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Enfant, je réussissais le pari d’être très joyeuse et en même temps complètement molle. En fait, je crois que j’étais un peu débile. Jamais angoissée, très peu de cauchemars, pas de caprices ou de colère. Je ris à gorge déployée sur toutes les photos de moi jusqu’à 7 ou 8 ans. Une hilarité constante typique de l’imbécile heureux.

… Mais… où veut-elle en venir?

S’il y a une chose qui m’a énormément marquée lors de mon tout premier stage en journalisme, c’est le stress.

Comme je n’ai pas fait ce stage à 9 ans, un certain nombre de données concernant mon caractère avaient changé entre temps, mais tout de même, je me souviens de ce flux constant d’informations ou de requêtes, et par dessus tout, du stress de ne pas y arriver, de ne pas réussir à tout trouver en un temps donné. Il y avait quelque chose de capital et de décisif dans tout ce que je voyais (#LaStagiaireDébile). C’est un excellent souvenir: je trouve ça complètement électrisant.

Si j’avais été tendue naturellement j’aurais surement moins aimé. (cette phrase justifie ma longue introduction sur ma prime jeunesse)

Donc j’ai continué sur cette voix parce que j’adore l’adrénaline que la deadline procure. C’est pour ça que je préfère travailler sur de l’actu chaude. C’est plus simple, plus basique et souvent moins intéressant mais au moins c’est excitant. Ca changera surement, mais en tous cas pour l’instant c’est ce que je veux faire.

Après Sandy et les élections, nous n’avons pas fait grand chose de « chaud » justement. Et là… horreur: s’installe une routine.

En fait, je crois que je n’avais jamais vécu ce sentiment de routine, de ronron de vie de bureau. J’avais été dans ces situations mais, une ou deux fois par semaine au minimum, un coup de pression venait me réveiller. Et la semaine devenait exceptionnelle. Je ne voyais plus le quotidien. Du lit dont je sors après un concerto de sonneries de 10 minutes au moins, jusqu’au métro dans lequel j’arrive systématiquement en retard, puis au bureau où je trie mes mails d’attachées de presse nous suppliant de venir couvrir leurs événements stupides, du grincheux qui me demande pour la 46e fois quand il recevra son DVD du sujet de 1 minute dans lequel on lui pose une question (alors que ça fait trois mois que je l’ai redirigé vers la personne qui s’en occupe), de mes divers supérieurs qui me demandent de travailler sur X ou Y sujet qui une fois calé sera pris en charge par quelqu’un d’autre*. Puis je regarde l’Internet qui me renvoie des sujets que j’ai proposés il y a deux semaines sans que personne n’écoute. Avant ça m’horripilait, maintenant je m’en accommode avec une indifférence blasée. Enfin arrive l’heure du déjeuner. Les gens sont sympathiques mais infantilisants. Je ne m’en demande pas la cause puisque mon cerveau a assimilé l’idée selon laquelle le déjeuner est une pause. Les sujets de conversation sont consensuels. Je suis pro-active dans ce néant, je réponds à des questions idiotes et lance moi même des sujets de non-débat totalement sans intérêt.

L’après-midi: divers retours de personnes variées: ceux qui ne comprennent pas pourquoi quand une chaîne n’achète pas le sujet on ne le fait pas, ceux qui donnent des informations intéressantes (rare), et les rédacs chefs qui évidemment ne sont pas contents. Il y a toujours un moment où quelqu’un du bureau te dit qu’il en a marre et/ou qu’il est fatigué. Généralement avec une tête -pas méchante- d’Atlas (« je porte le monde sur mes frêles épaules, je suis l’unique personne qui travaille ici, je ne sais pas pourquoi je te dis que je suis fatigué, toi, pauvre moule pour qui la vie n’est que lait et miel, tu ne peux pas comprendre« ). Parfois cette personne, c’est toi.

Il y a les moments merveilleux où vous apprenez quelque chose. Mais attention, rappelez-vous: il faut s’économiser en auto-conviction enthousiasme, ce que vous apprenez n’est pas toujours utile.

Certains partiront en coup de vent. Il y a ceux qui décident dès 17h de rester au bureau toute la nuit, donc ils prennent leur temps. Et enfin le journaliste tranquille qui attend d’avoir bien tout fini pour éteindre son ordinateur et se mettre en route pour l’anti routine, un monde où tout est encore possible: la vie en dehors du bureau!

//Bon, j’exagère complètement parce que je suis aussi très souvent en tournage en fait.//

Rien n’est dramatique, sauf l’ordinaire et la répétition de ces situations. Une sorte de jour de la marmotte perpétuelle.

Le monde est mal fait. Quand il y a trop de pression, on se plaint. Quand il n’y en a pas assez: on se plaint. Mais à choisir, autant se plaindre énervé, que se plaindre las, avec une tête de poisson mort.

Aussi, et les Américains l’ont bien compris, la pression peut être une cause de productivité prodigieuse. (alloclichébonjour!)

Aux manageurs qui se laisseraient aller, ils sont peu , mais tout de même: restez attentifs! La routine alourdit les cœurs des jeunes gens (c’est à dire moi). La routine, c’est l’enfer. Les autres c’est l’enfer aussi, mais on est impuissant.

Je réalise en lisant ce post plein de désenchantement que fort heureusement, il n’y a pas que le journalisme dans la vie. C’est important de s’en rappeler, on a vite fait d’oublier.

 

Le jugement de Salomon-VALENTIN de Boulogne 1625

Le jugement de Salomon, par Valentin de Boulogne, vers 1625

 

* c’est un peu comme le jugement du roi Salomon ça: le sujet c’est le bébé, mon chef c’est le roi. Deux journalistes se battaient en réclamant la paternité du sujet. Le chef, qui était malin et sage, dit: « Coupez en deux le sujet, et donnez–en une moitié à l’un et une moitié à l’autre. ».

Notre reporter, véritable mère du sujet, supplia alors le chef ne pas faire de mal au sujet. Il était sien, elle ne voulait que son bien. Aussi préféra t elle l’abandonner à l’autre journaliste plutôt que de mettre son existence en péril.

Dans la vraie vie, il n’y a pas de débat: vous avez préparé un sujet génial sur lequel vous avez sué dans et os, estimez-vous honoré que le journaliste le plus compétent le traite. Ce sont les règles du jeu.

 

Routine

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Gilles Lipovetsky

L’autre soir j’ai été à une blind date -une blind date amicale, calmons nous.

Ai-je déjà mentionné mon ami Gat sur ce blog? Quand je l’ai rencontré je croyais que c’était un Jean-Paul hipster. Après j’ai compris qu’il était un Jean-Paul hipster de l’intérieur, un peu malgré lui. Le genre le plus noble du hipster à mon sens.

Gat, à gauche. 2010

C’est un mec qui a beaucoup de style mais sans le cote show off. Gat, c’est l’anti-Vice. Il est pointu sans en faire un statement. Il est dans le vent, sincèrement. Bref: complètement fab le mec.

Tout ça pour dire que quand il m’a écrit un mail pour me présenter à un Allemand fraichement débarqué à Gotham, je me suis dit que je rencontrerais l’allemand bien volontiers.

Précision: depuis que je suis ici je reçois souvent ce genre de mails, du style: « you guys! OMG! You should TOTALLY hang out!« . D’habitude ça m’agace un peu vu que j’ai déjà plein de potes (du fait que je suis une star) que je n’arrive pas à voir ici, que je n’ai pas le temps ni pour baby-sitter (ah si en fait! c’est même la principale source de revenus!), ni pour les rencontres arrangées.

En plus pour peu que je sois dans un mauvais jour, je me demande toujours pourquoi on m’envoie ce mail. Est-ce que je dégage l’image d’une aphasique à moitié débile perdue dans la ville à baver seule sur un banc du métro? Une handicapée sociale maladroite et introvertie dont le clou de la semaine est de prendre le ferry aller-retour pour Staten Island en mangeant des frites? Ou alors une Sur-femme qui aurait besoin d’une cour? Une Mère Thérèsa Sainte New-Yorkaise qui ferait des nouveaux arrivants ces protégés? On se demande.

Il y a en plus toujours un cote gauche à ce genre de rendez-vous; on ne sait pas trop quoi se dire, on n’a pas non plus un intérêt dément pour le ou la newbie en question… Car généralement le pote qui vous a envoyé le mail a juste mentionné que vous habitiez tous les deux New York (DINGUE LE TRUC!!!!! comme par ailleurs un paquet du monde, donc ce point commun a ses limites), ou alors il vous a totalement survendu. Auquel cas, vous savez qu’il a survendu la personne a qui vous allez proposer un verre. Le taux de réussite de cette entreprise est donc autour de 40%*.

Mais comme Gat est un bon gars, je voyais cette rencontre d’un bon œil. Et je n’avais pas tort. L’Allemand est un mec sensass (je vous épargne le wunderbar etc). Mais plus important encore, il a une conversation formidable -et je ne dis pas ça juste parce qu’on est systématiquement  d’accord.

Cette conversation, je m’en vais vous la conter.

J’entends souvent les genre dire « génération /remplacer par le bullshit de votre choix/« .

On le dit de la série Girls. J’aime bien cette série mais j’espère que les gens se trompent.

CRouveyrolles

Girls, une bonne série mais tu ne veux pas ressembler aux personnages.

J’espère que ma génération n’est pas aussi névrosée par sa précarité (la précarité les enfants, c’est un tremplin -et tant qu’on pourra faire du baby-sitting et travailler 15 heures par jour je ne vois vraiment pas de quoi on pourrait se plaindre), sexuellement inepte, sous-compétente et peu débrouillarde, désengagée (« une jeunesse sans idéologie est une jeunesse perdue »: méditez), hagarde et bavante.

Vu qu’on a pas eu de guerre mondiale pour se romantiser en héros épiques, ni de Woodstock, ni de Studio 54, ni la naissance du hip hop, il va falloir trouver autre chose que Girls. Soyons sérieux. S’identifier à Girls ce serait comme s’identifier aux Furbiz.

Malgré tout ça, la conversation que j’ai eu avec le Super Allemand était très générationnelle, justement.

Les thèmes et la façon de les aborder sont totalement dans l’air du temps. Super Allemand, c’est la voix d’une génération. No offense Lena.

Il y était question d’intégrité. Est-on bien fidèle à ses principes? Mettons nous des idées dans ce que nous faisons? Il semblerait que globalement nous sommes plutôt des veaux marins aliénés à l’instant. En même temps, l’essentiel c’est de le savoir.

J’aime bien cette idée que peu importent les raisons d’agir, il en faut juste de légitimes pour ne pas être totalement crétins (voire pour ne pas être un con).

Autre thème récurrent: le fil d’Ariane. Souvent quand mes copaings viennent me voir ici, je me rends compte qu’ils sont moyen heureux de ce qu’ils font. Il y a deux ans j’avais une ribambelle de gens de qualité autour de moi qui ne savaient tout simplement pas quoi faire.

Réponse habituelle et certainement bien vue: trop de possibilités nous paralysent. Vous connaissez la chanson.

Intéressante réponse de l’Allemand: qui distingue se trouver une utilité (gagner plein de pognon, aider des gens, exprimer sa créativité,…) de trouver un travail (beaucoup plus hasardeux).

Note particulièrement dans l’air du temps: on est tous les deux l’anti syndrome Sinatra. On a tous les deux habité dans plusieurs villes ces quatre dernières années. New York est une ville fantastique, mais pour nous c’est une ville du XXème siècle. Le fantasme est mort. Tous les deux nous sommes des enfants gâtés, un peu blasés par cette ville qui nous séduit moins que les destinations plus exotiques où nous avions posé nos valises ces dernières années.

On partageait tous les deux le sentiment que depuis la sortie du lycée tout s’était déroulé sans qu’on puisse prendre du recul pour être entièrement partie prenante du cheminement. D’ailleurs quand on dit « mes études » on voit bien l’idée: travailler plus ou moins comme un bœuf et avoir la tête dans le guidon (ce qui n’est pas possible vu que les bœuf ne font pas de vélo). On a accès au gouvernail, mais tout s’enchaine en fonction d’opportunité plus que de décisions muries au soleil. Peut-être que la construction d’un bagage, d’un cv, puis d’une carrière n’est qu’un mythe -breaking news! En même temps je connais beaucoup de profils « man with a plan« , qui tel Kim Jong-il (RIP bro) ont une vision. Il faut bien que quelques uns s’en sortent. Sinon qui pourrait avoir un PEL, une liste de courses, un abonnement à Valeurs actuelles? (je soutiens mes amis journalistes opprimés). Ni l’Allemand, ni moi en tous cas. On est trop busy à interroger le sens de la vie dans une perspective post-moderne et post-marxiste afin d’incarner la voie d’une génération.

A Man With A Plan

*Selon une étude très sérieuse de l’Université du Texas réalisée en 1989 par le professeur Goldschrtruf et moi-même.

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