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Black Tie

J’ai peu parlé des dîners mondains de l’Upper East Side où j’ai passé beaucoup de temps cet été. Pourtant, il y a beaucoup à dire. En gros si Saint Germain des Près rencontrait Woody Allen, ce ne serait pas très différent de mon expérience dans la ville haute.

D’abord pour aller diner dans l’Upper East Side, on ne se prépare pas comme pour aller faire la bringue à Brooklyn, évidemment. Par exemple être francais ne veut pas du tout dire la même chose. Sur la 71ieme rue vous devez essayer de vous rappeler de tout ce qu’on vous a raconté quand vous étiez petit et que vos parents –les saints- vous trainaient au Louvre pendant que vous hurliez à la mort. Si en plus vous êtes parisien, vous êtes censé connaitre tout un tas d’anecdotes  sur Paris de 1919 à 1948. On vous demandera peut-être si vous avez une maison sur « la Riviera », et certainement si et pourquoi vous vous sentez européen.

N’importe où de l’autre côté du pont, les gens vous trouveront toujours incroyablement exotique et terriblement nouvelle vague. Il faut impérativement vous trouver un lien direct avec Justice ou Sébastien Tellier sinon vous ne pourriez décemment pas être francais. Et vous habitez rive droite, vous adorez Carven (hipster pointu) ou Berlin (hipster mainstream).

Dans l’Upper East Side essayez de ressembler à Juliette Gréco (jeune). A Brooklyn, laissez tomber : peu importe à quel point vous pensez ressembler à un clochard boho ce sera toujours trop propret.

A ce dîner dans l’Upper East Side il y avait d’autres Français et c’était visiblement un peu trop pour l’assistance. Les éclats de voix et les regards assassins prennent toujours un coté bien plus dramatique au milieu d’Américains, que dans la lumière tamisée d’un appartement du sixième arrondissement où il s’agit simplement de faire la démonstration de son caractère, d’affirmer qu’on a bien de la personnalité.

Diner mondain, G. Wostein

Diner mondain, G. Wostein

Mais sinon ce fût les questions d’usage: est-ce que je connais le Bon Marché? Est-ce que le fromage français me manque? Que diable allais-je m’installer à Brooklyn?

La maison est remplie de bibelots, du sol au plafond. Dans le lot il y a un Turner et un Modigliani. Il y a aussi des photos d’enfants aux sourires constipés, des vieux instruments de musique mal dépoussiérés, et des pièces d’art contemporain pour le moins hideuses. L’artiste est en résidence ici. Nous rions comme des bossus du manque de second degré de tous ces Américains qui décidément n’ont rien compris. Une autre étudiante italo-allemande bavasse pendant des heures de la patate douce à New York – ville dont elle est très fière de dire que la particularité est que: « tu aimes ou tu détestes ». Merci pour ce commentaire résolument brillant.

CRouveyrolles

Le maitre de maison nous couve des yeux comme « des petites femmes de Paris« . Jusqu’à ce qu’il nous demande si on sait ce qu’est le yiddish. ALLO.

Je quitte ce château à ascenseur au cœur de la ville pour rejoindre le quartier polonais de Williamsburg. Ici il y a des punks tatoués qui ont peu d’avis sur Modigliani -ce qui fait tout leur charme. Ils écoutent les New York Dolls (ou autre chose du même genre, qui sait ?) avec un air concentré. Et rapidement il se passe bien trop de chose pour que je puisse vous le raconter en un post. En tous cas, c’est à peu près ce qu’on pourrait attendre de la part de punks. En plus, certains avaient des épingles à nourrice dans le nez (par « certains » j’entends : un): ma joie était donc tout à fait complète.

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Vive la France !

Ce soir j’étais à une sorte de réunion mondaine de haut vol. L’ouverture officielle de la boutique Kayser à New York. Le haut du panier les amis.

Je ne suis passée qu’une demi heure (le temps minimal décent pour avoir un goody bag), mais j’ai vu -je crois- tout ce qu’il y a à voir.

– Les « Jean-Paul Trader ». Il n’est pas vraiment trader, car les vrais traders n’ont pas le temps pour ce genre de bêtises. Le mec qui a fait son école de commerce à la con et qui est cadre sup dans une banque. J’adore ce genre de mecs. Ils sont contents d’être la. Contents d’être le roi du pétrole dans le « milieu frenchy » de New York, contents de pouvoir ouvrir, non pas un, mais DEUX boutons de chemise (la fo-lie!), contents d’expliquer a la Vénézuélienne d’à coté ce qu’est le brie, contents d’eux. Le mec ne se pose juste pas de question et reprend du brie. Mais comment lui en vouloir? Ces mecs sont juste trop sympas. Surtout « trop ». A noter aussi, le Jean-Paul en question n’a pas été informé qu’on ne porte plus de Pento depuis 1988; ni que conclure une conversation avec un compatriote par: « on se keep in touch » n’est PAS cool. Ni « cajoual » (casual).

–  Le Jean-Paul Upper East Side versions père et fils. Le père a OBLIGATOIREMENT un polo Lacoste- pour porter haut les couleurs de la France (comme mon père, donc je connais la chanson). Il n’a pas remis les pieds en France plus de deux semaines d’affilée depuis son arrivée aux « USA ». Pour lui, l’Amérique c’était le folklore américain, et il n’a pas trop change depuis. Comment lui en vouloir? Mes propres grands-parents, des gens admirables, qui ont plus ou moins le même âge, pensent pareil. Sorte de collabo du chauvinisme, le Jean-Paul UES adore faire des soirées fromage avec sa bourgeoise dans leur condo de la 77e, autant que de donner son avis sur la libéralisation de l’économie quand il passe une semaine en vacance à Biarritz avec ses vieux potes des Mines. Du coup, la guerre en Irak ou les JO sont vraiment un casse tête pour cet authentique franco-américain. Jamais content mais toujours un mot à dire. Ce Jean-Paul est un bon client.

Le fils de Jean-Paul Upper East Side est un mec marrant. On le surnomme aussi “Jean-Flan”. Il porte soit la mèche (jusqu’à 20 ans), soit du Pento. Quand c’est les 2 en même temps, c’est un cas d’école: twittez-le. En été, il porte généralement un bermuda corail et un t-shirt gris chiné. Souvent il a les yeux clairs, ou au moins le regard des amourettes d’été. Scolarisé au LFNY, ou Lycée Français pour ceux qui vivent en Arizona, le fils a bien intégré les codes américains. Un peu trop. Il répète le discours de son père (comme nous tous, n’allez pas croire) selon lequel: « les Français sont des cons, mais moi je ne suis pas américain. Je suis Francais. C’est la classe. »  Déconcertant sophisme. Peu importe que le Jean Paul Upper East Side soit un peu studieux et malin et ait donc réussi le braquage de faire ses études aux US -UCLA si possible, ou que paresseux et/ou un peu lent il ait échoué dans une école moyenne en France. Le JP Upper East Side fils aime la France: il aime David Guetta, ou Justice, au choix. Mais il aime aussi les États-Unis, surtout les cheeseburgers et les road trips. Comme tout le monde souscrit plus ou moins soit au short corail, soit à David Guetta, soit au cheese trips, tout le monde l’aime bien.

–   les Jean-Paul Oiseaux De Nuits. Persuadés d’être descendants directs de la Factory, ils dont sursapés et travaillent plus ou moins dans les médias ou la culture -autant dire la même chose. Pique assiette talentueux, soit barrés, soit cultivés: ils sont de bonne compagnie. Cosmopolites, ils sont contents d’assister à des événements francophones, ou francophiles. Le pays de DSK (sexe), Beigbeder (drogue), et Louis de Funès (art de vivre rock’n’roll)
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–       les Jean-Paul It Girls. Pas besoin de vous faire un dessin. De toutes façons ces créatures sont bien mystérieuses. Il est toujours difficile de leur soutirer un commentaire. Elles sont plus généreuses en sourires, on ne va pas les blâmer.

Juliette Récamier – François Gérard (détail)

–       – le Jean-Paul Erreur de Casting. Il est plus ou moins mal habillé et gauche. Il croit par exemple que le col tunisien est encore cool et ne sait jamais s’il doit serrer la main ou faire la bise. Propulsé dans cette stratosphère mondaine de part sa simple nationalité, il connait ses compatriotes New-Yorkais mais n’appartient qu’au même pays qu’eux. Potes du club de pétanque, ou de l’Alliance Française (c’est sa femme, Stéphanie, qui l’a obligé), ses copains socialites le font rigoler-parfois il ne sait pas trop pourquoi. Il peut habiter le New Jersey, chic (maison a Oakland), ou moyen (appart a Hoboken). Il parle relativement peu. Dans 80% des cas pour dire quelque chose d’assez intéressant, et souvent d’original.

–       le Jean-Paul Grinçant comme l’orchidée et moi. Elles n’ont pas pu résister au pain complet gratuit.

Et quelques autres. Bref, c’était super sympa.

 

 

 

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