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XoXo

Je viens de finir le dernier épisode de tous les temps de Gossip Girl, la série qui m’a servie de training pré-vie new-yorkaise. C’est un peu la magie de ce genre de monstre télé. Comme Dream On ou SATC c’est une série très purement Gotham. La production est toujours dans l’air du temps. La touche Gatsby le magnifique contemporain ne gâche rien. Bref j’adore cette série qui mixe si bien intrigues dignes du masque de fer, beauty shots d’une ville à son meilleur, et grandiloquence toute américaine.

26 janvier 2012, Bloomberg déclare le Gossip Girl Day.

26 janvier 2012, Bloomberg déclare le Gossip Girl Day.

Du coup ce dernier épisode que je regardais en même temps que notre chère Miss America, c’était autant un moment de télé qu’un mariage royal (c’est vous dire). Et je ne parlerais de l’état dans lequel on était quand Bloomberg a fait son cameo…

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Il y a ce mot en anglais: « hearty« . Comme beaucoup d’autres on ne sait pas trop comment le traduire. Littéralement c’est donc tout à la fois : « cordial”, “jovial”, “franc/franche”, “vigoureux/-euse”, “solide” (appetit), “chaleureux/-euse”.

On l’utilise souvent pour qualifier un repas donc.

J’y pensais en dinant chez l’Allemand. Il habite un loft (évidemment) à Red Hook (évidemment) et cuisine très bien (nonobstant la réputation de la gastronomie allemande- évidemment). Il faut savoir que les habitants de Red Hook ne sont pas comme vous et moi. Ce ne sont pas de vulgaires hipsters non plus.

Il y a plus ou moins trois groupes. D’abord les vieux immigrés qui habitent ici depuis 3000 ans et qui ont choisi d’être ici pour voir le soleil se coucher derrière la statue de la liberté. Ensuite les gens qui font de l’alcool. Ils risquent de se relocaliser ces brasseurs et autres fabricants de whisky, car les entrepôts ont été sacrement déglingués par Sandy. Et enfin il y a les mecs comme l’Allemand et ses colocs. Ils font de l’architecture (de haut niveau), de la musique (très sérieusement), du droit (mais toujours avec une spécialité improbable). Ils présentent bien mais on sent que l’effort est mesuré, ce n’est jamais snob, jamais trop (ni trop sophistiqué, ni trop dans l’air du temps, ni trop négligé, ni trop chic, ni trop cheap). Ils parlent avec entrain et semblent toujours comme posés là par hasard et totalement ravis de cette situation. Ils savent ce qu’il se passe, ce qui se fait, mais ne tombent jamais dans l’écueil du buzz.

Résolument modernes mais détachés de la mode, de l’éphémère. Side note, mais je suis sûre que les seuls personne à porter un vrai poncho des Andes sans avoir l’air d’un hippy, d’un hipster ou simplement grotesque: ce sont ces mecs la. Un pressentiment. De même que la phrase « je m’interroge« , et variantes: ces types sont les seuls à être crédibles en la prononçant.

Le coloc de l’Allemand a récupéré une porte d’étable et en a fait une table basse sur roues. Il a construit une bibliothèque idéale qui couvre un mur. Il a même fabriqué de toutes pièces en lustre en fer forgé écru. Sa copine, une véritable Brownie, brillante et spirituelle parle avec générosité. L’Allemand est un type formidable, je l’ai déjà raconté. On ressasse nos histoires de bénévoles comme si Sandy était arrivée il y a 25 ans.

L’archi me plait parce qu’il parle de choses, d’objets, de savoir-faire très sincèrement. Le mouvement hipster rend ça un peu superficiel -et y accorde une attention disproportionnée.

La copine parle d’une performance (évidemment! Qui, de nos jours, va encore simplement voir une pièce de théâtre?!) dans un entrepôt (évidemment) poétique (évidemment), et inspirée de diverses traditions plus ou moins tibétaines (évidemment).

Je sens votre (rayer) mon mauvais esprit se réveiller.

Mais non. Elle en rit sans méchanceté. Ce n’est pas snob: elle dit pouvoir apprécier les spectacles amateurs et les mises en scène « hors des sentiers battus » (sic). En plus elle aime les entrepôts. Vraiment. Elle aime vraiment ça, et c’est ce qui est formidable.

 

Dans ce loft si cosy je regardais ces nouveaux surhommes si parfaits. Je pensais à cette femme que j’avais vue dans l’après-midi. Une femme blonde et belle que je connais depuis tellement longtemps que c’est comme si ça venait d’une autre vie (n’ayons pas peur des mots). Elle même est entre deux époques. Curieuse de « la tendance », héroïne publique et chic des seventies, femme mondaine des années 80, c’est une esthète pour qui le visible est si important que l’on devrait bâtir une vie dessus. Au service d’un message mais sa promotion ne se ferait que par images, pas par les arguments. J’adore cette femme. C’est amusant comme elle est l’inverse des habitants du loft. Elle parle de manigances comme une courtisane et/ou Blair Waldorf (ça revient au même). Elle n’a jamais peur de dire que quelqu’un est un con. Elle n’a aucune mesure. Elle est très belle et elle l’a été encore plus, c’est peut-être pour ça qu’elle s’autorise à discréditer d’un sourire qu’elle a carnassier quelqu’un simplement parce qu’il est disgracieux. Elle se permet tout.

 

Les premiers sont libres de préjugés. Elle est libre parce qu’elle s’est délestée il y a bien longtemps du raisonnable.

Comme quoi… tout ça a t il vraiment un sens? Sur ces sages paroles…

De la nonchalance

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J’ai un problème d’adaptation chronique au sujet d’un point très spécifique de la culture américaine: les relations hommes-femmes. Je trouve que la vision des genres est ici bien plus nourrie de stéréotypes -et pourtant on est au pays de Judith Butler- et par ailleurs très antagonique. Hommes et femmes seraient tels le yin et yang.

Malgré mon désintérêt relatif  -et surement coupable- pour la question du féminisme, je sens ici le poids des deux genres. Davantage qu’en France, où au final je ne me pose jamais la question de la différence entre deux individus en termes genrés.

Dans le fond, tout ça ne me pose pas de véritable problème moral. En revanche, ça peut créer de lourds quiproquos.

Exemple:

Je connais un type que j’aime beaucoup, un mec brillant. Un personnage: silhouette d’Hulk Hogan, mais l’esprit d’un Joachim du Bellay croisé avec Jean de La Bruyère. Nous avons un lot d’amis en commun, et ainsi, il nous arrive régulièrement de nous croiser chez l’un d’entre eux. Alors, nous sommes toujours enchantés de partager une PBR et une chips, et de commenter avec malice les derniers potins mondains, l’évolution de l’industrie du cinéma aujourd’hui, et le destin incroyable de Philip K. Dick.

Depuis que cet individu, Hulk Hogan le barde, a quitté l’East Village pour les contrées bien plus accueillantes de Brooklyn, nous nous étions promis de boire un verre ensemble, entre voisins.

Après plusieurs semaines de calendrier discordant, nous finissons par prendre ce fameux godet. D’Asimov à Woody Allen en passant par Flaubert (une séquence légendaire, durant laquelle Hulk tente de dire en français « Emma Bovary c’est moi« ): la discussion est contemporaine, fumeuse, bon enfant. Rien d’exceptionnel. Rien de sensuel. Nous sommes assis chacun à l’extrémité d’une banquette, et pendant deux heures aucune partie de nos corps respectifs ne s’éffleurent. Nous ne parlons pas de nous, mais de l’air du temps.

La situation est profondément commune à mes yeux. Vous rencontrez quelqu’un par hasard. Vous prenez plaisir à bavarder sans forcément avoir de points communs. Vous ne vous connaissez pas. Vos échanges sont fondés sur le désir universel de tromper l’ennui, c’est évident et sans conséquence.

Parfois cette personne est incroyablement sexuelle à vos yeux. Si vous trouvez grâce aux siens, vous concrétiserez ce désir commun. Parfois aussi vous rencontrez juste Tartanpion sexy en diable, vous n’avez rien à vous dire, mais finalement après 3h de sexe sauvage vous vous quittez cordialement. La sexualité et la séduction n’ont rien à voir avec l’art de la conversation. Désirer, puis coucher avec quelqu’un n’est pas obligatoirement lié à des discussions préliminaires, encore moins à une appréciation mutuelle ou à une reconnaissance intellectuelle.

Si j’ai envie de coucher avec quelqu’un je lui ferai savoir clairement en engageant un jeu de séduction, qui comportera au moins les deux éléments suivants: une approche tactile, et la valorisation des protagonistes en jeu (à savoir lui et moi).

J’attends des hommes qu’ils aient la même attitude que moi.

Hulk me parlait du monde de l’édition, et je trouvais ça commun mais apaisant, comme le ronron d’un ami qui s’emporte et tente de vous convaincre de son point de vue alors que vous êtes toujours d’accord. Familier et consensuel.

Il ne faisait pas d’effort particulier et tentait pas de m’impressionner. J’étais loin de m’être mise sur mon 32 et ne lançais aucun regard de braise. Pourtant en partageant le même taxi, il a ouvert sa portière, et a pris ma main en demandant: « Tu veux venir voir mon appart? »

SURPRISE SURPRISE! C’ETAIT UNE DATE EN FAIT!

Outre que la réplique est absolument nulle, je suis tombée des nues. Je raconte l’histoire à un pannel d’auditeurs. Tout le monde s’accorde contre moi, et estime que prendre un verre avec une personne du sexe opposé après la tombée de la nuit, signifie forcément qu’il y a date.

Un homme et une femme dans la même pièce génèrent forcément une situation de tension sexuelle palpable. La normalité de l’échange homme-femme est forcément sexuelle. Tel Cro-Magnon, hommes autant que femmes voient forcément le sexe opposé comme une proie.

Donc si un mec n’est ni mon père, ni mon frère, ni mon ex (et encore), ni gay, ni dans les ordres, je ne peux pas le voir la nuit sans automatiquement envoyer le signal : »hey! j’aime ton style, let’s have sex après avoir rigolé à quelques blagues et bu deux ou trois coups car je n’assume pas mes pulsions sexuelles et j’ai besoin d’être ivre« .

C’est la partie triste de l’histoire. L’interaction homme-femme est systématiquement articulé autour du désir: pourquoi pas. On pourrait donc penser que tout serait plus direct. Erreur! Il faut d’abord passer le test du date, une phase de vérification et d’inspection. S’il s’agit de vérifier quels sont les hobbys de la cible, son humour ou son bord politique, il faut quand même reconnaitre qu’être républicain n’impacte pas la maîtrise de la levrette, tout comme aimer Michel Delpech ne présage en rien de la souplesse ou de l’inventivité du sujet.

Donc il est à peu près impossible d’envisager un rapport humain mixte, en dehors de la séduction. Pas de problème, c’est peut-être une farçon très saine et honnête de voir les choses. Il faut juste s’en rappeler. Et éviter d’y voir une ressemblance avec les analyses d’une bande d’oulémas rigoristes.

 

Surprise surprise

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