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Ce soir mon ami moustachu et moi n’avons rien fait. On n’a même pas regardé un film. C’est vous dire. J’en faisais un drame, et le moustachu n’en avait rien à foutre. Il a dit que c’était immature.

Alors je me demande: est-ce qu’être adulte c’est accepter de ne rien faire le soir?

Comment les adultes remplissent-ils leur soirée?

Au final on a bavardé longtemps avec une amie de passage. Elle travaille pour un magazine très sérieux -contrairement à ce que son nom, Fashion Mag, pourrait laisser croire. Comme souvent quand je parle à mes compatriotes qui viennent ici, j’ai l’impression que rien n’est possible, que tout le monde rogne sur ses ambitions. Je suis donc en train de devenir américaine.

En même temps ici ce n’est pas vraiment l’extase non plus. Mes amis J-schoolers de la CUNY commencent tous à se poser la question du remboursement de leur prêt étudiant dantesque. Comme nous ils sont partis pour un an de stage. Mais bon, heureusement: c’est-le-plus-beau-métier-du-monde.

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Divers

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Retrouvez quelqu’un ça n’est pas seulement des scènes d’aéroports. Je ne sais si c’est propre à la distance, ou bien si, même au quotidien, on finit par perdre un peu la mesure des relations qu’on entretient avec les individus. De quoi s’agit-il ?

Je n’arrive pas à retrouver ça sur le blog donc je ne sais plus si je l’ai déjà raconté, mais en septembre un copain à moi est venu travailler une semaine à New York. On a passé un samedi matin ultimement new-yorkais sur mon canapé, gobelets en cartons dans les mains et traits d’humour franco-américain. J’avais trop l’impression d’être Garance Doré.

Bref ce mec fait de la vidéo aussi. Parfois dans ma bande parisienne j’ai l’impression d’avoir 80 ans en parlant du bureau, du « plan » quinquennal de ma vie –et c’est nul parce que je passe aussi mon temps à dire :

« Si tu as un wok et un PEL, tu as 80 ans, et tu es un bouffon. »

D’autant plus que mes amis étudient le catalan oriental à la fac, sont dans l’évènementiel bio pour deux mois avant de repartir sur un projet en Afrique du Sud, ou cumulent les stages dans des micro-boites totalement borderline tout en gérant leur compagnie de spectacle vivant, ou en bartendant toutes les nuits.

Mais, lui, le videomaker, est différent. Il a hâte d’y arriver.

On parle donc souvent des « projets » de nos « bureaux » et des « crews » ou des problèmes divers de « prod ».

Cet autre matin donc on parlait des montagnes russes de la vie de crew, justement. A un moment où tu es super concentré, tu vis en moyenne de 4 à 48h de pressage de citron avec ton chef op, et en cas de luxe extrême, ton preneur de son. Pour que le boulot soit fait, tu es OBLIGE de bien entendre avec les mecs. Quand c’est fini, tout le monde rentre chez soi et on ne se voit plus. Alors que la veille on ne pouvait pas même envisager de quitter la pièce sans leur dire.

Du coup, on voit d’autres gens. Ce n’est pas plus mal d’avoir d’autres amis. Ça évite de se retrouver à parler tout le temps « d’images carrées », « de vrais sujets », et autres « red chef vraiment derrière toi/complètement con » (les deux seules possibilités pour catégoriser un rédacteur en chef, donc mieux vaut ne pas se planter).

Et en même temps, on en revient toujours à ce dont je parlais l’autre jour: les sas de décompression.

Donc, voici ma question : est-ce une question de lieu (déracinement tout ça) ou de temporalité (balbutiement d’une pseudo-carrière tout ça)?

Toujours est-il que les interactions humaines ne sont pas normales et équilibrées en ce moment.

On considère les gens plus ou moins en 2 groupes.

– Soit comme des semblables tellement proches qu’on ne se pose même pas la question de les ennuyer ou non en leur parlant de ces points de niveaux qu’on a fait sur une piste audio pendant 20 minutes (« nan mais c’était trop la merde je couvrais un concert on était plugué sur la console mais c’était sature et comme ce red chef est un gros con j’avais pas le temps de mixer… ») -je n’imposerai même pas ce genre de conversation à ma mère.

– Soit comme des gens intéressants mais qui demandent un certain investissement.

 

Qu’ils soient des frères d’armes ou des oiseaux rares, mes interlocuteurs n’ont rien d’intime. Je parle de travail, ou du sens du monde (l’allemand), de philosophie européenne (l’artiste), de son vagin (la militante),…

 

Pas étonnant qu’il faille un peu de réajustement pour se positionner sur la carte du tendre. On a beau être « su-per-con-nectés« , 5832 kilomètres : c’est beaucoup. (la phrase à 10 000 dollars)

On n’est jamais au bout de ses surprises en retrouvant quelqu’un.

Homo homini lupus est

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