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XoXo

Je viens de finir le dernier épisode de tous les temps de Gossip Girl, la série qui m’a servie de training pré-vie new-yorkaise. C’est un peu la magie de ce genre de monstre télé. Comme Dream On ou SATC c’est une série très purement Gotham. La production est toujours dans l’air du temps. La touche Gatsby le magnifique contemporain ne gâche rien. Bref j’adore cette série qui mixe si bien intrigues dignes du masque de fer, beauty shots d’une ville à son meilleur, et grandiloquence toute américaine.

26 janvier 2012, Bloomberg déclare le Gossip Girl Day.

26 janvier 2012, Bloomberg déclare le Gossip Girl Day.

Du coup ce dernier épisode que je regardais en même temps que notre chère Miss America, c’était autant un moment de télé qu’un mariage royal (c’est vous dire). Et je ne parlerais de l’état dans lequel on était quand Bloomberg a fait son cameo…

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La Mode

Cet homme: il a tout compris. #L’Enfer-de-la-mode

CRouveyrolles

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Sandy

*** Attention, ça risque d’être le post le plus long de toute l’histoire de la blogosphère. Genre vous avez le temps de mourir avant d’arriver à la fin. En même temps, il y a des l’amour, de la violence, et de la passion dans ce post. ***

Lundi je partais guillerette en auto avec ma coworker pour aller « illustrer l’ouragan » pour Thalassa. La veille j’avais passé un long moment sur Skype avec un rédacteur un peu du type dont je vous parlais il y a moins d’une semaine. Celui ci avait la spécificité de me parler comme s’il m’envoyait au casse pipe (et moi pendant ce temps la je lui riais au nez, en me souvenant d’Irène). Mais il m’était sympathique car il répétait qu’il faut respecter les gens, que ça allait être une situation de crise pour eux etc. L’exacte inverse des mecs qui te disent: « Bon… Et t’hésite pas à les faire pleurer un peu, les lâche pas..« . Fait intéressant: si vous avez le malheur de dire au mec que vous n’avez pas pour habitude de jouer les mauvais psys, ni de pincer vos interviewés pour susciter l’émotion, le mec en déduira immédiatement que vous manquez clairement d’expérience, et pas simplement que vos opinions sur la maïeutique divergent. Pourquoi pas.

Donc nous partîmes pleine d’entrain. Elle avait décide d’aller d’abord à Red Hook pour voir « si ça bougeait ». En effet ça bougeait dans tous les sens, entre ceux qui essayaient de décamper le plus vite possible, verts de peur; et ceux qui fanfaronnaient en accumulant les sacs de sable à leurs portes.

On zonait comme des loubards entre des tentatives de micro trottoirs et quelques incidents électriques.

CRouveyrolles

Vers midi ça a commencé a souffler vraiment. On est allé voir la conférence de presse de Bloomberg au Emergency Center, et je voudrais ouvrir une parenthèse: j’ai tellement couvert d’événements où il était à portée de main que j’ai maintenant l’impression que Bloomberg est un vieux copain. La petite conf: Bloomberg conseillait de se faire un sandwich avant de se caler devant la télé (« va-t-il le faire lui même? », se demandait notre reporter), et expliquait qu’il comprenait que c’était « cool et viril » de surfer mais qu’en bref, il ne voulait pas risquer la vie de maitres nageurs pour des petits cons: sacré Bloomberg jamais en rade d’un bon mot.

Ensuite on a pu aller dans les cellules de crise. Le truc de film. La matrice.

Une chargée de com à tête de Bambi stressée nous a fait faire le tour.

*** Attention! Si tu n’es pas journaliste ou mon mec ou ma mère, ce qui va suivre n’est PAS intéressant. ***

Là ami journaliste, tu es dans une situation très délicate. Personne n’a le droit de filmer ces salles, tu le sais parce que ça fait 48h que tu harcèles l’attachée de presse. Par amour du pari et par boutade, tu as lancé au hasard à un type qui avait l’air de travailler ici: « sinon après la conf, on peut monter? »

La magie de la voix de FreFem, la French femme (n’hésitez pas à vous toucher les cheveux en prenant des airs de Monica Vitti, sinon ça ne prend pas) a peut-être opéré… Qui sait ? On ne sait pas comment, on ne sait pourquoi (vu qu’en vrai le coup de la FreFem relève plus de l’autoconviction que d’autre chose): mais il a répondu: »peut-être« . C’est improbable: aucun des médias présents à la conférence de presse ne peut aller filer cette salle. Comme ça ne peut pas être juste parce que tu es sympa, le type a juste du faire une erreur. Mais quand Bambi ouvre la porte de la matrice, le doute n’est plus possible. Clairement ces gens ont surement été drogués ou hypnotisés, et quand ils vont sortir de cet état de demi-conscience ils vont nous virer ou sauter sur la camera à pieds joints en hurlant à la mort. Le sujet sera invendable, on se fera virer, ce sera l’horreur, on va mourir, et mon nom sera cité en exemple comme la pire journaliste de tous les temps.

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Donc ma coworker filmait dans tous les recoins et je racontais ma vie à Bambi pour la distraire, et lui faire oublier qu’elle avait ouvert les portes de cet endroit si confidentiel. Tout le monde avait l’air super concentré (heureusement). Entre les rangées d’ordinateurs et de polos Red Cross, et OEM: deux très grands et très vieux juifs orthodoxes. « Ils sont partout ! », se dit notre reporter. En fait, ce sont les principaux partenaires communautaires de la gestion municipale de crise.

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Après ça, il y avait vraiment beaucoup de vent. On roulait jusqu’à la caserne des gardes nationaux, et les panneaux de directions de la voie rapide se balançaient d’avant en arrière, au dessus de nos têtes. Ma coworker parlait de ses éxpériences d’aquaplaning au Kenya. C’était le top.

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La caserne tenait de l’aumônerie négligée avec ces autocollants oubliés sur le recoin d’un plainte, des tableaux en ardoise, et cette odeur de minestrone et de naphtaline. Il y avait un coté Inglourious Basterds. On est vite arrivé dans le hangar. C’était gigantesque et il y avait 10 mètres sous plafond, on aurait dit l’entrepôt d’un zeppelin. Du toit se déroulaient de larges drapeaux américains. Sur les cotés plus d’une centaine de véhicules qu’on ne voit que dans Tintin étaient garés avec précision.

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Passé l’émerveillement, et un coup de poire que ma coworker avait eu le génie d’emporter, les militaires nous ont prêté des casques et on est parties en mission dans des jeeps.

 J’aime autant vous dire qu’en termes d’excitation, on atteignait celui d’un enfant de 5 ans un matin de noël.

Nous sommes arrivés près d’Howard Beach, là c’était plus du vent: c’était les dieux nous sont tombés sur la tête. Il y avait de l’eau partout. Partout, partout, partout. Du coup les seuls trucs auxquels j’arrivais à penser c’était Colchiques dans les prés (vent), « Que d’eau! Que d’eau » (eau), et GI Joe.

Et de ce moment jusqu’à mardi soir on était « embedded » avec l’armée et ça a été comme un long tunnel. Il y avait deux citrouilles qui restaient imperturbables, et absurdes, sur un bout de macadam. Et nous, on était emportée dans le tourbillon d’ordres des pompiers ou des gardes nationaux. On les suivait comme des enfants perdus, et on était le réceptacle de leur mission –qui semblait divine à leurs yeux. En pleine nuit, une tempête prend des proportions héroïques. Du carrefour où nous étions stationnées on voyait les uniformes camouflages discuter avec des hommes en rouge ou en bleu marine comme une équipe avant un match de football américain. On ne voyait pas grand chose en fait parce que les sirènes rotatives des camions et les bandes réfléchissantes nous abrutissaient.

Puis on est monté dans un camion bâché. Deux types en polaire Abercrombie qu’on a ensuite identifiés comme étant des policiers nous regardaient en chien de faïence. Ce qui nous changeait du regard amusé des gardes nationaux qui affichent un sourire goguenard à chaque fois qu’ils croisent ces deux journalistes françaises sans Gortex et sur lesquelles leur casque national ne fait pas très sérieux (je ne peux pas les blâmer, ils ont totalement raison).

Le camion s’est transformé en bateau. Le pompier fumait des cigarettes qui sentaient la Gauloise. Il portait des bretelles rouges, et serrait dans ses mains sales un bout de papiers avec les adresses des gens qui avaient appelé pour être secourus. Deux hommes blonds portaient des sortes de Babygros rouge vif, comme des combinaisons de plongée mais qui leur conféraient une allure totalement clownesque. Ils sautaient du camion dans l’eau qui leur arrivait parfois jusqu’à la taille. Et ils revenaient avec des grappes de gens effrayés. Les premiers c’était une mère genre MILF et son fils, genre Zac Efron, et leur trois ou quatre chiens (il y avait peut-être un chat dans le lot). Ensuite trois obèses sont montés. Madame obèse n’en menait pas large. Elle venait d’enlever des bigoudis sur ses cheveux cuivrés. Je le sais parce sue je m’y connais très bien en mini vague. Monsieur obèse ne devait pas en mener large non plus, mais il voulait faire son malin, donc il parlait très fort et il était très très énervé. Il avait un cigare mouillé dans la main et une sorte de lampe à pétrole qui a éclairé le camion jusqu’alors dans la pénombre. D’un coup les gens ont perdu leur masque inquiet et émacié. Ils étaient seulement concentrés. Il a demandé au pompier d’aller voir sa voiture à deux rues. Le pompier à la cigarette a répondu qu’il avait des bébés à aller chercher. Monsieur obèse a ronchonné. Mademoiselle obèse, une vingtaine d’années, un bas de pyjama en pilou et des bottes à imprimé burberry (je crois) textait frénétiquement et donnait des nouvelles de la famille obèse à sa mère qui couinait un peu.

Puis il y en a eu plein d’autres. Et le safari aquatique est rentré au carrefour où les lumières des ambulances et des camions de pompier éclairaient comme une guirlande de noël des rues sinistres. Il y avait aussi une banque à ce carrefour, et dans la vitrine une lumière blanche qui a flashé toute la nuit comme si une alarme s’était mise en route. Avec les sirènes on aurait dit le set d’un clip d’Amanda Lear.

Les rescapés devaient prendre des bus pour aller dans des hôtels. Il y avait un couple qui répétait d’un air hagard qu’ils habitaient en zone B et que donc, ils ne comprenaient pas ce qui leur était arrivé. Une famille avec des femmes voilées était assise au fond du bus et un jeune père faisait risette à son bébé. Je crois que ce bébé avait fait une crise d’asthme et que la famille avait été évacuée parmi les premières. Ils avaient l’air soulagé et serein en tous cas. Et puis il y avait monsieur obèse. Qui n’était toujours pas content. Il meuglait dans son téléphone: « Non mais vient me chercher, nous laisse pas là, tu ne peux pas me faire ça. Mike: viens me chercher. Viens me chercher! Après tout ce que j’ai fait pour toi! Non mais je m’en fous de l’ouragan: viens me chercher! Mike! Tu vas m’entendre si tu ne viens pas nous chercher. Je peux pas rester là. Tu viens !« . Je pense que Mike, ou quel que soit son nom, a fini par céder puisque la famille obèse est sortie du bus.

Nous en revanche on est resté dans le bus parce qu’on grelotait. Les trois policiers qui conduisaient des bus s’appelaient quant à eux bel et bien Mike. Le premier Mike portait un cirée jaune, et était lugubre. Il a répété plusieurs fois que c’était l’enfer « out there », et qu’on allait retrouver des gens morts là bas, dans l’enfer. Le deuxième Mike nous a mis le chauffage à fond pour qu’on de réchauffent les pieds et a gentiment rigolé à toutes nos blagues. Le troisième Mike s’inquiétait pour sa maison à Long Island et nous a donné des bananes en nous souhaitant bonne chance.

A un moment on ne savait plus quoi filmer. Tout le monde était ahuri (je me répète ?). Le Caporal Lenehan nous a prises sous son aile. Il nous a emmenées (en jeep, ouais !) dans une station service et nous a acheté des croissants industriels qu’un Pakistanais a micro-ondés. C’était trop bon.

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A partir de là on s’est mise à rechercher le mec qu’on suivait: le Capitaine Perez, qui ressemblait un peu à Uncle Ben en jeune. Le capitaine Perez était fatigué. On a erré de jeep en jeep. On a rencontré Rodriguez et Soto, respectivement 24 et 21 ans. Ils nous ont raconté quinze fois qu’ils avaient sorti un vieillard de sa maison, et que ce vieillard était resté 45 minutes sous l’eau dans sa cave en respirant par un tube, qu’il délirait quand ils l’ont trouvé parce qu’il s’était ouvert la tête et qu’il avait du « brain juice » qui sortait de son crâne. Effectivement les sièges de la jeep étaient recouverts de sang. Ils faisaient les fiers à bras mais ils avaient l’air d’avoir été impressionnés. Capitaine Perez était plus fatigué que jamais et on a donc rencontré Capitaine Woods qui ressemblait à un prof de maths, carré et sérieux, mais sympa.

Soto et Rodriguez buvaient des énergisants mexicains en nous expliquant la magie du MRE: meal ready to eat. Ce sachet contient un repas à 25 000 calories et surtout un sac plastique magique qui te permet avec un tout petit peu d’eau de réchauffer ce que tu manges. Vu qu’on était beyond fatigue, on a trouvé que c’était dément et on les a filmés. N’importe quoi

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Ensuite on a conduit jusqu’aux Rockaways pour faire le plein. C’était parfois lunaire, parfois bordélique. On voyait la fumée partir de Breezy Point –et je ne veux pas faire mon Hemingway, mais it smelled like chaos. Comme un film d’archives de la guerre des Balkans : des maisons en papier mâché à moitié écrasées, et des gens sur le bord de la route, hébétés. Toutes ces petites chaumières de plage avaient été déracinées et il y avait des bateaux sur la route. On  n’a pas pu faire le plein parce qu’on a du accompagner un convoi qui évacuait deux vétérans de 70 ans. Lenehan n’arrêtait pas de nous dire: « Vous vous rendez compte! Ils se sont tenus par la main toute la nuit! Sur leur lit qui flottait! Deux vétérans! ». Je ne comprenais pas pourquoi ce petit bonhomme était si excité. Je regardais par la fenêtre et j’en croyais pas mes yeux: plein de gens partout devant ce qui ressemblait à une décharge géante. Et je me suis endormie.

Après il s’est passé un certain nombre de choses sans trop d’intérêt. Tous les humains me semblaient soit épiques, soit complètement légumes.

On a fini par partir. A la caserne on a retrouvé le grand chef, que tout le monde appelle Kornell et qui m’avait dit 30 heures avant: « Vous savez, moi depuis l’Afghanistan, j’ai l’habitude des journalistes » avant de décocher un sourire émail diamant. Comme si des yeux bleu ciel de poupon en celluloïde ne suffisaient pas à le rendre sympathique. On a dit au revoir à son homme de main aussi, Migliore, qui était si gêné parce qu’on l’appelait par son prénom, et qui s’était senti obligé de deux choses: nous faire un cours sur les grades et les insignes, et nous faire accompagner d’une recrue francophone; un Burkinabé canonnier (et si !) dans l’armée mais qui voulait faire un Ph.D de micro biologie.

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On était sale. Je regardais ma coworker et je lui trouvais, comme aux militaires, un air épique, comme une héroïne albert-londresque. On a repris un coup de poire avant de se mettre en route.

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Politics

J’avais suivi le premier débat dans un silence religieux chez des copains journalistes, ou même respirer ou prendre une part de pizza était déjà considéré comme un problème. Ça m’avait un peu calmée. En plus c’est amusant parce que je trouvais qu’Obama avait pris un coup de vieux. Comme si c’était mon vieil oncle (d’Amérique -ahah).

Pour le deuxième débat, j’avais décidé de ne pas me ré-imposer la clique des binoclards. Mes colocs regardaient le débat donc j’entendais Obama s’énerver. J’ai ouvert twitter et ce dont tout le monde parlait c’était « binder full of women ».

Pour avoir une expérience complète hier je suis allée dans un bar pour regarder le troisième et capital débat.

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Tout le monde s’en foutait dans le bar.

Je crois que seul le groupe d’Européens écoutait ce que les deux bonhommes avaient à raconter.

Ils étaient souvent d’accord. Ce n’est pas dans les prochaines années que nos frères palestiniens seront libérés, quelque soit l’issue du scrutin. Mitt Romney, décidément très enclin au lapsus, a confondu l’Iran et l’Irak. L’Afrique et l’Amérique du Sud n’ont pas eu l’honneur d’être invitées à cette mascarade, peut-être que c’est une chance.

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Trouvaille

Aujourd’hui: rien.

CRouveyrolles

J’ai acheté ça pour Barbarel aux puces de Williamsburg sur des conseils avisés: je me félicite de les avoir suivis.

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Boston baby

Je suis toujours dans un train. J’ai raté le mien. En fait non: j’allais entrer mais la chef de wagon m’a dit « hé mais non là c’est le quiet car, tu vas saouler tout le monde si tu passes avec tout ton bordel » (ie : mon kit lumières de 700 tonnes, le sac du 5D et tutti quanti,…). Je fais un pas en arrière, décidée à entrer dans la voiture suivante. Et le train part. J’ai sauté dans celui-ci et joué mon meilleur numéro de Sarah Bernhardt au contrôleur.

Maintenant je suis complètement vidée.

Je n’arrive à penser qu’à deux choses:

– Ce mec dont je viens de faire l’interview, sincèrement animé des meilleures intentions du monde. Il vient de Corée du Sud et Il dit des choses comme : « si je travaille un peu plus chaque jour, j’aide un peu plus chaque jour ma société, et elle aidera à sauver des vies ». Whoop whoop!

– Mes VACANCES –whoop whoop.

Voici une photo de Boston. Bisou!

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Courtesy of le téléphone du bureau.

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Jour de chance

J’ai tellement hâte d’être en vacances. TELLEMENT. TELLEMENT. TELLEMENT.

Sinon j’ai reçu des care packages à foison.

CRouveyrolles

Y compris cette écharpe carrément MAGNIFIQUE.

CRouveyrolles

CRouveyrolles

 

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Gilles Lipovetsky

L’autre soir j’ai été à une blind date -une blind date amicale, calmons nous.

Ai-je déjà mentionné mon ami Gat sur ce blog? Quand je l’ai rencontré je croyais que c’était un Jean-Paul hipster. Après j’ai compris qu’il était un Jean-Paul hipster de l’intérieur, un peu malgré lui. Le genre le plus noble du hipster à mon sens.

Gat, à gauche. 2010

C’est un mec qui a beaucoup de style mais sans le cote show off. Gat, c’est l’anti-Vice. Il est pointu sans en faire un statement. Il est dans le vent, sincèrement. Bref: complètement fab le mec.

Tout ça pour dire que quand il m’a écrit un mail pour me présenter à un Allemand fraichement débarqué à Gotham, je me suis dit que je rencontrerais l’allemand bien volontiers.

Précision: depuis que je suis ici je reçois souvent ce genre de mails, du style: « you guys! OMG! You should TOTALLY hang out!« . D’habitude ça m’agace un peu vu que j’ai déjà plein de potes (du fait que je suis une star) que je n’arrive pas à voir ici, que je n’ai pas le temps ni pour baby-sitter (ah si en fait! c’est même la principale source de revenus!), ni pour les rencontres arrangées.

En plus pour peu que je sois dans un mauvais jour, je me demande toujours pourquoi on m’envoie ce mail. Est-ce que je dégage l’image d’une aphasique à moitié débile perdue dans la ville à baver seule sur un banc du métro? Une handicapée sociale maladroite et introvertie dont le clou de la semaine est de prendre le ferry aller-retour pour Staten Island en mangeant des frites? Ou alors une Sur-femme qui aurait besoin d’une cour? Une Mère Thérèsa Sainte New-Yorkaise qui ferait des nouveaux arrivants ces protégés? On se demande.

Il y a en plus toujours un cote gauche à ce genre de rendez-vous; on ne sait pas trop quoi se dire, on n’a pas non plus un intérêt dément pour le ou la newbie en question… Car généralement le pote qui vous a envoyé le mail a juste mentionné que vous habitiez tous les deux New York (DINGUE LE TRUC!!!!! comme par ailleurs un paquet du monde, donc ce point commun a ses limites), ou alors il vous a totalement survendu. Auquel cas, vous savez qu’il a survendu la personne a qui vous allez proposer un verre. Le taux de réussite de cette entreprise est donc autour de 40%*.

Mais comme Gat est un bon gars, je voyais cette rencontre d’un bon œil. Et je n’avais pas tort. L’Allemand est un mec sensass (je vous épargne le wunderbar etc). Mais plus important encore, il a une conversation formidable -et je ne dis pas ça juste parce qu’on est systématiquement  d’accord.

Cette conversation, je m’en vais vous la conter.

J’entends souvent les genre dire « génération /remplacer par le bullshit de votre choix/« .

On le dit de la série Girls. J’aime bien cette série mais j’espère que les gens se trompent.

CRouveyrolles

Girls, une bonne série mais tu ne veux pas ressembler aux personnages.

J’espère que ma génération n’est pas aussi névrosée par sa précarité (la précarité les enfants, c’est un tremplin -et tant qu’on pourra faire du baby-sitting et travailler 15 heures par jour je ne vois vraiment pas de quoi on pourrait se plaindre), sexuellement inepte, sous-compétente et peu débrouillarde, désengagée (« une jeunesse sans idéologie est une jeunesse perdue »: méditez), hagarde et bavante.

Vu qu’on a pas eu de guerre mondiale pour se romantiser en héros épiques, ni de Woodstock, ni de Studio 54, ni la naissance du hip hop, il va falloir trouver autre chose que Girls. Soyons sérieux. S’identifier à Girls ce serait comme s’identifier aux Furbiz.

Malgré tout ça, la conversation que j’ai eu avec le Super Allemand était très générationnelle, justement.

Les thèmes et la façon de les aborder sont totalement dans l’air du temps. Super Allemand, c’est la voix d’une génération. No offense Lena.

Il y était question d’intégrité. Est-on bien fidèle à ses principes? Mettons nous des idées dans ce que nous faisons? Il semblerait que globalement nous sommes plutôt des veaux marins aliénés à l’instant. En même temps, l’essentiel c’est de le savoir.

J’aime bien cette idée que peu importent les raisons d’agir, il en faut juste de légitimes pour ne pas être totalement crétins (voire pour ne pas être un con).

Autre thème récurrent: le fil d’Ariane. Souvent quand mes copaings viennent me voir ici, je me rends compte qu’ils sont moyen heureux de ce qu’ils font. Il y a deux ans j’avais une ribambelle de gens de qualité autour de moi qui ne savaient tout simplement pas quoi faire.

Réponse habituelle et certainement bien vue: trop de possibilités nous paralysent. Vous connaissez la chanson.

Intéressante réponse de l’Allemand: qui distingue se trouver une utilité (gagner plein de pognon, aider des gens, exprimer sa créativité,…) de trouver un travail (beaucoup plus hasardeux).

Note particulièrement dans l’air du temps: on est tous les deux l’anti syndrome Sinatra. On a tous les deux habité dans plusieurs villes ces quatre dernières années. New York est une ville fantastique, mais pour nous c’est une ville du XXème siècle. Le fantasme est mort. Tous les deux nous sommes des enfants gâtés, un peu blasés par cette ville qui nous séduit moins que les destinations plus exotiques où nous avions posé nos valises ces dernières années.

On partageait tous les deux le sentiment que depuis la sortie du lycée tout s’était déroulé sans qu’on puisse prendre du recul pour être entièrement partie prenante du cheminement. D’ailleurs quand on dit « mes études » on voit bien l’idée: travailler plus ou moins comme un bœuf et avoir la tête dans le guidon (ce qui n’est pas possible vu que les bœuf ne font pas de vélo). On a accès au gouvernail, mais tout s’enchaine en fonction d’opportunité plus que de décisions muries au soleil. Peut-être que la construction d’un bagage, d’un cv, puis d’une carrière n’est qu’un mythe -breaking news! En même temps je connais beaucoup de profils « man with a plan« , qui tel Kim Jong-il (RIP bro) ont une vision. Il faut bien que quelques uns s’en sortent. Sinon qui pourrait avoir un PEL, une liste de courses, un abonnement à Valeurs actuelles? (je soutiens mes amis journalistes opprimés). Ni l’Allemand, ni moi en tous cas. On est trop busy à interroger le sens de la vie dans une perspective post-moderne et post-marxiste afin d’incarner la voie d’une génération.

A Man With A Plan

*Selon une étude très sérieuse de l’Université du Texas réalisée en 1989 par le professeur Goldschrtruf et moi-même.

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Vive la France !

Ce soir j’étais à une sorte de réunion mondaine de haut vol. L’ouverture officielle de la boutique Kayser à New York. Le haut du panier les amis.

Je ne suis passée qu’une demi heure (le temps minimal décent pour avoir un goody bag), mais j’ai vu -je crois- tout ce qu’il y a à voir.

– Les « Jean-Paul Trader ». Il n’est pas vraiment trader, car les vrais traders n’ont pas le temps pour ce genre de bêtises. Le mec qui a fait son école de commerce à la con et qui est cadre sup dans une banque. J’adore ce genre de mecs. Ils sont contents d’être la. Contents d’être le roi du pétrole dans le « milieu frenchy » de New York, contents de pouvoir ouvrir, non pas un, mais DEUX boutons de chemise (la fo-lie!), contents d’expliquer a la Vénézuélienne d’à coté ce qu’est le brie, contents d’eux. Le mec ne se pose juste pas de question et reprend du brie. Mais comment lui en vouloir? Ces mecs sont juste trop sympas. Surtout « trop ». A noter aussi, le Jean-Paul en question n’a pas été informé qu’on ne porte plus de Pento depuis 1988; ni que conclure une conversation avec un compatriote par: « on se keep in touch » n’est PAS cool. Ni « cajoual » (casual).

–  Le Jean-Paul Upper East Side versions père et fils. Le père a OBLIGATOIREMENT un polo Lacoste- pour porter haut les couleurs de la France (comme mon père, donc je connais la chanson). Il n’a pas remis les pieds en France plus de deux semaines d’affilée depuis son arrivée aux « USA ». Pour lui, l’Amérique c’était le folklore américain, et il n’a pas trop change depuis. Comment lui en vouloir? Mes propres grands-parents, des gens admirables, qui ont plus ou moins le même âge, pensent pareil. Sorte de collabo du chauvinisme, le Jean-Paul UES adore faire des soirées fromage avec sa bourgeoise dans leur condo de la 77e, autant que de donner son avis sur la libéralisation de l’économie quand il passe une semaine en vacance à Biarritz avec ses vieux potes des Mines. Du coup, la guerre en Irak ou les JO sont vraiment un casse tête pour cet authentique franco-américain. Jamais content mais toujours un mot à dire. Ce Jean-Paul est un bon client.

Le fils de Jean-Paul Upper East Side est un mec marrant. On le surnomme aussi “Jean-Flan”. Il porte soit la mèche (jusqu’à 20 ans), soit du Pento. Quand c’est les 2 en même temps, c’est un cas d’école: twittez-le. En été, il porte généralement un bermuda corail et un t-shirt gris chiné. Souvent il a les yeux clairs, ou au moins le regard des amourettes d’été. Scolarisé au LFNY, ou Lycée Français pour ceux qui vivent en Arizona, le fils a bien intégré les codes américains. Un peu trop. Il répète le discours de son père (comme nous tous, n’allez pas croire) selon lequel: « les Français sont des cons, mais moi je ne suis pas américain. Je suis Francais. C’est la classe. »  Déconcertant sophisme. Peu importe que le Jean Paul Upper East Side soit un peu studieux et malin et ait donc réussi le braquage de faire ses études aux US -UCLA si possible, ou que paresseux et/ou un peu lent il ait échoué dans une école moyenne en France. Le JP Upper East Side fils aime la France: il aime David Guetta, ou Justice, au choix. Mais il aime aussi les États-Unis, surtout les cheeseburgers et les road trips. Comme tout le monde souscrit plus ou moins soit au short corail, soit à David Guetta, soit au cheese trips, tout le monde l’aime bien.

–   les Jean-Paul Oiseaux De Nuits. Persuadés d’être descendants directs de la Factory, ils dont sursapés et travaillent plus ou moins dans les médias ou la culture -autant dire la même chose. Pique assiette talentueux, soit barrés, soit cultivés: ils sont de bonne compagnie. Cosmopolites, ils sont contents d’assister à des événements francophones, ou francophiles. Le pays de DSK (sexe), Beigbeder (drogue), et Louis de Funès (art de vivre rock’n’roll)
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–       les Jean-Paul It Girls. Pas besoin de vous faire un dessin. De toutes façons ces créatures sont bien mystérieuses. Il est toujours difficile de leur soutirer un commentaire. Elles sont plus généreuses en sourires, on ne va pas les blâmer.

Juliette Récamier – François Gérard (détail)

–       – le Jean-Paul Erreur de Casting. Il est plus ou moins mal habillé et gauche. Il croit par exemple que le col tunisien est encore cool et ne sait jamais s’il doit serrer la main ou faire la bise. Propulsé dans cette stratosphère mondaine de part sa simple nationalité, il connait ses compatriotes New-Yorkais mais n’appartient qu’au même pays qu’eux. Potes du club de pétanque, ou de l’Alliance Française (c’est sa femme, Stéphanie, qui l’a obligé), ses copains socialites le font rigoler-parfois il ne sait pas trop pourquoi. Il peut habiter le New Jersey, chic (maison a Oakland), ou moyen (appart a Hoboken). Il parle relativement peu. Dans 80% des cas pour dire quelque chose d’assez intéressant, et souvent d’original.

–       le Jean-Paul Grinçant comme l’orchidée et moi. Elles n’ont pas pu résister au pain complet gratuit.

Et quelques autres. Bref, c’était super sympa.

 

 

 

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American Paradox

En allant déjeuner chez Chipotle avec des z’amis chicanos, j’ai lu sur le brown bag ce petit dessin qui faisait écho à la photo d’hier. Enjoy!

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Fun Land

Les Américains ne sont jamais à court de surprise.

Après ma série « subway », je pense commencer une série « Mes formidables aventures chez Duane Reade ».

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Enième Subway Story

Vous connaissez mon affection toute particulière pour les scènes de métro.

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Party like you never did before

Hier il y avait une fête chez moi. Jusque là, rien d’original.

En fait, pour vous la décrire j’hésite entre deux images.

La première c’est celle de trois trentenaires assis sur un canapé. Le premier porte une chemise blanche, la deuxième a l’élégance de celles qui n’ont rien à prouver, le troisième, c’est Don Juan, égal à lui même. Je suis enchantée de leur parler, grisée même. Assez abruptement arrivent une ribambelle de coreligionnaires de l’artiste. Ils sont ingrats, acnéïques, gentils et gênés. L’Artiste m’interrompt plusieurs fois pour m’introduire aux éphèbes un peu autistes qui oscillent entre les Beaux Gosses et le Grand Meaulnes. Indian Betty Boop et une connaissance top model de 13e zone -arrivée les mains vides et qui réclamera à manger, du lait de soja, que tout le monde arrête de fumer- squattent aussi de mon temps. Je me vois lutter pour poursuivre ma conversation avec les « Grands ». Objectivement, je ressemble aux singes savants de 8 ans que je critiquais, en plein syndrome groupie et haute voltige mondaine. Mais rien de grave.

La deuxième vient de la fin de soirée. Après avoir trop dansé sur de la funk, trop slalomé entre les soufflettes et les PBR, je raccompagne hipsta girl à la porte. En l’ouvrant je découvre avec effroi une marre rouge sur mon palier. Soit du vomi de sangria, soit un homicide. Il n’y avait pas de sangria dans notre soirée mais je penche pour la première option quand même. A peine remise, j’ouvre la porte de ma chambre, prête à dormir. Sauf qu’un Indien en boxer dort sur mon lit. Lit dont la structure semble avoir servi de bootcamp à des copains de Bruce Lee (ahah elle est bien bonne), puisque le matelas touche quasiment le sol. Autrement dit mon lit est cassé. J’ai tout autant l’impression d’etre retombée dans les heures les plus sombres de mon adolescence car:
1- ce n’est pas moi, encore moins mes ébats fougueux, qui ai cassé ce lit,
2- je n’ai absolument aucun contrôle sur la situation.

C’est pourquoi à l’avenir, je ferai 20 heures de yoga avant d’organiser une fête.

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