Archives de Tag: gay

Ce matin je vagabondais dans mon Little Jerusalem, près de chez moi. Je me récitais tout le vocabulaire yiddish que je connais en regardant ces juifs orthodoxes si pressés. J’étais en jupette, la paille dans la bouche et l’air benêt. Après j’ai du courir chez moi pour un « Rendez-Vous Skype »*. Dans l’écran il y a eu ma copine bergère, qui est super géniale en maïeutique, qui me ressemble et qui est fort pédagogue (exemple: elle parle très bien du mariage gay, alors que moi je prends juste un air atterré et/ou agacé). Après il y a eu le moustachu, qui n’avait rien à dire sur le mariage gay mais qui est sympa quand même. Je me féliçite chaque jour de l’invention des réseaux sociaux, car j’écris des lettres, mais les autres s’en servent pour me répondre, donc c’est utile.

Dans deux jours c’est les éléctions. Et ça fait peur.

CRouveyrolles

*lettres d’or

Comme un dimanche

Publicités
Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Mark Zuckerberg

Hier soir je suis passée avec Mime dans une soirée particulièrement admirable.

Un savant mélange d’avocats à peine sortis d’Harvard et d’ingenieurs-commerciaux (j’aurais du me méfier) s’inventant une nouvelle vie dans les start-ups américaines.

J’ai toujours envie de voir le bon coté des gens, c’est en partie pourquoi je suis venue aux Etats-Unis – terre d’accueil des enthousiastes baillonés en Europe.

Mais parfois c’est simplement impossible.
Passons sur les ballons en forme de cœur qui, plein d’hélium, caressaient le plafond. Passons sur la sélection musicale digne d’un Macumba de zone industrielle corrézienne. Passons sur le mauvais look Mad Men des donzelles et l’absence de style des pourceaux.

Quand un type est venu trinquer à Thierry Henry, Mime et moi avons enfin saisi pourquoi cet appartement n’était pas un endroit pour jeunes filles convenables.

Un grand dadais-n’ayant visiblement pas assez abusé du Margarita Mix- nous a entretenues de son stage en Floride et de son travail dans le web à New York qui lui permettait de s’asseoir sur un tas de dollars conséquent.
Tout y était: la posture des épaules qui se disent bonjour, le tee-shirt flottant dans les frimas des -15 du rooftop (dur d’être poursuivi par ses hormones comme une ménopausée alors qu’on a plus d’un quart de siècle).
La haine désespérée des élites, des populaires, du glamour, du simple…Un moralisme digne d’ayatollahs radicaux (c’est dire). Le goût rance de l’amertume même. Le pire de la culture geek.

J’ai éprouvé une kyrielle de sentiments pour ce type. Exactement comme quand j’ai regardé The Social Network.

Au énième « ah nan j’aime pas » jeté avec mépris dans la conversation, pour n’être suivi que d’arguments rhétorique pauvres et malhonnêtes (belle performance, il faut avouer), j’ai hésité très longtemps entre:
1-ce type est abruti
2- ce type est très malheureux.

Mime et moi étions là pour deux connaissances tout à fait sympathiques, et après un passage éclair dans un bar gay (=fumigènes + hommes en slip), nous avons suivi la bande chez le jeune précédemment évoqué.

A un moment je me suis retournée sur ce salon. Trois jeunes femmes d’origine asiatique et au regard sibyllin de poisson mort. Un Mac Book Pro pimpé qui crachait TTC en haute définition. Un rat sorti de sa cage que caressait le grand dadais d’un air très inquiétant.

J’ai pensé très fort à Oui-Oui pour me nettoyer de cette vision d’horreur, et on a mis les voiles.

Ces fascinantes créatures au milieu de leur empire de technologie de pointe, bavant de frustration sexuelle et variée, choyées par une culture du néant venue de la Silicon Valley, préfigurent les prochaines bulles internet qui anéantiront des honnêtes gens.

Tagué , , , , , , , , , , , , ,

La semaine dernière je faisais des interviews dans un community center LGBTQ dans le Bronx.

Quand je suis arrivée, j’étais:
– la seule blanche,
– la seule hétéro,
– la seule personne de volume à peu près normal.

Une bande de femmes et de créatures difficilement identifiables dansaient sur Beyonce. Toutes avaient un look hybride entre Eminem et JLo. Elles dansaient, avec des chicken wings à la main. Elles dansaient comme des reines païennes.

Même seule, la nuit tombée, au fin fond de Balata, je ne me suis jamais sentie dans une situation de reportage aussi compliquée et délicate.

Cette semaine j’y suis retournée pour être certaine d’avoir bien saisi toute la complexité de la problématique de la femme à barbe (ce n’est pas une façon de parler) en milieu urbain.

CRouveyrolles

 
Personne ne m’a mangée. C’était chouette. j’ai parlé une travestie de 73 ans qui a toujours habité le Bronx, portait un sweat Com8, une boucle d’oreille de gangsta et une casquette à l’envers. A l’extrême inverse, une autre nana m’a racontée son histoire en essayant de recoller un de ses faux ongles (vert d’eau à zébrures nacrées).

Gynécée

Tagué , , , , , ,

Quand je me suis réveillée -en retard-, que j’ai vu qu’il pleuvait, et que j’ai réalisé que je ne savais pas exactement où était le City Hall; je me suis que ça allait être une très bonne journée.
Et, en effet, quelle journée…

Je devais couvrir le lancement de cette hotline pour « bullied kids ». Un terme dont on aurait du mal à trouver l’équivalent francophone. De l’intimidation dans les cours de récré, brutale, physique ou non, au harcèlement, disons.

Même si je vois l’idée, dans le métro en rageant contre ce putain de métro à la con qui pue la moule où on capte pas et du coup je savais pas où je devais aller et j’étais en début d’infarctus je me disais que cette idée de bullying ne m’était pas très familière.

Des brochettes d’officiels sur leur trente-deux et en rang d’oignons ont prononcé chacun à leur tour des discours inspiring – l’enfant, cet être si fragile.

CRouveyrolles

On est loin de Tamalou, et de nos jeux du foulard…

Enchantée par cet évènement d’une intensité rare, je suis partie pour un petit micro-trottoir des familles, toujours sous la pluie. Histoire de demander à de vrais enfants adolescents ce qu’ils en pensaient. Ils n’en pensaient rien, évidement, puisque ce sont des adolescents. Ou alors ils étaient tous autistes…

Les quelques réveillés que j’ai croisés m’ont parlé de toutes les insultes que leur cerveau détraqué met au point. Une fille de 14 ans, des micro-seins en fleurs, une blondeur incandescente et, à l’appareil dentaire près, un sourire exquis; m’explique qu’elle se colle dans le moule à l’école depuis qu’elle a compris que la moindre faiblesse la transformerait en mouton noir. Elle raconte qu’avoir le même dégradé que tout le monde c’est hardos, et qu’elle n’aime pas trop la pizza mais que tout le monde en mange donc bon …

Le propos ne me surprend pas. Il rappelle seulement à mon bon souvenir à quel point avoir 13 ans ça craint.

Comme ici, les choses sont souvent plus BIG, une vingtaine d’enfants se suicident chaque année parce qu’ils sont bullied.

En rentrant -sous la pluie- pour écrire ce papier, je pensais à James Rodemeyer. Sans Lady Gaga on aurait jamais su qu’il aimait pas la pizza.

 

Enfants taureaufiés

Tagué , , , , , , , , , , , , , , ,