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Vox populi

Hier au lieu de participer à ce concours génial, j’oeuvrais pour l’amitié franco-grecque. On nous a demandé un autre micro-trottoir en bas de chez la belle Katie Holmes. Exercice tout à fait excitant. On était pressée parce qu’on était partie en retard comme d’habitude.

Comme c’est la énième fois qu’on fait ce sujet, je connais le quartier par cœur. Je sais qu’il y a un magasin de tissus tenu par des juifs polonais juste en face de chez Katie. La fille de la famille a un œil de verre. La dernière fois, ils m’ont donné d’excellents sonores. Je tente donc ma chance. Ni la fille, ni la mère ne sont là. Le fils ne veut pas parler mais il nous renvoie sur son homme de main, un jeune garçon ingrat, qui aurait vu l’actrice. Une plus-value non négligeable pour notre micro-trottoir.

Là, je ne sais pas ce qui s’est passé… Deux femmes? La télé française? Loïs Lane? La camera? En tous cas tous les voyants rouges égaient allumés, notre sujet a complètement perdu les pédales, nous imposant cette figure de style de la routine microtrottoirienne qui peut me déprimer pendant plusieurs jours.

 

– Bonjour, je ne suis journaliste pour la télé française, vous avez une minute? C’est à propos de Katie Holmes qui habite en face.

– …

– …?

– Heuu c’est pour faire quoi?

– Je suis journaliste pour la télévision française, je travaille pour une émission de divertissement. Je voudrais vous poser quelques questions sur Katie Holmes. C’est juste un micro-trottoir, vraiment une minute, sur le quartier, elle, son emménagement…

– Ah bon ok…

– Je vais vous mettre un micro si vous voulez bien. Ma collègue arrive avec la camera.

– Ah c’est pour la télé?

– Oui monsieur, c’est pour la télé française.

– Et vous êtes française?

– Oui

– Vous visitez New York?

– Non je travaille ici.

– Pour une télévision française?

– Oui. Alors vous avez une minute?

– …

– (copain du debilos) : Ah ouais il l’a vue!! Il va vous raconter!!

– Ah bon? Ah c’est super, vraiment merci beaucoup de nous répondre, c’est très gentil.

– Ah… j’ai pas dit oui.

– Ah. Qu’est ce que je peux vous dire?

– Faut que je vois la camera.

– Ma collègue est dehors avec. Elle va arriver dans une minute.

– Mais je vais devenir une star!

– Ah vous savez ça n’est qu’un micro trottoir…

– Et ça passera où?

– Sur une chaine de télévision française.

– Sur quelle chaîne?

– TF1, c’est la première chaîne privée.

– Je connais pas.

– Ah oui. C’est peut-être parce que c’est une chaîne française ?

– Je pourrais regarder sur ma télé?

– Je ne crois pas mais vous pouvez regarder en ligne, je vais vous écrire le nom de l’émission

– Mais ça passera pas dans ma télé? C’est quelle fréquence?

– Non en fait comme je vous disais je ne pense pas que vous puissiez recevoir TF1, elle n’est émise qu’en Europe.

– Mais je dois parler en français? Je ne parle pas français!!

– Ah non non, vous pouvez répondre en anglais!

– Oh la la, vulez vu cuch avek mwa, buuun appety, buongiornooo

– Pas mal ! Ne vous inquiétez pas vous parlerez en anglais.

– Mais comment ils vont comprendre?

– On vous doublera.

– Et vous allez me donner combien?

– Rien en fait. On ne paie pas pour les interviews en fait, a fortiori quand elles sont aussi courtes. C’est vraiment une minute vous savez…

– Ah vous n’allez pas me donner d’argent ?

– Non.

– Vous êtes sure ?

– Ah oui, je suis tout à fait certaine.

– Vous allez changer ce que je vais dire?

– Non. Vous l’avez vue quand Karie Holmes?

– Et je dois signer des papiers pour mon image?

– On pourrait mais là c’est vraiment juste une phrase vous savez.

– Ah.

– Oui, je vais vous poser trois questions, et voila ce sera tout.

– Ah, vous allez me poser des questions?

– Oui.

– En français? Parce que ne comprends pas hein

– Non non en anglais.

– Quelles questions vous allez me posez? Je peux savoir avant? En fait vous pouvez revenir demain? Je ne suis pas bien habillé.

– On ne cadre que les visages, ne vous inquiétez pas. En plus vous êtes très bien comme ça! Et les questions ce sera sur Katie Holmes… Est ce que vous l’avez vue? Comment avait-elle l’air? Qu’est ce que ça vous fait de savoir qu’elle habite en face? Vous pensez qu’elle peut se remettre avec Cruise?

– Ah mais je ne la connais pas!

– Oui j’ai bien compris. Il faudrait juste que vous me disiez comment elle avait l’air. Ça vous va?

– Et vous ne pouvez pas revenir demain?

– Non désolée… D’ailleurs en fait nous sommes assez pressées donc est ce que vous voulez faire cette mini interview?

– Ah il faut que je vois ce que vous allez faire avant.

– Ecoutez, c’est pas grave monsieur, bonne journée!

– Non, non je veux le faire mais je sais pas…

– Je dois y aller.

– Vous me donnerez pas du tout d’argent?

– Ah non, désolée. Au revoir

– Et vous pouvez pas revenir demain? Faut que je réfléchisse.

– Non, désolée monsieur je dois vraiment partir maintenant.

– Mais vous avez une carte?

– Non désolée

– Ah vous n’avez pas de carte?

– Non, bonnes fêtes!

– Vous pouvez m’écrire le nom de l’émission?

– Non, excusez moi je suis en retard.

 

On ne sait pas trop ce qui se passe… Je suis la première à dire qu’il faut expliquer ce qu’on fait, comment on travaille… Je sais aussi que c’est très difficile de passer à la télé comme ça, sans prévenir. Mais dans ce cas là pourquoi ne pas juste dire non?

Là, j’ai l’impression qu’on crache sur mon temps. Je ne comprends pas ce besoin de faire le malin… Mais je veux bien reconnaitre que je réagis un peux trop violemment. Seulement comme d’habitude, je me demande si les gens feraient ça avec leur plombier..?

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Temple

Cet après-midi je me suis rendue chez B&H. En plein Midtown West, à deux pas du mythique grand magasin Macy’s, il y a une caverne d’Ali Baba que trop peu de touristes viennent visiter. Pourtant, c’est bien un haut lieu culturel de cette ville.

A chaque visite, vous êtes au spectacle. Je vous préviens d’ailleurs, ce post manquera cruellement de photos, mais on peut espérer que la magie n’en sera que plus forte lors de votre première visite.

C’est d’abord une histoire de tribus. Dans la plupart des dinners l’étranger en goguette à New York peut faire l’expérience de la merveilleuse société américaine. C’est un caucasien qui vous accueillera, souvent relativement âgé. Ensuite vous serez pris en charge par un serveur (enfin, comme « caissière », c’est souvent une serveuse) caucasien ou afro-américain. En salle s’agitent une nuée de petites mains, les hispaniques. Toujours là pour remplir votre verre avec force glaçons, remplacer illico une fourchette tombée sur vos genoux (quelle ouïe!), vous desservir alors que vous venez à peine de porter la dernière bouchée de votre pancake à votre bouche. En cuisine, on ne sait pas trop ce qui se passe. En tous cas c’est comme dans les grands restaurants: tout roule, chacun a sa tache et est clairement identifiable (et hiérarchisé). Bon c’est à géométrie variable, mais ça reste l’idée.

Même chose chez B&H. A l’entrée une team afro-américaine bien mise est à la consigne. Dans les rayons, il y a les « fixes », des femmes portoricaines qui connaissent la carte du magasin par cœur, tel le garçon de salle du restaurant qui dit parfaitement « glaçon?« , elles sont expertes en prononciation de « lumières et accessoires?« ; et il y a les « mobiles » qui comme les serveurs sont un groupe un peu mixte, afro-américains (33%) et juifs orthodoxes (67%). Les « mobiles » sont les véritables héros du matériel moderne. Ils connaissent tous les lecteurs mp3 du magasin. Ils font en une minute la thèse et l’antithèse d’un adaptateur de batterie de lite panel (je tiens à remercier de tout mon cœur Hersch qui a fait semblant de ne pas voir que je ne comprenais à peu près rien de ce qu’il me disait, c’est très gentil). Ils savent même quelles sont les milles et une façons de graisser ton pied.

Aujourd’hui un type listait à un jeune garçon les avantages et les inconvénients de tel ou tel emplacement de sa GoPro sur son casque de skate pour documenter ses performances. Genius. Multi expertise. Merlin l’enchanteur.

On dirait le boucher de ma mère à Paris, qui, en fermant les yeux et en effleurant une escalope peut donner le nom de la ferme et la couleur des yeux de la génisse.

Mais pour en revenir à B&H, derrière les caisses centrales, le magasin devient schlomoland –no offence mais tout Midwood est là.

Et comme ce magasin rend euphorique, vous êtes toujours contents d’arriver enfin à ces caisses centrales. C’est surement aussi parce que je n’y dépense jamais mon argent mais celui de ma société. Ou encore parce que de très longues heures passées au BHV enfant m’ont fait réaliser la beauté secrète du matériel technique… En tous cas, B&H devrait être une étape incontournable d’une visite à New York. Ne serait-ce que pour vous éblouir devant les mandarines, caresser le plastique mat d’une belle EX1, découvrir qu’on peut acheter du velcro exprès pour mieux ranger ses micro-cravate ou tout simplement profiter de ce bouillon américain mêlant technologie, social et business. Mieux que la statue de la liberté. Grisant comme un one dollar store car tout le monde passe son temps à te dire que tu fais une bonne affaire…

Ce magasin c’est le Tati Or du vidéaste.

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Hier j’ai fait une interview pour 50 Minutes Inside.

Ce qu’il y a de bien avec cette émission, c’est que comme on préfère un peu éviter de trop penser au sujet en lui-même, on a tout le loisir d’être hyper carré sur la méthode. Et puis quand mes parents me disent que je travaille sur des reportages qui ne portent que sur les starlettes, je leur dis que si ça touche autant de gens c’est (peut-être) qu’il y a quelque chose derrière tout cet engouement pour les célébrités. Parfois je me dis que Whitney Houston ou Brad Pitt remplissent la même fonction de modèles ou de contre exemples que les dieux antiques des Grecs.

Bref, je suis partie avec un chef op en extra car tout le monde est à fond sur le tournage de Danse avec les stars  les élections.

Alors ce mec incarne quelque chose dont je voulais parler depuis longtemps.

Il est legit.

Vous savez ce genre de personnes qui ont l’air compétents (et cools).

Il a entre 48 et 60 ans (je suis très mauvaise pour les âges). La peau brunie, le cheveu grisonnant argent et le regard très vif, il inspire une certaine sagesse. Il porte des baskets turquoise et un blouson sable. Il s’exprime avec une certaine désinvolture, et le ton de ceux qui n’ont rien à prouver. Précis dans les termes qu’il utilise, serein dans l’échange et curieux d’un très large éventail de sujets: le mec est LE journaliste.

Ce n’est pas seulement l’anneau en or qui brille à son oreille ou le sac à dos multipoches. Tout son être inspire l’homme de terrain. Même la façon dont il se tient, pieds parfaitement parallèles, jambe légèrement écartées quand il tourne sans pied.

Il se trouve que par ailleurs j’ai trouvé les images belles. Mais on ne parle même plus de ça quand on est en face d’un tel énergumène. Je voudrais comprendre s’il est devenu un personnage, où s’il est né Indiana Jones Albert Londres.

Avant je me laissais impressionner par le moindre journaliste qui portait un blouson en cuir et le poids des années dans ses grandes mains de grand homme. Maintenant je fais plus le tri, et je réalise que quel que soit me prodige de représentation que ces personnes réalisent, elles n’en deviennent pas plus divines. En attendant, je me pose cette question un peu bécasse: y a t il des gens qui naissent avec le swag ultime ce métier dans la peau?

Homme des sables

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