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Versus

Quand tout le monde racontait à quel point Downton Abbey était une super série, ce ne me donnait qu’une envie: ne surtout pas regarder. En plus, écouter des Américains se gausser les traditions aristocratiques britanniques n’est pas très attirant vu qu’ils ne comprennent rien.

Au final, Gossip Girl ayant malheureusement rendu l’âme, j’ai cédé. C’est donc l’histoire d’une maison anglaise dans le Yorkshire (ahah!), où un lord et sa progéniture affronte les aléas de l’existence à l’approche de la première guerre mondiale. La femme de Lord Grantham est américaine, et sa mère débarque de Newport pour le mariage d’une des filles. La confrontation entre cette américaine folle de modernité et d’allure avec la famille d’anglais si profondément traditionnels est hilarante*.
Je vous raconte tout ça parce que l’autre jour je vois un ami de passage, un ami de prépa que j’aime beaucoup et qui en a dans le ciboulot. En ce moment il prépare l’ENA.
En parlant de nos quotidiens et surtout en récitant mon discours sur les us et coutumes américaines (plus on rencontre des touristes, plus on finit par raconter exactement la même chose), je me suis aperçue à quel point on avait changé. Notre perception du monde est de plus en plus différente. Il considère le Monde comme le seul et unique quotidien de référence, je vois ce journal comme un fossile appelé à disparaitre et dont le lectorat a au moins 50 ans. Il valorise un travail universitaire, le panache rhétorique et élitiste, la carrière balisée. Je lui parle de l’obsession de la productivité et de l’efficacité ici, il trouve ça malsain. Je ne dis pas que l’un d’entre nous a raison, on a d’ailleurs sûrement tort tous les deux. Mais pendant une minute j’ai eu l’impression qu’on revivait cette querelle entre ancien et nouveau monde.

*C’est en fait l’exact même ressort que dans ce film totalement sous-estimé à mon avis, Easy Virtue:

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Une personne de ma boite me casse les pieds, principalement à cause de son style, ça peut vous sembler risible mais ça ne l’est pas.

Je déteste sa vulgarité, son trop plein de confiance en lui, sa gouaille de parvenu.

S’il n’avait pas de rapport hiérarchique entre nous je pense que je supporterais sans problèmes le rustre. J’aurais même sans doute compris pourquoi il était comme ça (pour avoir l’air accessible? cool? par sincère misogynie?..?).

Mais là ces diatribes de vieux roublard me laisse simplement le regard effrayé d’une sainte nitouche qui n’en revient pas. Pourtant je crois vraiment que le mec est super bon, hyper qualifié pour le job et très doué.

Je crois qu’en télé ce profil de cowboy n’est pas si exceptionnel. En tous cas c’est ce que les gens disent. Je vais donc essayer de me mettre au diapason en utilisant davantage une de ses expressions favorites : « sa mère la pute en short« . Je vous dirais si ça fonctionne.

Cowboy

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Enfant, je réussissais le pari d’être très joyeuse et en même temps complètement molle. En fait, je crois que j’étais un peu débile. Jamais angoissée, très peu de cauchemars, pas de caprices ou de colère. Je ris à gorge déployée sur toutes les photos de moi jusqu’à 7 ou 8 ans. Une hilarité constante typique de l’imbécile heureux.

… Mais… où veut-elle en venir?

S’il y a une chose qui m’a énormément marquée lors de mon tout premier stage en journalisme, c’est le stress.

Comme je n’ai pas fait ce stage à 9 ans, un certain nombre de données concernant mon caractère avaient changé entre temps, mais tout de même, je me souviens de ce flux constant d’informations ou de requêtes, et par dessus tout, du stress de ne pas y arriver, de ne pas réussir à tout trouver en un temps donné. Il y avait quelque chose de capital et de décisif dans tout ce que je voyais (#LaStagiaireDébile). C’est un excellent souvenir: je trouve ça complètement électrisant.

Si j’avais été tendue naturellement j’aurais surement moins aimé. (cette phrase justifie ma longue introduction sur ma prime jeunesse)

Donc j’ai continué sur cette voix parce que j’adore l’adrénaline que la deadline procure. C’est pour ça que je préfère travailler sur de l’actu chaude. C’est plus simple, plus basique et souvent moins intéressant mais au moins c’est excitant. Ca changera surement, mais en tous cas pour l’instant c’est ce que je veux faire.

Après Sandy et les élections, nous n’avons pas fait grand chose de « chaud » justement. Et là… horreur: s’installe une routine.

En fait, je crois que je n’avais jamais vécu ce sentiment de routine, de ronron de vie de bureau. J’avais été dans ces situations mais, une ou deux fois par semaine au minimum, un coup de pression venait me réveiller. Et la semaine devenait exceptionnelle. Je ne voyais plus le quotidien. Du lit dont je sors après un concerto de sonneries de 10 minutes au moins, jusqu’au métro dans lequel j’arrive systématiquement en retard, puis au bureau où je trie mes mails d’attachées de presse nous suppliant de venir couvrir leurs événements stupides, du grincheux qui me demande pour la 46e fois quand il recevra son DVD du sujet de 1 minute dans lequel on lui pose une question (alors que ça fait trois mois que je l’ai redirigé vers la personne qui s’en occupe), de mes divers supérieurs qui me demandent de travailler sur X ou Y sujet qui une fois calé sera pris en charge par quelqu’un d’autre*. Puis je regarde l’Internet qui me renvoie des sujets que j’ai proposés il y a deux semaines sans que personne n’écoute. Avant ça m’horripilait, maintenant je m’en accommode avec une indifférence blasée. Enfin arrive l’heure du déjeuner. Les gens sont sympathiques mais infantilisants. Je ne m’en demande pas la cause puisque mon cerveau a assimilé l’idée selon laquelle le déjeuner est une pause. Les sujets de conversation sont consensuels. Je suis pro-active dans ce néant, je réponds à des questions idiotes et lance moi même des sujets de non-débat totalement sans intérêt.

L’après-midi: divers retours de personnes variées: ceux qui ne comprennent pas pourquoi quand une chaîne n’achète pas le sujet on ne le fait pas, ceux qui donnent des informations intéressantes (rare), et les rédacs chefs qui évidemment ne sont pas contents. Il y a toujours un moment où quelqu’un du bureau te dit qu’il en a marre et/ou qu’il est fatigué. Généralement avec une tête -pas méchante- d’Atlas (« je porte le monde sur mes frêles épaules, je suis l’unique personne qui travaille ici, je ne sais pas pourquoi je te dis que je suis fatigué, toi, pauvre moule pour qui la vie n’est que lait et miel, tu ne peux pas comprendre« ). Parfois cette personne, c’est toi.

Il y a les moments merveilleux où vous apprenez quelque chose. Mais attention, rappelez-vous: il faut s’économiser en auto-conviction enthousiasme, ce que vous apprenez n’est pas toujours utile.

Certains partiront en coup de vent. Il y a ceux qui décident dès 17h de rester au bureau toute la nuit, donc ils prennent leur temps. Et enfin le journaliste tranquille qui attend d’avoir bien tout fini pour éteindre son ordinateur et se mettre en route pour l’anti routine, un monde où tout est encore possible: la vie en dehors du bureau!

//Bon, j’exagère complètement parce que je suis aussi très souvent en tournage en fait.//

Rien n’est dramatique, sauf l’ordinaire et la répétition de ces situations. Une sorte de jour de la marmotte perpétuelle.

Le monde est mal fait. Quand il y a trop de pression, on se plaint. Quand il n’y en a pas assez: on se plaint. Mais à choisir, autant se plaindre énervé, que se plaindre las, avec une tête de poisson mort.

Aussi, et les Américains l’ont bien compris, la pression peut être une cause de productivité prodigieuse. (alloclichébonjour!)

Aux manageurs qui se laisseraient aller, ils sont peu , mais tout de même: restez attentifs! La routine alourdit les cœurs des jeunes gens (c’est à dire moi). La routine, c’est l’enfer. Les autres c’est l’enfer aussi, mais on est impuissant.

Je réalise en lisant ce post plein de désenchantement que fort heureusement, il n’y a pas que le journalisme dans la vie. C’est important de s’en rappeler, on a vite fait d’oublier.

 

Le jugement de Salomon-VALENTIN de Boulogne 1625

Le jugement de Salomon, par Valentin de Boulogne, vers 1625

 

* c’est un peu comme le jugement du roi Salomon ça: le sujet c’est le bébé, mon chef c’est le roi. Deux journalistes se battaient en réclamant la paternité du sujet. Le chef, qui était malin et sage, dit: « Coupez en deux le sujet, et donnez–en une moitié à l’un et une moitié à l’autre. ».

Notre reporter, véritable mère du sujet, supplia alors le chef ne pas faire de mal au sujet. Il était sien, elle ne voulait que son bien. Aussi préféra t elle l’abandonner à l’autre journaliste plutôt que de mettre son existence en péril.

Dans la vraie vie, il n’y a pas de débat: vous avez préparé un sujet génial sur lequel vous avez sué dans et os, estimez-vous honoré que le journaliste le plus compétent le traite. Ce sont les règles du jeu.

 

Routine

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Ces derniers jours il neigeait, je regardais ma main comme si c’était un moignon mort, et ma vie se découpait en tranche de B: bureau, babysitting, et Brooklyn. Pas de boisson, pas de bons-copains, et encore moins de baisers. Il faisait un froid de canard à New York, la ville où il fait pourtant toujours beau. Les gens m’ennuyaient. Je ne supportais plus le calage massif de sujets totalement random et les exigences stupides des rédacs chef.

CRouveyrolles

Les rares personnes avec qui j’interagissais en dehors du bureau me tenait le genre de discours qui m’agacent particulièrement: « aaaaaah-mais-c’est-vraiment-supeeeeeer-d’être-à-New-York-TROOOOOP-DE-CHANCE !!!« .

Que ce soit les newbies jeunes professionnels du journalisme qui étaient jaloux comme des poux de la couverture de Sandy et des élections ou les autres qui ne doivent rien avoir à foutre: ils étaient tous relous. Je déteste ce genre de situations parce qu’il est impossible de faire le bon choix. Comme le dit ma copine Barbie:  « Life is good. I can’t complain, but I still do. »

Tu as vraiment envie de leur dire que le rêve américain, ils n’ont qu’à y aller, et que la chance est un facteur assez relatif. Bref j’avais les boules et je ressemblais à un zombie, en pleine voie de connardisation. On aurait pu me proposer un poste à CNN que j’aurais trouvé moyen de ronchonner que j’avais déjà pas de vie, aucune existence sensuelle et à peine le temps de me brosser les dents.

C’est l’aspect double tranchant de cette very last straw. C’est comme construire sur du sable. En soi l’expérience est suffisamment riche pour être vécue. En même temps, les contreparties ne sont pas négligeables. Et l’avenir est perpétuellement incertain. En bref j’étais de mauvaise humeur et claquée, tout était un bon prétexte pour ruminer.

En plus quand je suis mal tournée je me dis toujours que je ne peux pas imposer ça aux gens, donc j’agis comme quelqu’un sous kétamine, avec beaucoup d’enthousiasme et moult sourires forcés. De la méthode coué ou de la superstition? Dans tous les cas, c’est épuisant.

Et puis, on the bright side, ça passe. Et ça c’est bien. On a un chargé de prod hilarant, super doué en girly talks et qui organise des gouters. J’ai vu Don Juan, le mentor par excellence qui m’écoute patiemment éructer les scandales de mon quotidien. Et ce soir j’ai fini avec un de mes coworkers et le Professeur Tournesol dans un bar à la mode de Williamsburg où tout le monde portait un bonnet et c’était très rigolo.

Il y a des hauts et des bas -breaking news-.

Connardisation

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