Archives de Tag: dekalb avenue

Hier soir en rentrant chez moi j’écoutais Juicy à fond dans mon casque de hipster.

Il faut savoir que Biggie dans mon quartier, c’est un peu comme parler de Jésus dans la Bible Belt ou de Dalida à Montmartre.

Il paraitrait qu’il a passé les premières années de sa vie dans le Lafayette Gardens, les HLM en bas de chez moi -bien que Wikipedia ne le confirme pas, donc c’est sûrement faux.

On est pas loin de Marcy Playground. Autant dire la Mecque. Régulièrement je vois des mecs de filmer en train de « tributer » leurs gourous devant un tag de Biggie à l’air patibulaire.

Bref quoiqu’il en soit j’étais en train de pousser le son, et donc, me sentant des ailes pousser du même coup, de fredonner, assez fort, les psaumes de the Notorious B.I.G.

Alors visualisez bien la minette pale (je ne résiste pas à vous raconter une autre anecdote de la plus haute importance ici: quand je vivais à Ramallah les djeuns de mon quartier me surnommaient «Snow White », mais comme j’entendais mal, j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un quolibet potentiellement d’inspiration coquine, jusqu’à ce que je réalise l’allusion à Grimm et à ma pigmentation craie, et là, j’ai regretté les regards courroucés que je lançais avec impuissance depuis des semaines), totalement padawan newbie du rap (j’ai compris que le Wu-Tang Clan venait de NY une semaine avant d’arriver ici) en plein trip ghetto au pied des barres d’immeubles à une heure du matin dans une rue déserte. Cocasse.

 

Une photo de moi à la fin du dîner en blanc, j’étais un peu pompette.

Cherry on the top: j’ai vite sentie la gêne. Réflexe pavlovien -comme quand tu chantes sous la douche et que d’un coup tu tires le rideau pour être bien sur que personne n’est entré par effraction pour assister à cette représentation VIP de Beyoncé et toi-: je me suis retournée pour vérifier que j’étais seule.

Évidemment juste derrière moi il y avait le sosie de Mike Tyson, capuche noire sur la tête. Genre géant vert croisé avec Magloire qui serait déguisé en Jay Z. Et ÉVIDEMMENT lunettes de soleil en pleine nuit et inquiétante canette de Redbull à la main. Il m’a regardée (j’imagine). Je me suis arrêtée avec une tête de coucou pétrifié en plein vol (j’imagine). Et il a sourit.

Dévoilant 1- une expression goguenarde mais sympathique, 2- une rangée de chicots harmonieusement arrangée par une sorte de placage or. Et il a rigolé. Donc j’ai rigolé (jaune or). Et on est chacun parti de notre coté.

5 mètres plus loin j’ai baissé le son et je me suis retournée encore pour voir si le mec avait rameuté ses potes pour organiser un lynchage au nom du nom respect des dieux. Mais en fait non. Il était sûrement en train de ricaner a juste titre a l’autre bout de la cité. Sûrement en repensant à ses interprétations à lui, Larusso ou Michel Delpech sous la douche.

Juicy

Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ce soir j’ai essayé, sans succès d’expliquer à un Américain ce qu’était le second degrés.
On était dans un dive bar, et j’adore ça, mais je n’ai pu en profiter autant que je voulais tellement cette question sémantique m’a travaillée (sucks to be me).

Il me demandent si les hipsters de Williamsburg avaient du second degrés.
– oui, si le second degrés c’est trouver plus intéressant de porter un sweat shirt Pikachu qu’une chemise Calvin Klein (ou de porter les deux en même temps, on ne sait jamais),
– non, si le second degrés c’est avoir de la distance sur soi même .
En fait, le hipster c’est un peu cette imposture permanente du je ne me prends pas au sérieux, mais je prends au sérieux cette dernière assertion.

Les exemples que j’essayais de lui donner tombaient un peu à plat. Je lui disais que les Américains manquaient de second degrés parce qu’ils sont toujours à fond. Mais:
– c’est généraliser à très gros traits
– ça voudrait dire que nous ne sommes jamais à fond (vrai), puisque nous avons du second degrés. Or ne pas être investi, c’est ne rien faire -voire être totalement effrayé à l’idée d’être en phase avec ses émotions mais pour ça je vous laisse lire Psychologies magazine.

Tout ça m’a fait réaliser plusieurs choses:
– le second degrés n’est impérativement et systématiquement une bonne chose,
– on n’a pas le second degrés divinement comme le pensent les New Yorkais,
– on ne peut que faire preuve de second degrés,
* dans des circonstances différentes, pour des raisons qui peuvent être très variées, et la finalité -s’il y en a une- peut être éclairée ou non; de même l’issue peut être positive ou non.

Peut être devrions cesser de nous vanter d’avoir inventé un concept assez fumeux finalement.

Oui, beaucoup de listes dans ce post. Je suis très sloppy ce soir après cette journée harassante au soleil.

Et à jouer aux légo.

CRouveyrolles

Keep it real

Tagué , , , , , , , , , ,