bien habillé.

– On ne cadre que les visages, ne vous inquiétez pas. En plus vous êtes très bien comme ça! Et les questions ce sera sur Katie Holmes… Est ce que vous l’avez vue? Comment avait-elle l’air? Qu’est ce que ça vous fait de savoir qu’elle habite en face? Vous pensez qu’elle peut se remettre avec Cruise?

– Ah mais je ne la connais pas!

– Oui j’ai bien compris. Il faudrait juste que vous me disiez comment elle avait l’air. Ça vous va?

– Et vous ne pouvez pas revenir demain?

– Non désolée… D’ailleurs en fait nous sommes assez pressées donc est ce que vous voulez faire cette mini interview?

– Ah il faut que je vois ce que vous allez faire avant.

– Ecoutez, c’est pas grave monsieur, bonne journée!

– Non, non je veux le faire mais je sais pas…

– Je dois y aller.

– Vous me donnerez pas du tout d’argent?

– Ah non, désolée. Au revoir

– Et vous pouvez pas revenir demain? Faut que je réfléchisse.

– Non, désolée monsieur je dois vraiment partir maintenant.

– Mais vous avez une carte?

– Non désolée

– Ah vous n’avez pas de carte?

– Non, bonnes fêtes!

– Vous pouvez m’écrire le nom de l’émission?

– Non, excusez moi je suis en retard.

 

On ne sait pas trop ce qui se passe… Je suis la première à dire qu’il faut expliquer ce qu’on fait, comment on travaille… Je sais aussi que c’est très difficile de passer à la télé comme ça, sans prévenir. Mais dans ce cas là pourquoi ne pas juste dire non?

Là, j’ai l’impression qu’on crache sur mon temps. Je ne comprends pas ce besoin de faire le malin… Mais je veux bien reconnaitre que je réagis un peux trop violemment. Seulement comme d’habitude, je me demande si les gens feraient ça avec leur plombier..?

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J’ai héberge cette semaine mon vieux copain Nemo. Je ne peux pas vraiment dire que c’est un ami proche. Plutôt une bonne connaissance de mes années lycée. Nemo a vécu longtemps à Londres et il aime l’art contemporain, les filles, voyager et se ré-inventer dans des fêtes.

Le lien entre Nemo et moi c’est surtout l’Artiste, un très cher ami, mon ancien coloc, le frère de mon ex, et un compositeur de grand talent. L’Artiste s’est entiché d’une muse -ça arrive, au faux airs de Juliette Greco et de Jeanne Moreau -avec qui elle partage son prénom. La muse a été rencontrée via Nemo. La muse est par ailleurs vraiment une chic fille. Vous savez à peu près tout, mais j’ajouterai que ces trois énergumènes travaillent dans des domaines artistiques et sont fantastiques une fois qu’on a dépassé leur ancrage hors de la réalité. J’ai pour ma part une grande tendresse et beaucoup d’estime pour chacun.

Bref, Nemo tenait hier soir sa soirée d’adieu à New York. C’était dans un petit bar de Brooklyn non loin du carré doré de Williamsburg. Il y avait une héritière de Canal +, je la présente un peu par sa filiation car je ne lui ai pas parlée, la poule locale de Nemo, mes colocs qui se sont amourachés de Nemo, un cinéaste et réalisateur prometteur et brouillon, et quelques autres. J’admirai déjà la reproduction de la faune parisienne qui les entoure d’habitude.

Et puis en regardant bien Nemo et l’Artiste, quelque chose m’a frappé. Il était comme un chien et un loup, comme des faux jumeaux. Si proches par leur charisme, leur sens du drame, cette façon de s’habiller comme quelqu’un qui pourrait utiliser des expressions aussi surannées que « le boul’mich« , leur présence solaire, et clownesque parfois. Si différents aussi.

L’Artiste hait vraiment New York, comme Cocteau. Il est effrayé par cette culture gloubiboulga qui manque de nuances, et par la grossièreté de l’Américain moyen. Tel Astérix, il résiste en s’entourant de très jeunes gens fascinés par l’Europe  ou en traduisant ses expressions fétiches littéralement (l’utilisation de « old » pour le sobriquet affectueux « vieux » m’amuse particulièrement, par exemple: « écoute, vieux, ces filles sont encore vertes« , donnera donc « listen, old, these girls are still green« ). En fait son anglais est forcement britannique, Shakespearien (I love thy) ou Churchillien (We shall surrender). Sa précision intellectuelle est admirable. J’ai toujours aimé les hommes qui s’intéressaient aux idées et à la philosophie -rétrospectivement je me rends compte que c’est peut-être pour cette raison que je ne suis plus avec son frère. L’Artiste aime le Lincoln Center , Kiehl’s, et les petites danseuses de la Juilliard.

Nemo a davantage l’allure d’un Marcel Duchamp. Curieux des mœurs outre Atlantique, le fait qu’il se soit trouvé une bonne amie locale si vite en est bien la preuve. J’aime son enthousiasme amusé quand il parle de son expérience à Art Basel. Il est perpétuellement à géométrie variable. Nemo aime aussi le Met, les burgers, Central Park et les jeunes hipsters de Brooklyn. Éruptif, il est plein de surprises.

Malgré leurs différences, ces deux bonhommes se démarquaient par leur éloquence et leur dramaturgie. L’Artiste est monté sur une voiture pour appeler une (autre) poule, sous la pluie, plein d’emphase. Je pouvais sentir ma coloc frémir devant tant de romantisme à la française. Le quart d’heure d’embrassades hyper sensuelles que Nemo et sa donzelle ont performé collés au bar a eu le même effet. Et le discours de l’artiste sur ces aristocrates du nouveau monde chez lesquels il loge gracieusement dans l’Upper East Side, qui pourrissent son âme, et dont la vulgarité n’a pas de limite, c’était la cerise sur le gâteau pour cette native du Bronx. A moins que ce ne soit le coté chic et débraillé de ces deux gravures de mode huilées par la pluie et étincelants de passion?

Bref, vive la France quoi, c’est encore les vieux tours qui marchent le mieux sur nos amis du nouveau monde.

Chien et loup

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Hier soir j’etais au Gramercy Theatre « pour-un-concert-exceptionnel »: People Under the Stairs. Un duo de quarantenaires basés à Los Angeles et stars pointues des 90s qui faisaient bonne figure sur une scène un peu crado. Avec pour motto, « anytime is party time and party time is anytime« , ils s’en sont bien sortis. Dans la salle des jeunes excités faisaient se faufiler des pétards de rigueur. Mon coworker, le Breton qui n’aimait pas le Chouchen, avait eu une excellente idée en recommandant ce groupe grinçant et qui aime jeter de la bière ou n’importe quoi d’autre sur son public, et jouer avec des lunettes de soleil. Un son hip hop vintage assez génial.

Ensuite -après un bref épisode de pluies torrentielles (ce n’est pas une métaphore) qui donne toujours envie de se déguiser en Audrey Hepburn et de chercher son chat- j’ai été à une fête de collègues. Normalement je trouverais ça horrible. En fait, normalement j’irais pas. Sans même me poser la question, d’aileurs. Littéralement « too cool for school« . Mais comme je crois que je vis un âge d’or de team spirit, que peu de gens connaissent et qu’évidemment je ne retrouverai « plus-jamais-never-dans-toute-ma-vie », j’essaie d’en profiter.

Dernier arrêt: cette sorte de club où je vais finir par aller tous les weekends. Ce soir là il y avait un groupe de très jeunes gens complètement incandescents. Croisement hyperhipster & danseur professionnel.

Ils avaient des coupes de David Bowie (toutes époques confondues), des chaussures cloutées et des gilets en chevreau. Ils sautaient partout et c’était très réjouissant. En tous cas, plus amusant que la brochette de quatre mannequins anglaises absolument magnifiques en total look Isabel Marant, sequin + feutre + moue statement des chics et blasés – créatures incontournables de vos nuits brooklynite.

Night

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Ceux qui n’ont jamais collectionné des photos ou des maximes de quelqu’un -même un après-midi dans leur vie- ne peuvent pas comprendre ce que je vais dire je crois.

J’avais déjà vanté cette idée américaine du modèle aspirationnel auquel je crois beaucoup, le fait qu’ici tu puisses écrire à quelqu’un que tu admires et les gens vont te répondre (pas tout le temps évidemment), et sils peuvent te rencontrer et te donner plein de conseils.

Quand j’ai fait mon premier mémoire au Celsa j’avais rencontre plein de reporters que j’idolâtrais, et c’était toujours un peu amer parce qu’ils étaient très souvent un peu aigris, pas très encourageants et plutôt distants. C’est peut être des rapports plus sincères mais c’est dommage.

Tout le monde a ses emblèmes, ses idéaux, son Vincent Cassel, sa Greta Garbo, son Patrick Chauvel… Des modèles de références auxquels on aimerait ressembler et qui orientent parfois nos décisions. Ça reste très abstrait -et heureusement parce que le jour où je panique et où mon premier réflexe sera de me demander ce qu’aurait fait Greta Garbo à ma place, c’est que j’aurais un vrai problème. Mais il y a des gens plus contemporains et plus accessibles.

Moi comme je me prends secrètement pour une héroïne romantique suis un peu idéaliste, je m’attache souvent à des profils de gens qui incarnent « un bon exemple ».

Et tout ce post pour vous dire ce à quoi je pensais hier en rentrant chez moi après avoir bu des coups avec Don Juan: je suis vraiment contente d’avoir ici des gens qui ont la patience d’écouter mes cas de conscience et de me donner des conseils avisés quand c’est nécessaire et/ou quand je les sollicite (détail important puisque c’est ce qui les distinguent de mon père).

Chauvel par James Mason, 1993, Bosnie

Chauvel par James Mason, 1993, Bosnie

Consultant

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Hier soir j’ai diné chez des gens qui habitent près de l’ONU. C’est un peu le profil Ricoré.

Les femmes ont souvent l’air de sosies de Charlotte Rampling -l’actrice dont on ne sait jamais si elle incarne la classe ultime ou si elle est juste ringarde. Vous me direz que depuis que Baptiste Giabiconi est featuré dans les épisodes de Pardon My French on ne sait plus où on est en sur le baromètre de la classe.

Les hommes malgré une coupe de cheveu parfois approximative sont impeccables de masculinité chaude et avenante.

Les lumières, et les tomates farcies étaient aussi impeccables.

Autour de la table, une majorité de couple. Tous avaient l’air sortis d’un traité de bonne entente dans le mariage. Ils se regardaient, ils regardaient les autres, ils valorisaient leur partenaire en l’enveloppant d’un regard fier, … C’était plein de tendresse et j’ai d’abord pensé que ça avait du être un boulot dingue pour arriver ça, et que ce pays avec ces rayons entiers de self-help etc devait bien avoir inventé quelque chose qui fonctionne; puis j’ai réalisé que c’était seulement plusieurs cas de Love parfait réunis dans une pièce.

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Autre détail louche: tout le monde était super contents. Content le mec qui travaille 90 heures par semaine et qui a solennellement éteint son portable avant de s’asseoir même si je le soupçonne de l’avoir juste mis sur vibreur…

Contente la femme comédienne/actrice/chanteuse/prof de yoga qui ne parlait presque pas un mot d’anglais et à qui son mari devait tout traduire.

Content le type qui après avoir ramé pour travailler dans le cinéma a suivi sa femme ici ou il est père au foyer depuis trois ans et deux bambins supplémentaires.

Ils étaient contents de parler de New York ou d’autres villes cosmopolites, sereins, comme s’ils avaient atteint ce moment de plénitude totale où l’on peut être passions sans drame et avoir les pieds sur terre sans cynisme.

Même si j’adore parler de la Corée du Nord, j’ai du partir à peine le dessert desservi. Je peux être convaincue assez vite et j’avais très très peur qu’ils m’embrigadent dans leur secte.

Juvamine

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Hier soir je trainais mes bottes à Williamsburg. J’ai encore du subir un guitariste neurasthénique à Metropolitan Avenue. Je ne sais pas à quoi ressemble le conseil qui choisit ces petits artistes du métro, mais je peux vous dire qu’il n’aime pas Kool & the Gang.

J’avais pris un verre avec la militante qui digérait un sale coup infligé par un amoureux peu prévenant. La militante, quand elle n’est pas à Occupy Sandy, est l’auteur d’une chronique caustique et sexy : ici.

Son point de vue de jeune femme libérée sur des pratiques sexuelles ou des phénomènes comme les dates est très spirituel. Mais hier soir c’était plus à une jeune première qu’Olympe de Gouges. Alors je lui ai livré ma théorie sur l’impact du capitalisme sur les relations amoureuses*. Il faut croire que ça a du réunir toutes les composantes de la personnalité de cette amazone puisqu’on s’est quitté sur des bruissements de lendemains qui chantent.

Probablement mon moment le plus Sex and the city depuis ça.

 

* eh oui.

Simone

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Design

J’étais dans le New Jersey pour une interminable interview. C’est le genre de mec dont tu sens que ça fait 15 ans qu’il s’auto-interviewe seul dans sa voiture, dans sa salle de bain ou le soir en s’endormant. Il a réponse à tout, et toujours une petite pirouette sous la main. Il a bien analysé l’œuvre de sa vie et entend bien te livrer toutes les subtilités de ses conclusions.

Ça se passait dans un atelier de menuiserie top-notch. Et ce monsieur qui était si sympathique avec mon super chef op et moi parce qu’on lui avait dit qu’on connaissait Charlotte Perriand, était monstrueux avec ses menuisiers.

Charlotte Perriand, Bibliothèque murale, environ 1958

Ces derniers étaient particulièrement fabuleux à l’opposé. Leurs petits établis si bien rangés rappellent  les grandes heures du compagnonnage.

 

 

 

 

Et ça c’est cadeau, en exclusivité pour toi lecteur, voici un modèle de lit réalisé par les mimines de Brad P., et ce lit c’est le premier meuble au design signé par cette vedette. Vis ma vie haletante de reporter!

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A l’heure où j’écris ces lignes, je crois que j’ai enfin fini de digérer mon DT, double thanksgiving.

Hier j’ai eu l’immense plaisir de jouer au hipster bingo avec Don Juan. J’ai gagné avec un point d’avance.

 

Bingo

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Comme je n’étais pas encore assez en food coma hier après-midi, je me suis trainée jusqu’à un « Frenchgiving » assez haut de gamme. Il y avait un chapon. Et du fromage. Et mon copain Nemo qui arrivait de Paris et n’avait pas dormi depuis 36 heures puisqu’il avait préféré boire de l’Armagnac.

Casting hétéroclite et musique improbable. Dans l’immense majorité, des filles, en pleine digestion. Le Professeur Tournesol, qui recevait, était en pleine forme.

Au moment où une farandole de fromages est arrivée sur la table et où tout le monde a poussé un « aaaaaaaah! » mêlant l’effroi, l’admiration, et d’autres sentiments dont on aurait jamais pensé que trois fromages pouvaient les susciter, je me suis écriée intérieurement « Fiat Lux! » car j’ai une vie intérieure très riche et surtout aussi haut de gamme que le chapon.

On était au cœur de la Psychose Du Français A New York. Alors que New York est probablement la ville du monde où l’offre gastronomique est la plus large, le Français -toi, mon frère, mon semblable, aime tout particulièrement se plaindre de la « malbouffe » (un mot très vilain soit dit en passant). C’est un peu comme la peur de manquer, comme viscéral. Il y a tant de traumatismes et de charge inconsciente derrière cette psychose que ses manifestations peuvent être extrêmement déstabilisantes.

La Petite Normande, Camembert Fabriqué en Normandie, Saffrey Frères, St-Loup-de-Fribois par Crèvecoeur en Auge (Calvados) – 45% de Matière Grasse
A noter: c’est précisément le camembert préféré d’une célébrité de ma connaissance et le packaging est juste génial.
VoilaVoila.. deux informations très excitantes en une seule légende!

 

Mettez un camembert sous le nez d’un Français qui habite ici, vous obtiendrez ce résultat:

– l’excitation fébrile: il dira d’abord « Haaaaaan! Mais c’est géniaaaaaal!!! Ça fait tellement longtemps que j’en ai pas mangé!! ». Je pense que si vous ressuscitez Sid Vicious et que vous lui mettez de l’héroïne dans les mains, vous avez la même réaction.

– la volupté: ensuite votre compatriote goutera le camembert en fermant les yeux et avec toute la gestuelle sacrée de celui qui s’apprête à atteindre le nirvana. (étape très gênante)

– la désillusion: après avoir mangé la moitié du fromage, le Français débute son monologue critique: (1) ce n’est pas comme les fromages en France, (2) ils ne comprennent rien a rien ces Américains, (3) de toutes façons, ce pays, c’est l’horreur, ils ne savent pas se nourrir ces barbares, (4) ouverture possible sur la guerre en Irak.

– la confidence: après avoir règle leur compte à ces sauvages hirsutes que sont les Huns les Américains, votre Français prendra un air intimiste et vous livrera ces bonnes adresses pour acheter de la came du fromage, persuadé qu’elles sont secrètes (alors que généralement non), et rares (absolument pas, cf ce merveilleux reportage).

A noter: comme il est aussi facile de trouver du bon fromage à New York que de trouver une prostituée à Las Vegas, le Français est en réalité très souvent amené à en consommer mais il se gardera de le mentionner. Il occulte.

L’estomac: la porte d’entrée pour comprendre la passion française, son romantisme ridicule et grandiose -mais surtout, toujours démesuré (le propre de la passion en même temps).

Manger est systématiquement source de débats épuisants qui mêlent un sentiment national mignon et une malhonnêteté intellectuelle toute hexagonale.

Psychose

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