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Au bureau on se bourre de chocolat. C’est la déchéance. On en mange comme des boulimiques en parlant de nos futures résolutions pour 2013. C’est comme ci on avait tous encore un peu de Bolduc collé sur le front.

Hier mes colocs ont organisé leur dîner de Noël. Le thème c’était « deep-frying ». Donc tout était frit. Mais vraiment bien transpirant de gras. Ma coloc adore boire des bières en GRANDES bouteilles, donc elle s’était constitué une petite cave de litrons. Ils se sont installé une télé dans le salon, ont coupé le son (« La boite à images, ce dieu païen ») et écoutaient des chants de noël suaves. Personne ne s’était mis sur son 32, évidemment. C’était super cool (surtout quand ils ont mis des Oréo panés dans la friteuse). Et c’était l’exact opposé point par point de mon dîner.

Bolduc

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Mon casting de diner de noël était très risqué mais ça s’est bien fini.

Étaient présents:

– Le Breton qui n’aimait pas le Chouchen, et qui du coup avait apporté du whisky. Je pense qu’on peut lui décerner la palme du Héros de Noël tellement il a apporté le Santa Spirit classique dont cet appartement avait besoin. C’est simple, j’avais l’impression que c’était mon cousin.

– Ma coloc californienne et pâtissière qui m’a sauvé la vie en m’apprenant des trucs et astuces, et qui a surtout réussi à mettre en chauffe tout le monde pendant que je surveillais ma cuisson. Il faut dire que l’aventure qui l’attend (obtenir un visa pour la France) est un vaste sujet.

– Un Israélien que j’avais rencontré au Floyding. C’était son premier dîner de noël donc quand il s’est mis à neiger il a failli faire un arrêt.

– Un vieux copain de la fac, je l’appellerais le Philippin, parce que c’est de là que vient sa famille qui -en gros- le fait chanter, pour que tous ses cousins puissent venir en Amérique devenir infirmier. D’ailleurs cette même famille ne comprend pas pourquoi il fait du journalisme -d’abord c’est quoi le journalisme?

– Une copine de lycée qui vient de s’installer à New York avec son cher et tendre. Elle a décroché un stage payé à 4 chiffres chez des PR, il y en a qui ont du nez. Six mois avant elle quittait Bangkok où elle décrivait des raves pour des sites branchés de la rive droite. Donc comme on dit ici: « she’s a lot of fun« .

– Mon fidèle ami aux yeux noirs, j’ai déjà été assez hagiographique ici à son propos. La vibe juive qu’il a apportée était un vrai plus.

– Son coloc indien, intéressant apport exotique aussi. Et ses histoires de musicien parcourant les Etats-Unis sont très marrantes.

– Les Halles de Paris. En une seule personne, eh oui. Gouaille de maraichère et lexique de petite racaille de Brooklyn, cette fille, étudiante/serveuse à New York a les épaules d’un trooper et un potentiel d’Arletty assez divertissant.

– Genépi, arrivée sur le tard, elle a apporté une touche de style assez capitale. Bonne contribution.

On écoutait une sélection musicale du Breton qui n’aimait pas le Chouchen, pointue. Mon marathon en cuisine m’a convaincue de ne jamais être femme au foyer mais bon bilan quand même. Ce qui émerge de nos débats c’est que New York est l’anti ville hippy par excellence et que personne ne porte du parfum à cause de la promiscuité suintante dans le métro.

Casting

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Hier avec le Breton qui n’aimait pas le Chouchen on a été interviewer un dj ultra méga branché. Il avait la peau sur les os, un bonnet fluo et une chemise à motif sud-américain ironique. Donc à partir de ça j’en déduis qu’on avait à faire à la crème de la crème de la Hype.

Ses références américaines ne dépassaient pas 81, c’est un bon indice aussi. En revanche il était plutôt sympa donc j’aurais tendance à penser que ça lui enlève des points de coolitude. Son set ne m’a pas bouleversé, mais bon ma connaissance de l’électro se limite à hocher la tête d’un air entendu quand quelqu’un autour de moi dit « Tiger Sushi », donc je dois avoir raté l’essence du truc. Ce qui est sûr, c’est que tout le monde autour de moi était totalement drogué. En fait la dernière fois que j’ai vu autant de gens drogués c’était à une free party près de Tel Aviv.

Le tourneur dudit DJ nous parlait beaucoup. Il avait 25 ans mais en paraissait sérieusement 40. Des poches sous les yeux pire que Philippe Séguin. Les gestes saccadés et les anecdotes rocambolesques du cocaïnomane, Il était assis, les traits tirés, et regardait parfois dans le vide « comme si la fée clochette allait apparaitre » (sic).

A coté il y avait son pote tout en rondeur qui avait aussi l’air d’avoir 40 ans mais c’est à cause de la calvitie et du ventre de papa. Un americano-iranien juif, business man, gentil et souriant. (j’en déduis qu’il était moins branché que le tourneur- et ils le diront eux mêmes plus tard).

Quand la fête eut finie, qu’ils eurent éteint ce laser vert improbable qui balayait la salle, nous suivîmes nos deux compères dans une after « secrète » (label appliqué à tire larigot à 80% des lieux nocturnes à Williamsburg). C’était évidemment dans un entrepôt désaffecté. A vue de nez on pouvait repérer toutes les caractéristiques du made in Brooklyn: rétroprojecteur vomissant un flot d’images provocantes, absurdes et surexposées, jeunes mecs en jogging à l’air égaré, jeunes mods prenant de la cocaïne sur le dos de leur main, musique épileptique, tampon d’entrée gigantesque et à l’encre noire baveuse dont tu sais toujours qu’elle mettra trois jours à partir. Il y avait une ambiance de fin du monde un peu mainstream, et même si ‘était sympa c’était aussi un peu cliché.

Le DJ

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Je dinais l’autre jour à Bushwick, j’étais en pleine encanaillade.

Il y avait la militante et Renaissance-Man. Trois jeunes professionnels en somme. Trois « choix-de-vie » pour être honnête, car la militante travaille seule, Renaissance-Man a sa boite, et moi comme vous savez, je suis de ceux qui ont « un bureau » et « des collègues« . Mais tous les trois nous avons des side-jobs. Comme mes colocs.

« Un-vrai-phénomène-générationnel-dis-donc! »*

Du coup ce diner, par exemple, a mis trois mois à s’organiser. On y a beaucoup parlé de travail, de structure, du coût de la vie, et surtout de « projet« . Je ne sais finalement pas trop si c’est la même chose à Paris, mais ici c’est dur de ne pas avoir « un projet« . Je crois que c’est plus une question de milieu à Paris, alors qu’ici absolument tout le monde a  « un plan ».

L’émulation de New York, son « énergie » comme disent les Français, repose sur cette seule idée de vision à plus ou moins long-terme.

Quand je passais des oraux, je trouvais la question « où vous voyez-vous dans 10 ans? » me semblait absolument absurde, alors qu’aujourd’hui je trouve ça nécessaire (disons plutôt 2 ans cela dit).

Et finalement je nous ai trouvés assez déterminés. Renaissance-Man qui est franco-américain, ne veut plus quitter New York. La militante a son indépendance en fil conducteur. Je crois que ma mobilité est peut-être ce qui me caractérise le plus; en tous cas mon idée de ce que je veux faire dans les 5 prochaines années est assez proche de la manière dont je vis maintenant.

Tous les trois nous avons rendu les armes professionnellement, même la militante. C’est comme si on savait qu’on ne changera pas grand chose, mais que pour d’obscures raisons on avait un enthousiasme sans limite.

 

*Ce que dira votre mère en lisant le reportage du Nouvel Obs publié dans 3 semaines mois sur la question.

A man with a plan

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J’ai héberge cette semaine mon vieux copain Nemo. Je ne peux pas vraiment dire que c’est un ami proche. Plutôt une bonne connaissance de mes années lycée. Nemo a vécu longtemps à Londres et il aime l’art contemporain, les filles, voyager et se ré-inventer dans des fêtes.

Le lien entre Nemo et moi c’est surtout l’Artiste, un très cher ami, mon ancien coloc, le frère de mon ex, et un compositeur de grand talent. L’Artiste s’est entiché d’une muse -ça arrive, au faux airs de Juliette Greco et de Jeanne Moreau -avec qui elle partage son prénom. La muse a été rencontrée via Nemo. La muse est par ailleurs vraiment une chic fille. Vous savez à peu près tout, mais j’ajouterai que ces trois énergumènes travaillent dans des domaines artistiques et sont fantastiques une fois qu’on a dépassé leur ancrage hors de la réalité. J’ai pour ma part une grande tendresse et beaucoup d’estime pour chacun.

Bref, Nemo tenait hier soir sa soirée d’adieu à New York. C’était dans un petit bar de Brooklyn non loin du carré doré de Williamsburg. Il y avait une héritière de Canal +, je la présente un peu par sa filiation car je ne lui ai pas parlée, la poule locale de Nemo, mes colocs qui se sont amourachés de Nemo, un cinéaste et réalisateur prometteur et brouillon, et quelques autres. J’admirai déjà la reproduction de la faune parisienne qui les entoure d’habitude.

Et puis en regardant bien Nemo et l’Artiste, quelque chose m’a frappé. Il était comme un chien et un loup, comme des faux jumeaux. Si proches par leur charisme, leur sens du drame, cette façon de s’habiller comme quelqu’un qui pourrait utiliser des expressions aussi surannées que « le boul’mich« , leur présence solaire, et clownesque parfois. Si différents aussi.

L’Artiste hait vraiment New York, comme Cocteau. Il est effrayé par cette culture gloubiboulga qui manque de nuances, et par la grossièreté de l’Américain moyen. Tel Astérix, il résiste en s’entourant de très jeunes gens fascinés par l’Europe  ou en traduisant ses expressions fétiches littéralement (l’utilisation de « old » pour le sobriquet affectueux « vieux » m’amuse particulièrement, par exemple: « écoute, vieux, ces filles sont encore vertes« , donnera donc « listen, old, these girls are still green« ). En fait son anglais est forcement britannique, Shakespearien (I love thy) ou Churchillien (We shall surrender). Sa précision intellectuelle est admirable. J’ai toujours aimé les hommes qui s’intéressaient aux idées et à la philosophie -rétrospectivement je me rends compte que c’est peut-être pour cette raison que je ne suis plus avec son frère. L’Artiste aime le Lincoln Center , Kiehl’s, et les petites danseuses de la Juilliard.

Nemo a davantage l’allure d’un Marcel Duchamp. Curieux des mœurs outre Atlantique, le fait qu’il se soit trouvé une bonne amie locale si vite en est bien la preuve. J’aime son enthousiasme amusé quand il parle de son expérience à Art Basel. Il est perpétuellement à géométrie variable. Nemo aime aussi le Met, les burgers, Central Park et les jeunes hipsters de Brooklyn. Éruptif, il est plein de surprises.

Malgré leurs différences, ces deux bonhommes se démarquaient par leur éloquence et leur dramaturgie. L’Artiste est monté sur une voiture pour appeler une (autre) poule, sous la pluie, plein d’emphase. Je pouvais sentir ma coloc frémir devant tant de romantisme à la française. Le quart d’heure d’embrassades hyper sensuelles que Nemo et sa donzelle ont performé collés au bar a eu le même effet. Et le discours de l’artiste sur ces aristocrates du nouveau monde chez lesquels il loge gracieusement dans l’Upper East Side, qui pourrissent son âme, et dont la vulgarité n’a pas de limite, c’était la cerise sur le gâteau pour cette native du Bronx. A moins que ce ne soit le coté chic et débraillé de ces deux gravures de mode huilées par la pluie et étincelants de passion?

Bref, vive la France quoi, c’est encore les vieux tours qui marchent le mieux sur nos amis du nouveau monde.

Chien et loup

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Hier soir j’etais au Gramercy Theatre « pour-un-concert-exceptionnel »: People Under the Stairs. Un duo de quarantenaires basés à Los Angeles et stars pointues des 90s qui faisaient bonne figure sur une scène un peu crado. Avec pour motto, « anytime is party time and party time is anytime« , ils s’en sont bien sortis. Dans la salle des jeunes excités faisaient se faufiler des pétards de rigueur. Mon coworker, le Breton qui n’aimait pas le Chouchen, avait eu une excellente idée en recommandant ce groupe grinçant et qui aime jeter de la bière ou n’importe quoi d’autre sur son public, et jouer avec des lunettes de soleil. Un son hip hop vintage assez génial.

Ensuite -après un bref épisode de pluies torrentielles (ce n’est pas une métaphore) qui donne toujours envie de se déguiser en Audrey Hepburn et de chercher son chat- j’ai été à une fête de collègues. Normalement je trouverais ça horrible. En fait, normalement j’irais pas. Sans même me poser la question, d’aileurs. Littéralement « too cool for school« . Mais comme je crois que je vis un âge d’or de team spirit, que peu de gens connaissent et qu’évidemment je ne retrouverai « plus-jamais-never-dans-toute-ma-vie », j’essaie d’en profiter.

Dernier arrêt: cette sorte de club où je vais finir par aller tous les weekends. Ce soir là il y avait un groupe de très jeunes gens complètement incandescents. Croisement hyperhipster & danseur professionnel.

Ils avaient des coupes de David Bowie (toutes époques confondues), des chaussures cloutées et des gilets en chevreau. Ils sautaient partout et c’était très réjouissant. En tous cas, plus amusant que la brochette de quatre mannequins anglaises absolument magnifiques en total look Isabel Marant, sequin + feutre + moue statement des chics et blasés – créatures incontournables de vos nuits brooklynite.

Night

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Ces derniers jours il neigeait, je regardais ma main comme si c’était un moignon mort, et ma vie se découpait en tranche de B: bureau, babysitting, et Brooklyn. Pas de boisson, pas de bons-copains, et encore moins de baisers. Il faisait un froid de canard à New York, la ville où il fait pourtant toujours beau. Les gens m’ennuyaient. Je ne supportais plus le calage massif de sujets totalement random et les exigences stupides des rédacs chef.

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Les rares personnes avec qui j’interagissais en dehors du bureau me tenait le genre de discours qui m’agacent particulièrement: « aaaaaah-mais-c’est-vraiment-supeeeeeer-d’être-à-New-York-TROOOOOP-DE-CHANCE !!!« .

Que ce soit les newbies jeunes professionnels du journalisme qui étaient jaloux comme des poux de la couverture de Sandy et des élections ou les autres qui ne doivent rien avoir à foutre: ils étaient tous relous. Je déteste ce genre de situations parce qu’il est impossible de faire le bon choix. Comme le dit ma copine Barbie:  « Life is good. I can’t complain, but I still do. »

Tu as vraiment envie de leur dire que le rêve américain, ils n’ont qu’à y aller, et que la chance est un facteur assez relatif. Bref j’avais les boules et je ressemblais à un zombie, en pleine voie de connardisation. On aurait pu me proposer un poste à CNN que j’aurais trouvé moyen de ronchonner que j’avais déjà pas de vie, aucune existence sensuelle et à peine le temps de me brosser les dents.

C’est l’aspect double tranchant de cette very last straw. C’est comme construire sur du sable. En soi l’expérience est suffisamment riche pour être vécue. En même temps, les contreparties ne sont pas négligeables. Et l’avenir est perpétuellement incertain. En bref j’étais de mauvaise humeur et claquée, tout était un bon prétexte pour ruminer.

En plus quand je suis mal tournée je me dis toujours que je ne peux pas imposer ça aux gens, donc j’agis comme quelqu’un sous kétamine, avec beaucoup d’enthousiasme et moult sourires forcés. De la méthode coué ou de la superstition? Dans tous les cas, c’est épuisant.

Et puis, on the bright side, ça passe. Et ça c’est bien. On a un chargé de prod hilarant, super doué en girly talks et qui organise des gouters. J’ai vu Don Juan, le mentor par excellence qui m’écoute patiemment éructer les scandales de mon quotidien. Et ce soir j’ai fini avec un de mes coworkers et le Professeur Tournesol dans un bar à la mode de Williamsburg où tout le monde portait un bonnet et c’était très rigolo.

Il y a des hauts et des bas -breaking news-.

Connardisation

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Sandy

*** Attention, ça risque d’être le post le plus long de toute l’histoire de la blogosphère. Genre vous avez le temps de mourir avant d’arriver à la fin. En même temps, il y a des l’amour, de la violence, et de la passion dans ce post. ***

Lundi je partais guillerette en auto avec ma coworker pour aller « illustrer l’ouragan » pour Thalassa. La veille j’avais passé un long moment sur Skype avec un rédacteur un peu du type dont je vous parlais il y a moins d’une semaine. Celui ci avait la spécificité de me parler comme s’il m’envoyait au casse pipe (et moi pendant ce temps la je lui riais au nez, en me souvenant d’Irène). Mais il m’était sympathique car il répétait qu’il faut respecter les gens, que ça allait être une situation de crise pour eux etc. L’exacte inverse des mecs qui te disent: « Bon… Et t’hésite pas à les faire pleurer un peu, les lâche pas..« . Fait intéressant: si vous avez le malheur de dire au mec que vous n’avez pas pour habitude de jouer les mauvais psys, ni de pincer vos interviewés pour susciter l’émotion, le mec en déduira immédiatement que vous manquez clairement d’expérience, et pas simplement que vos opinions sur la maïeutique divergent. Pourquoi pas.

Donc nous partîmes pleine d’entrain. Elle avait décide d’aller d’abord à Red Hook pour voir « si ça bougeait ». En effet ça bougeait dans tous les sens, entre ceux qui essayaient de décamper le plus vite possible, verts de peur; et ceux qui fanfaronnaient en accumulant les sacs de sable à leurs portes.

On zonait comme des loubards entre des tentatives de micro trottoirs et quelques incidents électriques.

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Vers midi ça a commencé a souffler vraiment. On est allé voir la conférence de presse de Bloomberg au Emergency Center, et je voudrais ouvrir une parenthèse: j’ai tellement couvert d’événements où il était à portée de main que j’ai maintenant l’impression que Bloomberg est un vieux copain. La petite conf: Bloomberg conseillait de se faire un sandwich avant de se caler devant la télé (« va-t-il le faire lui même? », se demandait notre reporter), et expliquait qu’il comprenait que c’était « cool et viril » de surfer mais qu’en bref, il ne voulait pas risquer la vie de maitres nageurs pour des petits cons: sacré Bloomberg jamais en rade d’un bon mot.

Ensuite on a pu aller dans les cellules de crise. Le truc de film. La matrice.

Une chargée de com à tête de Bambi stressée nous a fait faire le tour.

*** Attention! Si tu n’es pas journaliste ou mon mec ou ma mère, ce qui va suivre n’est PAS intéressant. ***

Là ami journaliste, tu es dans une situation très délicate. Personne n’a le droit de filmer ces salles, tu le sais parce que ça fait 48h que tu harcèles l’attachée de presse. Par amour du pari et par boutade, tu as lancé au hasard à un type qui avait l’air de travailler ici: « sinon après la conf, on peut monter? »

La magie de la voix de FreFem, la French femme (n’hésitez pas à vous toucher les cheveux en prenant des airs de Monica Vitti, sinon ça ne prend pas) a peut-être opéré… Qui sait ? On ne sait pas comment, on ne sait pourquoi (vu qu’en vrai le coup de la FreFem relève plus de l’autoconviction que d’autre chose): mais il a répondu: »peut-être« . C’est improbable: aucun des médias présents à la conférence de presse ne peut aller filer cette salle. Comme ça ne peut pas être juste parce que tu es sympa, le type a juste du faire une erreur. Mais quand Bambi ouvre la porte de la matrice, le doute n’est plus possible. Clairement ces gens ont surement été drogués ou hypnotisés, et quand ils vont sortir de cet état de demi-conscience ils vont nous virer ou sauter sur la camera à pieds joints en hurlant à la mort. Le sujet sera invendable, on se fera virer, ce sera l’horreur, on va mourir, et mon nom sera cité en exemple comme la pire journaliste de tous les temps.

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Donc ma coworker filmait dans tous les recoins et je racontais ma vie à Bambi pour la distraire, et lui faire oublier qu’elle avait ouvert les portes de cet endroit si confidentiel. Tout le monde avait l’air super concentré (heureusement). Entre les rangées d’ordinateurs et de polos Red Cross, et OEM: deux très grands et très vieux juifs orthodoxes. « Ils sont partout ! », se dit notre reporter. En fait, ce sont les principaux partenaires communautaires de la gestion municipale de crise.

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Après ça, il y avait vraiment beaucoup de vent. On roulait jusqu’à la caserne des gardes nationaux, et les panneaux de directions de la voie rapide se balançaient d’avant en arrière, au dessus de nos têtes. Ma coworker parlait de ses éxpériences d’aquaplaning au Kenya. C’était le top.

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La caserne tenait de l’aumônerie négligée avec ces autocollants oubliés sur le recoin d’un plainte, des tableaux en ardoise, et cette odeur de minestrone et de naphtaline. Il y avait un coté Inglourious Basterds. On est vite arrivé dans le hangar. C’était gigantesque et il y avait 10 mètres sous plafond, on aurait dit l’entrepôt d’un zeppelin. Du toit se déroulaient de larges drapeaux américains. Sur les cotés plus d’une centaine de véhicules qu’on ne voit que dans Tintin étaient garés avec précision.

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Passé l’émerveillement, et un coup de poire que ma coworker avait eu le génie d’emporter, les militaires nous ont prêté des casques et on est parties en mission dans des jeeps.

 J’aime autant vous dire qu’en termes d’excitation, on atteignait celui d’un enfant de 5 ans un matin de noël.

Nous sommes arrivés près d’Howard Beach, là c’était plus du vent: c’était les dieux nous sont tombés sur la tête. Il y avait de l’eau partout. Partout, partout, partout. Du coup les seuls trucs auxquels j’arrivais à penser c’était Colchiques dans les prés (vent), « Que d’eau! Que d’eau » (eau), et GI Joe.

Et de ce moment jusqu’à mardi soir on était « embedded » avec l’armée et ça a été comme un long tunnel. Il y avait deux citrouilles qui restaient imperturbables, et absurdes, sur un bout de macadam. Et nous, on était emportée dans le tourbillon d’ordres des pompiers ou des gardes nationaux. On les suivait comme des enfants perdus, et on était le réceptacle de leur mission –qui semblait divine à leurs yeux. En pleine nuit, une tempête prend des proportions héroïques. Du carrefour où nous étions stationnées on voyait les uniformes camouflages discuter avec des hommes en rouge ou en bleu marine comme une équipe avant un match de football américain. On ne voyait pas grand chose en fait parce que les sirènes rotatives des camions et les bandes réfléchissantes nous abrutissaient.

Puis on est monté dans un camion bâché. Deux types en polaire Abercrombie qu’on a ensuite identifiés comme étant des policiers nous regardaient en chien de faïence. Ce qui nous changeait du regard amusé des gardes nationaux qui affichent un sourire goguenard à chaque fois qu’ils croisent ces deux journalistes françaises sans Gortex et sur lesquelles leur casque national ne fait pas très sérieux (je ne peux pas les blâmer, ils ont totalement raison).

Le camion s’est transformé en bateau. Le pompier fumait des cigarettes qui sentaient la Gauloise. Il portait des bretelles rouges, et serrait dans ses mains sales un bout de papiers avec les adresses des gens qui avaient appelé pour être secourus. Deux hommes blonds portaient des sortes de Babygros rouge vif, comme des combinaisons de plongée mais qui leur conféraient une allure totalement clownesque. Ils sautaient du camion dans l’eau qui leur arrivait parfois jusqu’à la taille. Et ils revenaient avec des grappes de gens effrayés. Les premiers c’était une mère genre MILF et son fils, genre Zac Efron, et leur trois ou quatre chiens (il y avait peut-être un chat dans le lot). Ensuite trois obèses sont montés. Madame obèse n’en menait pas large. Elle venait d’enlever des bigoudis sur ses cheveux cuivrés. Je le sais parce sue je m’y connais très bien en mini vague. Monsieur obèse ne devait pas en mener large non plus, mais il voulait faire son malin, donc il parlait très fort et il était très très énervé. Il avait un cigare mouillé dans la main et une sorte de lampe à pétrole qui a éclairé le camion jusqu’alors dans la pénombre. D’un coup les gens ont perdu leur masque inquiet et émacié. Ils étaient seulement concentrés. Il a demandé au pompier d’aller voir sa voiture à deux rues. Le pompier à la cigarette a répondu qu’il avait des bébés à aller chercher. Monsieur obèse a ronchonné. Mademoiselle obèse, une vingtaine d’années, un bas de pyjama en pilou et des bottes à imprimé burberry (je crois) textait frénétiquement et donnait des nouvelles de la famille obèse à sa mère qui couinait un peu.

Puis il y en a eu plein d’autres. Et le safari aquatique est rentré au carrefour où les lumières des ambulances et des camions de pompier éclairaient comme une guirlande de noël des rues sinistres. Il y avait aussi une banque à ce carrefour, et dans la vitrine une lumière blanche qui a flashé toute la nuit comme si une alarme s’était mise en route. Avec les sirènes on aurait dit le set d’un clip d’Amanda Lear.

Les rescapés devaient prendre des bus pour aller dans des hôtels. Il y avait un couple qui répétait d’un air hagard qu’ils habitaient en zone B et que donc, ils ne comprenaient pas ce qui leur était arrivé. Une famille avec des femmes voilées était assise au fond du bus et un jeune père faisait risette à son bébé. Je crois que ce bébé avait fait une crise d’asthme et que la famille avait été évacuée parmi les premières. Ils avaient l’air soulagé et serein en tous cas. Et puis il y avait monsieur obèse. Qui n’était toujours pas content. Il meuglait dans son téléphone: « Non mais vient me chercher, nous laisse pas là, tu ne peux pas me faire ça. Mike: viens me chercher. Viens me chercher! Après tout ce que j’ai fait pour toi! Non mais je m’en fous de l’ouragan: viens me chercher! Mike! Tu vas m’entendre si tu ne viens pas nous chercher. Je peux pas rester là. Tu viens !« . Je pense que Mike, ou quel que soit son nom, a fini par céder puisque la famille obèse est sortie du bus.

Nous en revanche on est resté dans le bus parce qu’on grelotait. Les trois policiers qui conduisaient des bus s’appelaient quant à eux bel et bien Mike. Le premier Mike portait un cirée jaune, et était lugubre. Il a répété plusieurs fois que c’était l’enfer « out there », et qu’on allait retrouver des gens morts là bas, dans l’enfer. Le deuxième Mike nous a mis le chauffage à fond pour qu’on de réchauffent les pieds et a gentiment rigolé à toutes nos blagues. Le troisième Mike s’inquiétait pour sa maison à Long Island et nous a donné des bananes en nous souhaitant bonne chance.

A un moment on ne savait plus quoi filmer. Tout le monde était ahuri (je me répète ?). Le Caporal Lenehan nous a prises sous son aile. Il nous a emmenées (en jeep, ouais !) dans une station service et nous a acheté des croissants industriels qu’un Pakistanais a micro-ondés. C’était trop bon.

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A partir de là on s’est mise à rechercher le mec qu’on suivait: le Capitaine Perez, qui ressemblait un peu à Uncle Ben en jeune. Le capitaine Perez était fatigué. On a erré de jeep en jeep. On a rencontré Rodriguez et Soto, respectivement 24 et 21 ans. Ils nous ont raconté quinze fois qu’ils avaient sorti un vieillard de sa maison, et que ce vieillard était resté 45 minutes sous l’eau dans sa cave en respirant par un tube, qu’il délirait quand ils l’ont trouvé parce qu’il s’était ouvert la tête et qu’il avait du « brain juice » qui sortait de son crâne. Effectivement les sièges de la jeep étaient recouverts de sang. Ils faisaient les fiers à bras mais ils avaient l’air d’avoir été impressionnés. Capitaine Perez était plus fatigué que jamais et on a donc rencontré Capitaine Woods qui ressemblait à un prof de maths, carré et sérieux, mais sympa.

Soto et Rodriguez buvaient des énergisants mexicains en nous expliquant la magie du MRE: meal ready to eat. Ce sachet contient un repas à 25 000 calories et surtout un sac plastique magique qui te permet avec un tout petit peu d’eau de réchauffer ce que tu manges. Vu qu’on était beyond fatigue, on a trouvé que c’était dément et on les a filmés. N’importe quoi

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Ensuite on a conduit jusqu’aux Rockaways pour faire le plein. C’était parfois lunaire, parfois bordélique. On voyait la fumée partir de Breezy Point –et je ne veux pas faire mon Hemingway, mais it smelled like chaos. Comme un film d’archives de la guerre des Balkans : des maisons en papier mâché à moitié écrasées, et des gens sur le bord de la route, hébétés. Toutes ces petites chaumières de plage avaient été déracinées et il y avait des bateaux sur la route. On  n’a pas pu faire le plein parce qu’on a du accompagner un convoi qui évacuait deux vétérans de 70 ans. Lenehan n’arrêtait pas de nous dire: « Vous vous rendez compte! Ils se sont tenus par la main toute la nuit! Sur leur lit qui flottait! Deux vétérans! ». Je ne comprenais pas pourquoi ce petit bonhomme était si excité. Je regardais par la fenêtre et j’en croyais pas mes yeux: plein de gens partout devant ce qui ressemblait à une décharge géante. Et je me suis endormie.

Après il s’est passé un certain nombre de choses sans trop d’intérêt. Tous les humains me semblaient soit épiques, soit complètement légumes.

On a fini par partir. A la caserne on a retrouvé le grand chef, que tout le monde appelle Kornell et qui m’avait dit 30 heures avant: « Vous savez, moi depuis l’Afghanistan, j’ai l’habitude des journalistes » avant de décocher un sourire émail diamant. Comme si des yeux bleu ciel de poupon en celluloïde ne suffisaient pas à le rendre sympathique. On a dit au revoir à son homme de main aussi, Migliore, qui était si gêné parce qu’on l’appelait par son prénom, et qui s’était senti obligé de deux choses: nous faire un cours sur les grades et les insignes, et nous faire accompagner d’une recrue francophone; un Burkinabé canonnier (et si !) dans l’armée mais qui voulait faire un Ph.D de micro biologie.

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On était sale. Je regardais ma coworker et je lui trouvais, comme aux militaires, un air épique, comme une héroïne albert-londresque. On a repris un coup de poire avant de se mettre en route.

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Cyborg

Alors hier: folle soirée. Ces moments où vous vous dites: si je ne bois pas cette bière en trois minutes je vais peut-être mourir.

Bon: je suis assez contente, je n’ai rien à me reprocher. Stay classy.

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A 4h du matin le métro était bondé de bouffons enrubannés et à coté de moi il y avait un mec en short qui faisant semblant de lire un bouquin. ALLO il est quatre heures du matin Jean-Paul!

Je n’arrêtais pas de me dire que c’était trop con que mon moustachu ne soit pas la. Et j’écoutais Violent Femmes.

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Un truc marrant et propre aux start-ups c’est que tu te retrouves souvent à faire la fête avec tes supérieurs hiérarchiques. Parce-qu’on-est-jeunes-et-conviviaux. Droguée ou ivre morte, je ne lâche que très rarement mes gardes. Alors je n’ai pas peur de finir par dire aux gens que ce sont des escrocs ou des débiles. Donc pour voir le bon coté des choses: voir les mecs à la tête de ta boite danser sur Grease: ça humanise les gens.

Dans le métro tout le monde rentrait de soirée d’Halloween diverses et variées. Parfois les gens se sont vraiment donnés et c’est chouette. D’autres fois tu te demandes vraiment en quoi les gens sont déguisés. L’autre soir une fille me racontait qu’elle serait en cyborg cheetah pour Halloween, donc en cyborg sexy léopard. A partir de la…

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Point G

J’ai eu la ligne G en 15 secondes à l’aller et au retour: j’aurais du savoir que quelque chose ne tournait pas rond, que la G -la ligne des G-hipsters, les hipsters cheap; la ligne qui ne fonctionne jamais correctement- m’envoyait un signe.

Elle me disait: « tu as masterisé Brooklyn, tu es prête pour ton grand moment ». Et donc voila: j’ai vécu la soirée de hipster ultime, je m’en rends compte maintenant. Je m’en vais vous la conter.

Cordialement invitée par le Professeur Tournesol, j’arrive à East Williamsburg dans un loft au style indéfinissable. Je dirais à mi chemin entre la maison close de Timisoara et le set d’un film amateur indie sur des colocs sympas qui seraient en fait des vampires. Bref, il y avait une immense première « pièce à vivre » très haute de plafond, avec des tentures bordeaux qui partent d’une sorte de lustre abstrait. C’était un duplex donc en montant un long escalier en bois -ce genre qui fait toujours « Bienvenue aux 2 Alpes »- on arrivait à une chambre style backroom. En bas une autre chambre d’inspiration Cendrillon. Et un très grand backyard.

Ensuite avant de vous donner une info assez révélatrice, je veux vous dire que je l’ai fact-checké du mieux que je pouvais plusieurs fois pendant la soirée: je ne dis pas par sarcasme ou simplement par facilité. 90% des hommes portaient une chemise à carreaux, 60% une barbe. Ça c’est un élément de décor.

Pour les filles c’est toujours plus compliqué. Certaines portent la licorne. D’autres ont des looks que seule une ado pourrait assumer, le mini short en jean cisaillé ET bleach, le t-shirt à fleurs en matière synthétique, et des lunettes de soleil H&M. On se Je redemande toujours quel est le statement derrière tout ça ? Autre que « baise moi », j’entends.

Bref l’assemblée a un bon vernis hipster. Bon ça ne veut pas dire que les mecs sont de vrais hipsters, ie : free-lance, locavores, plus ou moins décroissants ou au moins adeptes du « mieux consommer », et appréciant les idées de communautés et de tribus un peu floues. Non la je parle des hipsters comme on en parle dans la presse européenne: une bande de jeunes à la mode.

Il y avait des fraises au chocolat, et de la PBR. Au début la programmation musicale était à la hauteur de la chemise en flanelle. Et puis plusieurs litres de PBR plus tard, il y avait du Rihanna et personne ne trouvait à y redire.

A l’exception d’un Canadien qui était marin, et encore c’était un marin free-lance, tout le monde travaillait plus ou moins dans les médias ou la création.

Ces gens là me sont familiers. Je connais ces mecs qui font du coworking, lancent des agences de news, des boites de prod de courts, des plateformes interactives, des labels vraiment pointus, des collectifs de stylistes, des projets de création protéiforme,…

Je n’y vois aucun problème. Ça m’amuse parce que mes amis Parisiens, Libanais et même Ramallawis font exactement la même chose. J’ai trois potes qui font de la finance (et plutôt solidaire), une toute petite poignée de commerciaux (et encore ils ont toujours un peu créateurs), deux ingénieurs,… Je ne connais presque personne qui a un poste fixe, et très peu qui travaillent pour un organisme public.

Tout le monde parlait donc de « projets », de « capstone », de « pitchs » et de « pieces » -le tout réalisé chez Third Ward entre Greenpoint et Bushwick.

Lifestyliment parlant, je me suis retrouvée coincée dans une conversation où j’étais la seule à ne pas avoir de vélo. Et j’ai entendu plusieurs fois, des jeunes femmes et de jeunes hommes parler de se respecter en mangeant bio et/ou local et/ou sans gluten.

Il y avait un vieux copain à moi en pull digne du clip Last Christmas et petites lunettes rondes en écaille. Il parlait très vite. Il était trop excité. High on life. Ou d’autres substances moins licites.

Quand je l’ai retrouvé il était avec sa coloc, une blonde canaille, et un petit mec à la voix de canard. Le petit mec voulait se taper mon copain. Il a fini par me demander avec beaucoup de fébrilité dans sa voix de canard pour que le mec ne soit pas un serial killer, si mon copain en était. Je ne savais pas quoi dire puisque mon copain venait de m’annoncer que les identités sexuelles c’était très reac.

Il a surement été influencé par ce photo shoot en action dans un donjon SM. Quand il racontait cette histoire en détail le petit groupe autour de lui avait du mal à se retenir de saliver. Mon vieux copain a conclu en disant que finalement avec 50 Shades of Grey tout ça était dans l’air du temps, qu’il aimerait bien être une dominatrice et que quand tu vas chez le médecin et qu’il te demande de te déshabiller puis qu’il t’ausculte c’est la même chose que le bondage et l’humiliation sexuelle.

Après la métaphore du médecin on a entendu un « Awhw I’d like that ». C’était le gnome à la voix de canard.

Autour de nous tout le monde avait la pupille luisante.

J’ai dit ce que je pensais de 50 Shades of Grey, que ça n’était pas mon truc tant c’était dénué de tout second degrés et surtout que je trouvais ça très mainstream. Sérieusement en 2012, la plupart des gens qui sont dans la cible de ce bouquin se sont déjà fait un peu violentés par quelqu’un avec qui ils couchaient, et un paquet de gens s’est déjà fait bandé les yeux. Quant au nombre de nanas qui, comme l’héroïne, se font entretenir par un mec qui n’a dans le fond qu’une exigence la fermeté de la cuisse et la lascivité, je crois qu’il est assez important. Et je suis loin de les blâmer.

En plus ce bouquin n’invente rien. Le marquis de Sade, les maisons closes, la soumission…

En fait ça me rappelle un biopic de Madame de Montespan que j’ai lu en seconde.

Donc on ne peut pas vraiment parler de tendances. Et une fois de plus ceci n’est pas un pamphlet contre le pincement de tétons.

En revanche la lubricité des regards autour de nous était assez inquiétante. Peut-être qu’à force de trop se respecter et de parler de consommer mieux on perd un peu le fun de la vraie vie. La vie dans laquelle se prendre trop au sérieux, le seul véritable problème du mouvement hipster si vous voulez mon avis, est un frein à un brin de déviance.

En tous cas quand mon vieux copain racontait ses histoires de donjons et m’interpelait en me demandant si j’aimerais être bâillonnée et que le petit public m’a regardé comme si j’avais dit que parfois je buvais du vrai lait, pas du lait de soja. C’est à dire comme la personne la plus libérée et sulfureuse de la planète, ou au moins de cette soirée.

Du coup je suis retournée parler au marin canadien qui était bien plus rigolo avec ces histoires de pirates des Caraïbes.

Attention je ne crache pas sur les hipsters : quand ils me parlent de leur libération par le yoga, le tatouage ou leur label d’underground chilien je trouve ça super excitant. Je crois juste qu’il ne faut pas les fréquenter trop longtemps.

Mais j’ai impressionné des hipsters et ça, c’est une réussite.

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Hier, j’ai essayé de faire mon boulot. Ce n’est pas toujours facile d’être le supermarché de rédacs parisiennes.

– Ouais alors on voudrait un truc genre avec plein de jeunes avec des tshirts de Mitt Romney Et des iPads avec des guns dans les mains. Il me FAUT ce plan pour le sujet

– … (journaliste se demandant si le devis comprend un budget figurants)

Le cas le plus classique:

– Alors écoute il faut qu’on sente New York. Genre je veux des taxis jaunes, de la fumée, des noirs qui font du hip hop, l’Empire, un mec qui mange un hot dog en costume,… Tu vois le truc?

– ah oui, oui, je vois le truc! Depuis ma fenêtre même. C’est bien simple à chaque fois que j’ouvre les yeux ici c’est ce que je vois.

Bref là il s’agissait d’aller traquer le jeune démocrate pour lui poser des questions sur son utilisation des réseaux sociaux.

A une fête de jeunes démocrates dans une salle de concert du Lower East Side.

Très risqué l’interview à des fêtes. Le temps de t’installer tout le monde est déjà ivre mort.

J’ai été traumatisée par un sujet que j’avais fait toute seule pour l’école, sur les open bars justement. J’avais été à une fête de lancement d’un nouveau numéro du formidable Keith. En trois secondes et demi, j’avais à peine eu le temps de cliper la semelle de la camera à un monopode (très mauvaise idée le monopode), une sueur d’angoisse me parcourant l’échine à l’idée de devoir filmer une horde de jeunes excités sous des lumières stroboscopiques que l’immense majorité de la foule était déjà saoule -trop pour répondre à mon modeste micro trottoir en tous cas. Si je n’avais pas croisé une bonne amie à moi à qui je pouvais bien expliquer l’importance essentielle de mon travail avant qu’elle passe à la casserole camera, je n’aurais pas eu ce précieux sonore à peu près potable. L’échec en somme.

Heureusement cette fois ci, j’étais aidée de Monsieur Nature et Découvertes. On s’en est finalement sorti même si en regardant les rushs (ce que j’ai eu tout le loisir de faire, ayant passé ma nuit sur un serveur), je note bien quelques regards vitreux.

Dernière note sur cet événement: le jeune démocrate, contrairement à toutes attentes, n’est pas hipster. Pas du tout. Il porte le costume ou le tailleur mal coupé et a généralement la tête De celui pour qui ça n’a pas toujours été facile au collège. Binoclard et un peu rond. Quand j’imagine la tête des jeunes loups soutiens de Raymond Barre c’est a peu près comme ça que je les vois.

Open Bar

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Politics

J’avais suivi le premier débat dans un silence religieux chez des copains journalistes, ou même respirer ou prendre une part de pizza était déjà considéré comme un problème. Ça m’avait un peu calmée. En plus c’est amusant parce que je trouvais qu’Obama avait pris un coup de vieux. Comme si c’était mon vieil oncle (d’Amérique -ahah).

Pour le deuxième débat, j’avais décidé de ne pas me ré-imposer la clique des binoclards. Mes colocs regardaient le débat donc j’entendais Obama s’énerver. J’ai ouvert twitter et ce dont tout le monde parlait c’était « binder full of women ».

Pour avoir une expérience complète hier je suis allée dans un bar pour regarder le troisième et capital débat.

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Tout le monde s’en foutait dans le bar.

Je crois que seul le groupe d’Européens écoutait ce que les deux bonhommes avaient à raconter.

Ils étaient souvent d’accord. Ce n’est pas dans les prochaines années que nos frères palestiniens seront libérés, quelque soit l’issue du scrutin. Mitt Romney, décidément très enclin au lapsus, a confondu l’Iran et l’Irak. L’Afrique et l’Amérique du Sud n’ont pas eu l’honneur d’être invitées à cette mascarade, peut-être que c’est une chance.

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Hier j’étais au concert de Justice. Un mec est tombé du troisième balcon juste devant la scène. Comme une feuille morte. Ces deux potes au bout du balcon, se devisageaient avec des expressions complètement ahuries. Petit mouvement de foule, mais l’immense majorité des ados supersurexcités ont continué à pogoter (et oui!). Une fille qui avait l’air sérieusement ivre et décolorée au henné (et oui!) a filmé le type à terre et les trois mecs qu’il avait écrabouillés, la bouche ouverte et l’oeil mort.

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Le concert était top et au final personne n’est mort.

Justice

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Being French

 

On va dans un bar où j’avais cet été lancé une véritable polémique:

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Une des expériences les plus singulières quand on habite à l’étranger, c’est de rentrer chez soi après des vacances ou un weekend au vert. Je me souviens très bien qu’en revenant de Montauk j’avais eu ce sentiment de rentrer au bercail. Même chose ce soir. C’est amusant comme « la maison » est un concept assez flottant. On croit appartenir quelque part, et on est infidèle sans même y penser.

Sauf pour les Allemands qui ont un mot spécial pour leur appartenance géographique et quintessentiellement identitaire, heimat. Je vous dit ça au cas ou ça tombe la prochaine fois que vous regardez Questions pour un Champion entre copains.

Rien n’était ouvert à Hipsterland pour deux voyageurs sales et repus. Le moustachu, la militante et moi avons échoué dans un des 700 000 restaurants français de Brooklyn. La serveuse -une petite brune « pleine-de-peps« , a bien essayé de nous entourlouper. Nous prenant pour des touristes, elle a essayé de nous faire gober que les gens laissent généralement 30% de pourboire. No shame.

J’ai voulu m’inscrire sur Yelp pour les dénoncer mais j’ai eu peur de devenir comme ces gens qui passent leur temps à noter les spots qu’ils fréquentent et qui se fâchent tout rouge quand ils estiment être mal servis, avant de lâcher, furibonds, « ah mais vous ne savez pas qui je suis! » et d’ajouter en éructant, le cou tendu et nerveux: « je suis quelqu’un sur Yelp« .

Heimat

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