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Storytelling

Quand j’étais à Boston, le chef op avec qui je travaillais était complètement anarchiste et avait eu une vie très très mouvementée: tenancier d’hotel avec une fille qu’il a épousé à 16 ans alors qu’ils étaient sous acid, tournée avec un groupe de punk, clochardisation new-yorkaise,… Les amateurs de Junk y trouveraient leur conte (ahah).

Outre quelques histoires de perceptions du monde améliorées grâce à des substances diverses -très intéressant quand même pour un mec dont le métier est maintenant de faire des images, autrement dit des représentations, il m’a beaucoup parlé du fait qu’il ne croyait pas en l’idée de gouvernement. Mais qu’il ne voulait rien faire pour le renverser. C’est loin d’être le premier à me raconter un truc comme ça dans sa tranche d’âge, alors je me suis dit que ça valait le coup d’être raconté. Ces types ont l’air de se reposer sur des institutions locales et communautaires plus que sur l’état. En même temps ils sont assez fataliste et leur conclusion ressemble un peu ça: « même s’il ne sert à rien, il ne faut pas révolutionner ou anéantir le gouvernement ». Curieux.

Sinon il a réalise ce super doc:

 

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Hier soir j’ai vécu la réponse parfaite à mon laïus sur les cons.

J’ai un ami anglais en visite depuis quelques semaines. Il est hipster sans trop l’être, et on se connait depuis Bir Zeit. Il a fait depuis des choses incroyables y compris participer à ce projet, très hipster-friendly d’’ailleurs, de skate park et centre éducatif à Kaboul.

 

Bref je lui parlais de mes cas de conscience journalistiques de la semaine, il riait. Jusqu’à ce que je lui expose ma théorie selon laquelle c’est vraiment dommage de partir du principe que le public est stupide et encore plus paresseux, ce qui justifie ensuite de produire des sujets ras les pâquerettes autant en termes de contenus que de formats -j’insiste la dessus, parce que c’est une chose de faire du people, mais je reste convaincue que si tu le fais bien tu peux sauver les meubles de ton amour-propre et de la qualité d’information délivrée.

 

Bref je lui disais toute ma nausée et toute mon impuissance à grand renfort de drames latins et moulinets de bras.

Dans un ménagement d’effets tout anglais, il m’a finalement lâché dans un sourire: « en fait tu souscris à la vision romantique des masses prolétariennes qui une fois éduquées s’uniront internationalement pour réaliser quelque chose de grandiose. How French of you! »

 

Dire que ça fait six mois que cette question d’audience, de sa capacité de d’empathie et de compréhension plus évoluée qu’on ne pourrait le penser, me fait chauffer les méninges… Tout ça pour me résigner : l’immense majorité des gens ne veulent pas lire des histoires compliquées. Rien à voir avec le fait qu’on ne leur offre pas l’opportunité de les lire. « Les gens choisissent délibérément d’acheter le Daily Mail et pas The Economist« . And voilà ! Bottée en touche par un bruleur de Jeanne d’Arc. Bravo.

Always trust les Anglais.

Bon sang mais c’est bien sûr!

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