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Storytelling

Quand j’étais à Boston, le chef op avec qui je travaillais était complètement anarchiste et avait eu une vie très très mouvementée: tenancier d’hotel avec une fille qu’il a épousé à 16 ans alors qu’ils étaient sous acid, tournée avec un groupe de punk, clochardisation new-yorkaise,… Les amateurs de Junk y trouveraient leur conte (ahah).

Outre quelques histoires de perceptions du monde améliorées grâce à des substances diverses -très intéressant quand même pour un mec dont le métier est maintenant de faire des images, autrement dit des représentations, il m’a beaucoup parlé du fait qu’il ne croyait pas en l’idée de gouvernement. Mais qu’il ne voulait rien faire pour le renverser. C’est loin d’être le premier à me raconter un truc comme ça dans sa tranche d’âge, alors je me suis dit que ça valait le coup d’être raconté. Ces types ont l’air de se reposer sur des institutions locales et communautaires plus que sur l’état. En même temps ils sont assez fataliste et leur conclusion ressemble un peu ça: « même s’il ne sert à rien, il ne faut pas révolutionner ou anéantir le gouvernement ». Curieux.

Sinon il a réalise ce super doc:

 

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Alors, il vient de m’arriver quelque chose de tout à fait FOU!

Depuis une dizaine de jours on reparle de Zuccotti Park.

A chaque fois que je tombe sur l’interview d’un punk édenté sur NY1, j’ai un petit frisson de tendresse et de nostalgie.
Du coup j’étais passée voir à quoi ça ressemblait. Là où sont nées les plus grandes heures du Drum Circle et des châteaux en carton, il y avait UNE tente et trois millimétrés du bulbe qui ne jouaient ni du tambourin, ni de la guitare. Déception.

Sauf que là je viens de voir un mec dans le métro avec un carton 99% dans son chapeau. Un haut de forme en feutre un peu dégueu, le chapeau. Lui: pas très frais, barbu, la vingtaine, gros sac a dos de randonneur pro avec gourde en métal brossé accrochée dessus, et enfin: un grand sac en plastique plein de PANCARTES! Malheureusement pas de bandjo.

Mais c’est un vrai Occupeur, ni un hipster en manque de sensations fortes, ni un vétéran ami de Jésus, ni un semi clochard.

Mais quand il est sorti à Fulton Street, le doute n’était plus permis: il allait bien rejoindre ses copains, l’AAU -Amicale des Amateurs de ukulélés, à Liberty Plaza.

Ils sont Revenus, les Vrais.


#OWS, Ils Reviennent!

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Chicago Bulls

Hier soir j’étais avec mon ami tatoué.

Je l’aime beaucoup ce jeune type de Chicago. Ça n’est pas indépendant du fait qu’à chaque fois que je le vois il me compare à une actrice géniale, la première fois, il m’a dit que je ressemblais à Marilyn Monroe, il était ivre; mais depuis j’ai eu droit à Rita Hayworth (dans le civil je porte toujours des gants longs, ça habillerait même un survêt Lacoste) et Katherine Hepburn. Pas dégueu. J’arrêterai quand j’aurais décroché Ava Gardner.

Bref.

Mon ami tatoué est venu à NY pour faire de la musique et je l’ai vu hier avec son coloc guatémaltèque, venu ici pour faire de la cuisine, ainsi qu’ un troisième larron qui est dans le médicament à Chicago.

Ce troisième homme, a une tête à s’appeler Mike. Blond aux yeux bleus, des biceps tellement énormes que ses avant-bras n’ont pas l’air de pouvoir toucher son corps. Habillé sans élégance mais sans mauvais goût.

Triste et agacé que les Zuccottiens aient été délogés, il m’explique que, sans vouloir être corny, pour sa génération travailler n’est même plus un signe de réussite. Il se définit comme un démocrate mais assure que beaucoup, moins intéressés par la politique, partagent son opinion: travailler pour ne pas en profiter? Éviter à tous prix taxes et impôts et vivre « comme une tortue » (sic -et lol aussi) : What’s the point? Hein, je vous le demande.

Plusieurs choses:
– Je suis impressionnée par le nombre de personnes qui se mettent à te parler d’Occupy Wall Street avec le même naturel que des résultats de la NBA. Un vrai mai 68. On a beau dire que les Américains se contrecarrent de leur pays, de l’actualité et ne savent pas que nous, Glorieux Français, jouïssons de  réfrigérateurs et de cabines de douche… Ils réussissent à s’intéresser à un mouvement relativement anecdotique et aux revendications plus ou moins vagues. Bravo Américains. Vous êtes sur la bonne voie.
– Il m’a aussi dit qu’aujourd’hui de toutes façons, personne ne fait le métier qu’il aime. Ça reste le point de vue isolé de ce mec, mais ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de thèse; par ailleurs, à Zuccotti, ceux qui n’avaient pas de taf n’étaient pas systématiquement des personnes qui ne voulaient pas transiger sur leur un poste, c’était plutôt ceux a qui on ne propose même pas de job périphérique a leur champ d’étude – un peu le problème quand tu as un master en poésie pré-natale Cherokee.
C’est comme s’il n’y avait ceux qui ne font pas ce qu’ils veulent, et ceux ne peuvent même pas prétendre à cette situation. Pas très joyeux tout ça.
– Mike Captain America, c’est le genre d’Americain que j’aime bien rencontrer ici. Ni texan, ni New Yorkais. Démocrate mais pas tout à fait contre la guerre en Irak. Il travaille. Mais ni dans un canard, ni dans la production de film -arty ou superproduction, ni dans la céréaliculture. Il n’est pas gay, il ne date pas que des super models. Il n’est pas hipster, il n’est pas white trash.

Voilà, après on s’est tous saoulé. On a été très américains et on a tous les 4 dragué la serveuse d’un bar à bière du pire genre (le bar, pas la serveuse) ouvert jusqu’à 6 heures du mat. Serveuse qui venait de Portland et qui voulait être actrice. Welcome to America.

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Veillée mortuaire

Hier soir, Liberty Plaza a été rayé de la carte.

Les occupants, leurs tentes, leur générateur, leur cuisine, leur stand à t-shirt, leurs pancartes, leurs guitares sèches, leurs ukulélés, et leurs percussions en pots de yaourt: tout a disparu.

C’est presque comme si quelqu’un était mort.

Ils pensent encore pouvoir revenir sous certaines conditions mais c’est assez improbable.

Bloomberg a gagné son bras de fer, et c’est la fin de ce second mai 68.

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Occupy Wall Street, Kitchen

J’ai désormais mes habitudes au « Park ».

Plusieurs raisons à ça.

1- C’est une mine de sujets. Il n’y a qu’à se baisser, tu tombes toujours sur un portrait qui déchire, une histoire improbable, une bonne photo de punk au réveil ou de hippy béat -et ça, ça fait toujours plaisir.

2- Il y a toujours une meute de « vrais journalistes ». Occupy Wall Street c’est (un peu) aux wannabe reporters ce que le Salon du Bourget évoque aux petits garçons de sept ans.

3- Plus j’y vais, plus je me dis que je dois y retourner. Je passe par ailleurs mon temps à promettre à des semi-clochards que je reviendrai… Et je tiens toujours souvent mes promesses.

Cliquez sur César!

CRouveyrolles

Depuis le début quand je passe devant leur cantine, j’hésite entre un camp scout et un festival de tri-hop de rue dans la campagne de Cahors.

Même quantités ahurissantes, même hygiène relative, même capsules multicolores de bières éparpillées et écrabouillées, mêmes ados affamés avec du nutella aux coins des lèvres,…

Au départ ils disaient qu’ils achetaient la nourriture eux-mêmes avec un pot commun. Ensuite, ils ont reçu beaucoup de soutiens – incluant celui d’un chef étoilé (#comme-quoi).

Ils auraient obtenu une cuisine après avoir passé un appel sur Twitter

Je passe souvent le matin, et ces derniers jours, il pleuvait. Les « occupants » se serraient sous des bâches avant de plonger leur bras potelés et/ou tatoués dans des grandes caisses en plastique pour faire la vaisselle avec conviction mais sans efficacité.

J’ai donc passé un petit moment avec eux ce matin, et j’ai rencontré deux drôles d’olibrius.

Adam qui vient de Syracuse, NY. Je me suis dit que ça devait être chouette d’habiter à Syracuse, mais en fait ça a l’air de craindre. Diplômé en « Writing » (#lol?), ce type poupon de 32 ans n’a pratiquement jamais exercé le métier d’auteur.

Il a rejoint ces indignés parce qu’il n’a « jamais participé à quelque chose d’important ».

Il m’a dit qu’il voulait croire que Wall Street serait une révolution, « comme Facebook! On ne savait pas au début que ça deviendrait aussi énorme! ».

Il m’a dit qu’ici bas on était « contre les Fat Cats des derniers étages de ces tours ». Mais il m’a aussi dit que si l’un d’entre eux descendaient pour lui offrir du travail il n’hésiterait pas une seconde.

Adam pense que ses copains hippies ne sont pas des paresseux : « Je suis prêt à faire n’importe quel job ici, mais même pour bosser chez un vendeur de bagels, ils te disent qu’ils te rappelleront dans quinze jours… Tu as beau leur dire que tu vas travailler à fond, et être sincère, tu dois avoir trois entretiens, et en plus, ça ne change rien. Je voudrais que tout soit comme cette cuisine. Je suis venu, je leur ai dit que je voulais faire quelque chose, et ils m’ont donné du travail ».

L’autre, je l’ai rencontré au « coin vaisselle ». Un Italien qui a vécu les vingt-cinq dernières années de sa vie au Canada. Il m’a raconté beaucoup de bêtises relativement improbables, mais il m’a surtout dit « My name is Cesar, like Cesar salad ».


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Sunday in the Park

Cliquez sur la dame.
CRouveyrolles

Dimanche à Zuccotti Park.

Beaucoup de familles et beaucoup de religieux.

Ce qu’il y a d’agaçant chez ces gens c’est qu’ils se mettent en cercle, ils dansent, et ils répètent ce que le plus débilos de tous raconte. Parfois à la guitare.

 

 

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Back in 68

Hippies!? Where??Allright.A toutes les sauces."Putain, tu sais pas ce qui m'arrive !?"The flag.Hirk.
AAARGH.Michael Jackson.Cuties.Du beau monde.Knut Elmut Olaf.Hypermedia.
Greed. #fatcats#iconGROS PUNK.99%Bah voyons.IMG_3386
Des vieux hippies.Un home avec une femme.

Protest, Occupy Times Square, a set on Flickr.

Evidemment, il y avait des crétins qui dansaient en ronde. J’ai vu beaucoup d’adolescentes, une file déguisée en Janis Joplin, des pancartes ridicules et d’autres très bien vues. Toutes les télés étaient là. Ils étaient beaux, bêtes et émouvants de vérité.

Les Américains les regardent ainsi en tous cas.

Personne ne veut y croire.

L’Artiste a une amie qui set venue de Virginie pour le week end. Le tout lui rappelle Angela Carter et ses copains. Fox continue à les traiter comme Lieberman traite les habitants des tentes de Tel Aviv.

Les ressemblances sont déroutantes. Pour autant comment prendre au sérieux une bande d’ahuris déguisés et qui dansent en faisant onduler leurs dreads luisantes de beurre d’avocat?

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Même si ma frequentations de saltimbanques à pantalons bouffants a incroyablement augmenté récemment, j’ai fait une exception hier soir. Faire un saut chez la cousine d’une amie. Une française très infusée dans le grand bain New Yorkais.

Elle habite un appartement rétro. Du mobilier sixties rouge se frotte à de l’électroménager photographié pour des pochettes d’albums de groupes indé. Son coloc joue du synthé debout. Une autre est une femme d’affaire de produits de luxe; seule, étrangère, alcoolique. Une autre encore est une artiste bas de gamme et encore une enfant.

Je ne sais pas si on peut poser là les bases d’une théorie systématique, mais le phénomène d’attraction irrépressible d’une communauté donnée sur une capitale mondiale spécifique se vérifie.

Aucun rapport avec les diasporas, les retours au pays en fanfare, … Je parle de tribus.

A Ramallah, on croise des adolescents à peine verts qui cherchent la Cause d’Une Vie. La Cause qui leur donnera enfin une raison de vouloir mourir. La Cause qui leur permettra enfin de résoudre la terrible question de leur identité. On croise des anarchistes dont le désir ardent de défendre la veuve, l’orphelin et les drogues douces dépasse leur intérêt pour le shampooing ( -un point de vue qui se défend).

A Beyrouth, un paquet d’orientalistes aux mégots puant le foin des Indes et aux oripeaux vaguement levantins se caressent la couenne avec volupté, chantant les louanges de ce pays incroyablement mixte et mosaïque ( -honnêtement, rendons ce mot aux carreleurs qui l’emploient bien plus noblement).

En Guyane, pas besoin de décrire ces Métropolitains bien trop blancs, amères et/ou constamment sous opiacés.

A New York il y a des gens comme cette Cousine. Une Intellectuelle. Une fan de Cinéma. Une fille qui parle de Camus comme d’autres parlent de Gros Quick. Les lunettes rondes en écaille ne trompent pas.

Elle écrit e fabuleux scénarios. Elle se raconte comme un Dickens. Elle voit le monde derrière ces petites lunettes, mais avec grandeur.

Son cercle est infini. Ils sont partout. Amusants, et contents d’eux.

Ces Français -souvent- qui sans cesse me parlent de “New York, ville debout”. Sans que je puisse discerner si c’est un homage ou un emprunt.

Only in New York, the ultimate French people

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