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Ceux qui n’ont jamais collectionné des photos ou des maximes de quelqu’un -même un après-midi dans leur vie- ne peuvent pas comprendre ce que je vais dire je crois.

J’avais déjà vanté cette idée américaine du modèle aspirationnel auquel je crois beaucoup, le fait qu’ici tu puisses écrire à quelqu’un que tu admires et les gens vont te répondre (pas tout le temps évidemment), et sils peuvent te rencontrer et te donner plein de conseils.

Quand j’ai fait mon premier mémoire au Celsa j’avais rencontre plein de reporters que j’idolâtrais, et c’était toujours un peu amer parce qu’ils étaient très souvent un peu aigris, pas très encourageants et plutôt distants. C’est peut être des rapports plus sincères mais c’est dommage.

Tout le monde a ses emblèmes, ses idéaux, son Vincent Cassel, sa Greta Garbo, son Patrick Chauvel… Des modèles de références auxquels on aimerait ressembler et qui orientent parfois nos décisions. Ça reste très abstrait -et heureusement parce que le jour où je panique et où mon premier réflexe sera de me demander ce qu’aurait fait Greta Garbo à ma place, c’est que j’aurais un vrai problème. Mais il y a des gens plus contemporains et plus accessibles.

Moi comme je me prends secrètement pour une héroïne romantique suis un peu idéaliste, je m’attache souvent à des profils de gens qui incarnent « un bon exemple ».

Et tout ce post pour vous dire ce à quoi je pensais hier en rentrant chez moi après avoir bu des coups avec Don Juan: je suis vraiment contente d’avoir ici des gens qui ont la patience d’écouter mes cas de conscience et de me donner des conseils avisés quand c’est nécessaire et/ou quand je les sollicite (détail important puisque c’est ce qui les distinguent de mon père).

Chauvel par James Mason, 1993, Bosnie

Chauvel par James Mason, 1993, Bosnie

Consultant

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Ces derniers jours il neigeait, je regardais ma main comme si c’était un moignon mort, et ma vie se découpait en tranche de B: bureau, babysitting, et Brooklyn. Pas de boisson, pas de bons-copains, et encore moins de baisers. Il faisait un froid de canard à New York, la ville où il fait pourtant toujours beau. Les gens m’ennuyaient. Je ne supportais plus le calage massif de sujets totalement random et les exigences stupides des rédacs chef.

CRouveyrolles

Les rares personnes avec qui j’interagissais en dehors du bureau me tenait le genre de discours qui m’agacent particulièrement: « aaaaaah-mais-c’est-vraiment-supeeeeeer-d’être-à-New-York-TROOOOOP-DE-CHANCE !!!« .

Que ce soit les newbies jeunes professionnels du journalisme qui étaient jaloux comme des poux de la couverture de Sandy et des élections ou les autres qui ne doivent rien avoir à foutre: ils étaient tous relous. Je déteste ce genre de situations parce qu’il est impossible de faire le bon choix. Comme le dit ma copine Barbie:  « Life is good. I can’t complain, but I still do. »

Tu as vraiment envie de leur dire que le rêve américain, ils n’ont qu’à y aller, et que la chance est un facteur assez relatif. Bref j’avais les boules et je ressemblais à un zombie, en pleine voie de connardisation. On aurait pu me proposer un poste à CNN que j’aurais trouvé moyen de ronchonner que j’avais déjà pas de vie, aucune existence sensuelle et à peine le temps de me brosser les dents.

C’est l’aspect double tranchant de cette very last straw. C’est comme construire sur du sable. En soi l’expérience est suffisamment riche pour être vécue. En même temps, les contreparties ne sont pas négligeables. Et l’avenir est perpétuellement incertain. En bref j’étais de mauvaise humeur et claquée, tout était un bon prétexte pour ruminer.

En plus quand je suis mal tournée je me dis toujours que je ne peux pas imposer ça aux gens, donc j’agis comme quelqu’un sous kétamine, avec beaucoup d’enthousiasme et moult sourires forcés. De la méthode coué ou de la superstition? Dans tous les cas, c’est épuisant.

Et puis, on the bright side, ça passe. Et ça c’est bien. On a un chargé de prod hilarant, super doué en girly talks et qui organise des gouters. J’ai vu Don Juan, le mentor par excellence qui m’écoute patiemment éructer les scandales de mon quotidien. Et ce soir j’ai fini avec un de mes coworkers et le Professeur Tournesol dans un bar à la mode de Williamsburg où tout le monde portait un bonnet et c’était très rigolo.

Il y a des hauts et des bas -breaking news-.

Connardisation

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Hier je marchais jusqu’à chez Miss America en écoutant les Supremes. J’avais la chaire de poule. D’abord parce qu’il fait froid, genre super froid, genre moins mille degrés, genre la mort. Ensuite parce que l’effervescence de cette dernière année autour de l’élection, ici et ailleurs, me rendait fébrile.

Certains pensent même qu’on en fait trop:

CRouveyrolles

Moi je trouve ça grisant, mais c’est sans doute parce que je suis très bon public.

Chez Miss America, le feu électrique grille. On regarde CBS en se racontant les derniers gossips du moment -on « catch up » comme aiment faire les Américains. On rigole comme des patates devant le coté très premier degrés de Scott Pelley et de ses copains.

Ils ont un petit air de ce que je vous avais partagé.

La blonde n’avait pas voté, et elle ne savait pas que Mitt Romney était mormon -clairement le plus gros enjeu de la campagne les amis!-. Parfois je me demande pourquoi je fais ce métier. Personne n’en a rien foutre de l’actualité.

Et puis il a été élu. J’ai déjà raconté ça 700 milliards de fois, mais je voudrais rappeler qu’il y a un truc entre Obama et moi. On peut dire sans exagérer que nous avons commencé nos carrières le même jour. On est de la même promo. J’ai signé ma première pige payée grâce à un piston. Si vous avez suivi les derniers épisodes, en novembre 2008 j’étais à Ramallah, où je collais aux basques de trois types: Don Juan, Dieu, et Zorro. Et cette brillante pige c’est justement Dieu qui me l’avait filée, Zorro qui l’avait relue et Don Juan qui me l’avait débriefée. C’est l’ acte fondateur qui a permis à la padawan de devenir la star du journalisme international que je suis aujourd’hui.

Donc je peux vous dire que cette élection, j’en faisais une affaire (en partie) personnelle.

Donc voila, bravo Barack.

Je suis une route semée d’embuches, toi aussi; mais quelque chose me dit qu’on est quand même sur la bonne voie. Rendez-vous dans 4 ans pour un autre bilan.

Après les réseaux-socialeries d’usages, et des embrassades émues avec Miss America, j’ai pris la route de Brooklyn, avec un B comme Barack.

Professeur Tournesol était dans bar haïtien en bas de chez moi donc je suis passée. Il m’avait raconté plus tôt au téléphone une embrouille de pigistes digne des Rois Maudits, je voulais aller l’assurer de mon soutien (même si on a vu qu’il ne vaut pas grand chose).

C’etait super packed (un jeu de mot! ahah). Comme d’habitude, avec sa coloc, on était les seuls caucasiens. Les gens étaient chauds bouillants mais aussi assez éméchés donc je ne sais ce qu’il faut en déduire.

Le patron du bar, un grand haïtien sec et toujours tirés à quatre épingles (look Yves saint Laurent assez appréciable) me racontait ses années françaises et pompidoliennes (comme l’évocation de Pompidou, Pierre Mendès France ou Mick Jagger suscite généralement chez moi autant d’excitation que l’évocation de Justin Bieber chez les filles de 12 ans…). Il a expliqué au Professeur Tournesol qu’il aimait bien Reagan parce qu’il avait donné plein de thunes à l’Afrique, pourquoi pas. Après il y a eu le discours de Barack. J’ai adoré sa cassededi à Joe Biden en mode « BFF ».

Et sinon, dans un tout autre registre, aujourd’hui j’interviewais un mec donc le commerce a été méga inondé par Sandy. Détail notable: il portait un Barbour, mais pas le modèle que je veux pour ceux qui se demandent.

Bon ce mec est italien, trop sympa et caviste, beaucoup d’éléments favorables. Ou peut être que je suis juste quelqu’un qui a beaucoup d’empathie. Depuis trois mois, c’est-à-dire quand j’ai découvert son existence en fait, je pense à cette phrase d’HBM: « le journalisme c’est le contact et la distance« . C’est mon nouveau motto. J’en ai besoin parce que je passe mon temps à trouver les gens trop cools, et c’est un problème.

BREF, ce type avait perdu des centaines de milliers de dollars et il avait rouvert plus ou moins 48h après l’ouragan. Il a reconstruit les deux tiers de sa boutique en 10 jours, et j’avais envie de lui dire bravissimo (ahah).

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Dans les rues autour du Brooklyn Bridge tout était fermé. Le quartier vient de récupérer le gaz. Ils ont de la chance par rapport aux habitants de Long Island évidemment. Ils le savent mais je ne les blâme pas de ne pas sauter au plafond. Tout est mort, comme une terre brulée.

Vive le roi

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Sinatra Syndrome

CRouveyrolles

Aujourd’hui j’ai fait du bâteau avec Don Juan. Une croisière aux aurores avec un fake petit-déjeuner de presse où on s’est fait disputer par un correspondant italien parce qu’on parlait trop fort (#comble).

CRouveyrolles

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