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Versus

Quand tout le monde racontait à quel point Downton Abbey était une super série, ce ne me donnait qu’une envie: ne surtout pas regarder. En plus, écouter des Américains se gausser les traditions aristocratiques britanniques n’est pas très attirant vu qu’ils ne comprennent rien.

Au final, Gossip Girl ayant malheureusement rendu l’âme, j’ai cédé. C’est donc l’histoire d’une maison anglaise dans le Yorkshire (ahah!), où un lord et sa progéniture affronte les aléas de l’existence à l’approche de la première guerre mondiale. La femme de Lord Grantham est américaine, et sa mère débarque de Newport pour le mariage d’une des filles. La confrontation entre cette américaine folle de modernité et d’allure avec la famille d’anglais si profondément traditionnels est hilarante*.
Je vous raconte tout ça parce que l’autre jour je vois un ami de passage, un ami de prépa que j’aime beaucoup et qui en a dans le ciboulot. En ce moment il prépare l’ENA.
En parlant de nos quotidiens et surtout en récitant mon discours sur les us et coutumes américaines (plus on rencontre des touristes, plus on finit par raconter exactement la même chose), je me suis aperçue à quel point on avait changé. Notre perception du monde est de plus en plus différente. Il considère le Monde comme le seul et unique quotidien de référence, je vois ce journal comme un fossile appelé à disparaitre et dont le lectorat a au moins 50 ans. Il valorise un travail universitaire, le panache rhétorique et élitiste, la carrière balisée. Je lui parle de l’obsession de la productivité et de l’efficacité ici, il trouve ça malsain. Je ne dis pas que l’un d’entre nous a raison, on a d’ailleurs sûrement tort tous les deux. Mais pendant une minute j’ai eu l’impression qu’on revivait cette querelle entre ancien et nouveau monde.

*C’est en fait l’exact même ressort que dans ce film totalement sous-estimé à mon avis, Easy Virtue:

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Au bureau on se bourre de chocolat. C’est la déchéance. On en mange comme des boulimiques en parlant de nos futures résolutions pour 2013. C’est comme ci on avait tous encore un peu de Bolduc collé sur le front.

Hier mes colocs ont organisé leur dîner de Noël. Le thème c’était « deep-frying ». Donc tout était frit. Mais vraiment bien transpirant de gras. Ma coloc adore boire des bières en GRANDES bouteilles, donc elle s’était constitué une petite cave de litrons. Ils se sont installé une télé dans le salon, ont coupé le son (« La boite à images, ce dieu païen ») et écoutaient des chants de noël suaves. Personne ne s’était mis sur son 32, évidemment. C’était super cool (surtout quand ils ont mis des Oréo panés dans la friteuse). Et c’était l’exact opposé point par point de mon dîner.

Bolduc

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Job hunting

Hier soir j’ai eu le bonheur de hang out avec mes vieux copains de la fac.

C’était comme d’habitude dans les pires bars de Midtown dernier vestige de l’époque où cette partie de la ville était une cour des miracles crado et sexy comme une strip-teaseuse.

Une des anciennes camarades de classe me racontait ses débuts de recherches de travail. Comme je sais que ça va me tomber dessus très bientôt, j’écoutais très attentivement cette leçon d’americanattitude. Elle a « un plan« , et surtout je trouve sa détermination admirable. C’est le genre de personne qui se dit : « je préfère ne rien avoir plutôt que d’être sur-qualifié pour le job ». C’est l’enjeu de ces étudiants super endettés en sortie de leur sacro-sainte grad school, je comprends donc bien que l’idée c’est surtout de trouver un poste qui te rapporte plein de pognon. Néanmoins, en comparant son attitude de jeune diplômée et la mienne… Je mesure le génie de ce pays dans lequel développer une telle force mentale (et une confiance en soi presque questionnable) est possible.

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Je vous ai déjà parlé de ces kids géniaux que je baby-sitte et qui sont des fans absolus de Ma sorcière bien-aimée.

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Plus je regarde cette série, plus son rêve américain mâtiné d’un sexisme soft me fascine.

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Dans quel univers existe-t-il des hommes qui expliquent à leur femme qu’une cuisine équipée vaut tous les pouvoirs magiques du monde?

Entre la voisine obsédée par les balbutiements de la macrobiotique, et l’imaginaire pré-Mad Men de la boite de pub de Darrin Stephens, on dirait un prospectus sur  la modernité insubmersible de l’American Way of Life.

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L’esthétisme retro de ces costumes marins de Tabatha, des pantalons capri de sa mère et les voitures géantes des bonshommes est exceptionnel. Je m’attends toujours à voir apparaitre un bandeau « Merci pour le plan Marshall les gars! Vive le corned beef en boite et le peanut butter!« .

En fait ces images d’une autre époque, avant l’Irak, Dr. Dre, et Goldman Sachs, me plaisent parce qu’elles parlent d’eldorado, d’un pays qui croit fermement que son destin est de montrer la voie à tous les autres.

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Utopia

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Aujourd’hui: il ne s’est rien passé d’exceptionnel. Même dans ma vie palpitante de Grand Reporter, ca arrive. Pour vous divertir je vous conterai l’histoire de ce show que le métro nous promet: Shahs of Sunset.

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Une sorte de concentré de la recette savoureuse de Jersey Shore version poulet aux prunes. Comme je suis une grande fan de Farah Diba, je vous laisse imaginer ce que j’en pense.

Notre ami, Réza (what else?), nous donne son avis sur le show qui a fait de lui une « star »:

 

Shahs

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Design

J’étais dans le New Jersey pour une interminable interview. C’est le genre de mec dont tu sens que ça fait 15 ans qu’il s’auto-interviewe seul dans sa voiture, dans sa salle de bain ou le soir en s’endormant. Il a réponse à tout, et toujours une petite pirouette sous la main. Il a bien analysé l’œuvre de sa vie et entend bien te livrer toutes les subtilités de ses conclusions.

Ça se passait dans un atelier de menuiserie top-notch. Et ce monsieur qui était si sympathique avec mon super chef op et moi parce qu’on lui avait dit qu’on connaissait Charlotte Perriand, était monstrueux avec ses menuisiers.

Charlotte Perriand, Bibliothèque murale, environ 1958

Ces derniers étaient particulièrement fabuleux à l’opposé. Leurs petits établis si bien rangés rappellent  les grandes heures du compagnonnage.

 

 

 

 

Et ça c’est cadeau, en exclusivité pour toi lecteur, voici un modèle de lit réalisé par les mimines de Brad P., et ce lit c’est le premier meuble au design signé par cette vedette. Vis ma vie haletante de reporter!

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Instagram turkey

Pour ceux que ça perturbe, la raclette française était géniale. Mais je dirai quand même que je suis suisse la prochaine fois qu’on me demande.

Aujourd’hui double jour de fête: c’est thanksgiving ET EN PLUS on a eu notre journée: je sais, c’est complètement maboul.

J’ai déjeuné avec des Américains en plein syndrome « Rémi Sans Famille« . Il y avait une dinde de la taille d’un 36 tonnes et des tas de purées multicolores. Et du mac’n’cheese, à savoir le meilleur de la gastronomie américaine. Je voulais prendre une photo mais comme je ne voulais pas faire ressembler la scène encore plus à ça…:

 

On célèbre donc ces sympathiques peaux-rouges qui ont permis aux pèlerins crados de se sustenter. Rendant possible une aliénation plus ou moins dramatique.

La tradition veut que l’assemblée se réunisse en cercle et dise ce pour quoi elle est « thankful » cette année. Évidemment comme c’était bourré d’intellos, un paquet d’entre eux ont remercié -quelqu’un, on ne sait pas trop qui?- pour le cessez-le-feu à Gaza hier. Un sosie de James Franco que je connais bien mais je crois qu’on n’est jamais devenu ami car je trouve que ressembler à James Franco -même s’il n’y est PEUT-ÊTRE pour rien- c’est débile; a été le premier à le dire. On sentait que les autres essayaient de reformuler la même chose et rageaient qu’on leur ait piqué leur idée si PC.

Une américano-israélienne a du vouloir partager ce moment de gêne nationale en remerciant-là encore, on ne sait pas trop qui- pour le déplacement de la récession des Etats-Unis à l’Europe. J’étais la seule Européenne J’ai trouvé ça bien plus stupide qu’offensant mais enfin…

Le reste de l’audience a fait des déclarations plus consensuelles (oui: c’est carrément le mot de la semaine). J’ai envisagé de faire semblant de prendre un appel urgent quand mon tour viendrait mais j’ai préféré dire une blague, et délibérément faire mon accent le plus français possible car je sais que ça bat 1- les ressemblances avec James Franco, 2- le militantisme, 3- l’intérêt pour l’économie mondiale,  sur le tableau de scores des intellos New-Yorkais.

J’ai eu raison puisque James Franco m’a plus tard entretenue longuement de Simone de Beauvoir. Mauvaise pioche puisque je n’aime pas du tout. Il m’a même dit « ça doit être génial d’être français et de pouvoir se dire qu’on vient du même pays que cette figure majeure du patrimoine de l’humanité« . J’ai failli éclater de rire m’a j’ai préféré m’étouffer avec la dinde.

Les arbres d’Harlem sont oranges.  C’est très beau. Mais comme vous avez tous vus un automne à New York, pas la peine que je vous fasse un dessin.

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Une chose géniale aux Etats-Unis, c’est Netflix. D’aucuns disent que c’est la meilleure invention humaine depuis la pénicilline. C’est un service de vidéos à la demande sur abonnement avec un « profiling » censé intelligent -je dis censé parce qu’en ce moment Netflix me propose beaucoup de films avec un « strong lead female character« , et je ne vois pas trop pourquoi.

Le problème avec Netflix, c’est l’effet corne d’abondance. Trop de choix empêche la véritable décision. Tu finis donc par regarder soit un film français (que tu as potentiellement déjà vu), ou trois fois les vingt premières minutes d’un truc, et comme ça ne prend pas, tu zappes.

Donc c’est super parce que j’ai enfin pu voir la Piscine, et dans un tout autre registre, Clueless.

Hmmmm Ouuuuuh Wiiiiiiz

lolilol

Et en même temps tu te rends compte qu’un certain nombre de documentaires sont réalisés à base de bout de ficelle, comme ce truc que j’ai vu l’autre jour:

Donc c’est tellement difficile de faire un choix que finalement tu ne regardes rien.

J’imagine que c’est la version encore plus perverse du vidéo club.

Netflix

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Hier je marchais jusqu’à chez Miss America en écoutant les Supremes. J’avais la chaire de poule. D’abord parce qu’il fait froid, genre super froid, genre moins mille degrés, genre la mort. Ensuite parce que l’effervescence de cette dernière année autour de l’élection, ici et ailleurs, me rendait fébrile.

Certains pensent même qu’on en fait trop:

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Moi je trouve ça grisant, mais c’est sans doute parce que je suis très bon public.

Chez Miss America, le feu électrique grille. On regarde CBS en se racontant les derniers gossips du moment -on « catch up » comme aiment faire les Américains. On rigole comme des patates devant le coté très premier degrés de Scott Pelley et de ses copains.

Ils ont un petit air de ce que je vous avais partagé.

La blonde n’avait pas voté, et elle ne savait pas que Mitt Romney était mormon -clairement le plus gros enjeu de la campagne les amis!-. Parfois je me demande pourquoi je fais ce métier. Personne n’en a rien foutre de l’actualité.

Et puis il a été élu. J’ai déjà raconté ça 700 milliards de fois, mais je voudrais rappeler qu’il y a un truc entre Obama et moi. On peut dire sans exagérer que nous avons commencé nos carrières le même jour. On est de la même promo. J’ai signé ma première pige payée grâce à un piston. Si vous avez suivi les derniers épisodes, en novembre 2008 j’étais à Ramallah, où je collais aux basques de trois types: Don Juan, Dieu, et Zorro. Et cette brillante pige c’est justement Dieu qui me l’avait filée, Zorro qui l’avait relue et Don Juan qui me l’avait débriefée. C’est l’ acte fondateur qui a permis à la padawan de devenir la star du journalisme international que je suis aujourd’hui.

Donc je peux vous dire que cette élection, j’en faisais une affaire (en partie) personnelle.

Donc voila, bravo Barack.

Je suis une route semée d’embuches, toi aussi; mais quelque chose me dit qu’on est quand même sur la bonne voie. Rendez-vous dans 4 ans pour un autre bilan.

Après les réseaux-socialeries d’usages, et des embrassades émues avec Miss America, j’ai pris la route de Brooklyn, avec un B comme Barack.

Professeur Tournesol était dans bar haïtien en bas de chez moi donc je suis passée. Il m’avait raconté plus tôt au téléphone une embrouille de pigistes digne des Rois Maudits, je voulais aller l’assurer de mon soutien (même si on a vu qu’il ne vaut pas grand chose).

C’etait super packed (un jeu de mot! ahah). Comme d’habitude, avec sa coloc, on était les seuls caucasiens. Les gens étaient chauds bouillants mais aussi assez éméchés donc je ne sais ce qu’il faut en déduire.

Le patron du bar, un grand haïtien sec et toujours tirés à quatre épingles (look Yves saint Laurent assez appréciable) me racontait ses années françaises et pompidoliennes (comme l’évocation de Pompidou, Pierre Mendès France ou Mick Jagger suscite généralement chez moi autant d’excitation que l’évocation de Justin Bieber chez les filles de 12 ans…). Il a expliqué au Professeur Tournesol qu’il aimait bien Reagan parce qu’il avait donné plein de thunes à l’Afrique, pourquoi pas. Après il y a eu le discours de Barack. J’ai adoré sa cassededi à Joe Biden en mode « BFF ».

Et sinon, dans un tout autre registre, aujourd’hui j’interviewais un mec donc le commerce a été méga inondé par Sandy. Détail notable: il portait un Barbour, mais pas le modèle que je veux pour ceux qui se demandent.

Bon ce mec est italien, trop sympa et caviste, beaucoup d’éléments favorables. Ou peut être que je suis juste quelqu’un qui a beaucoup d’empathie. Depuis trois mois, c’est-à-dire quand j’ai découvert son existence en fait, je pense à cette phrase d’HBM: « le journalisme c’est le contact et la distance« . C’est mon nouveau motto. J’en ai besoin parce que je passe mon temps à trouver les gens trop cools, et c’est un problème.

BREF, ce type avait perdu des centaines de milliers de dollars et il avait rouvert plus ou moins 48h après l’ouragan. Il a reconstruit les deux tiers de sa boutique en 10 jours, et j’avais envie de lui dire bravissimo (ahah).

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Dans les rues autour du Brooklyn Bridge tout était fermé. Le quartier vient de récupérer le gaz. Ils ont de la chance par rapport aux habitants de Long Island évidemment. Ils le savent mais je ne les blâme pas de ne pas sauter au plafond. Tout est mort, comme une terre brulée.

Vive le roi

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C’est comme si le temps s’était arrêté avec les métros.

Tout le sud de Manhattan est dans le noir complet. Je suis passée en taxi ce soir on ne voit strictement rien. Vraiment. Les rues sont vides, et les immeubles se dressent sombres et muets. Tout le monde travaille de chez soi, voire ne travaille pas (ALLO! C’est New York!).

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Mes colocs ont fait une petite fête, une hurricane party, et quand ils me posent des questions sur Breezy Point j’ai l’impression que tout ce qui s’est passé est très lointain.

J’ai mis un badge à mon poignet. Je trouve ça très chic. Je me suis doublement blessée lors de mon infiltration militaire: à la main, et sur le haut du crâne, je suis sure que c’est ce casque débile de l’armée, et c’est le comble.

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PTSD

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Point G

J’ai eu la ligne G en 15 secondes à l’aller et au retour: j’aurais du savoir que quelque chose ne tournait pas rond, que la G -la ligne des G-hipsters, les hipsters cheap; la ligne qui ne fonctionne jamais correctement- m’envoyait un signe.

Elle me disait: « tu as masterisé Brooklyn, tu es prête pour ton grand moment ». Et donc voila: j’ai vécu la soirée de hipster ultime, je m’en rends compte maintenant. Je m’en vais vous la conter.

Cordialement invitée par le Professeur Tournesol, j’arrive à East Williamsburg dans un loft au style indéfinissable. Je dirais à mi chemin entre la maison close de Timisoara et le set d’un film amateur indie sur des colocs sympas qui seraient en fait des vampires. Bref, il y avait une immense première « pièce à vivre » très haute de plafond, avec des tentures bordeaux qui partent d’une sorte de lustre abstrait. C’était un duplex donc en montant un long escalier en bois -ce genre qui fait toujours « Bienvenue aux 2 Alpes »- on arrivait à une chambre style backroom. En bas une autre chambre d’inspiration Cendrillon. Et un très grand backyard.

Ensuite avant de vous donner une info assez révélatrice, je veux vous dire que je l’ai fact-checké du mieux que je pouvais plusieurs fois pendant la soirée: je ne dis pas par sarcasme ou simplement par facilité. 90% des hommes portaient une chemise à carreaux, 60% une barbe. Ça c’est un élément de décor.

Pour les filles c’est toujours plus compliqué. Certaines portent la licorne. D’autres ont des looks que seule une ado pourrait assumer, le mini short en jean cisaillé ET bleach, le t-shirt à fleurs en matière synthétique, et des lunettes de soleil H&M. On se Je redemande toujours quel est le statement derrière tout ça ? Autre que « baise moi », j’entends.

Bref l’assemblée a un bon vernis hipster. Bon ça ne veut pas dire que les mecs sont de vrais hipsters, ie : free-lance, locavores, plus ou moins décroissants ou au moins adeptes du « mieux consommer », et appréciant les idées de communautés et de tribus un peu floues. Non la je parle des hipsters comme on en parle dans la presse européenne: une bande de jeunes à la mode.

Il y avait des fraises au chocolat, et de la PBR. Au début la programmation musicale était à la hauteur de la chemise en flanelle. Et puis plusieurs litres de PBR plus tard, il y avait du Rihanna et personne ne trouvait à y redire.

A l’exception d’un Canadien qui était marin, et encore c’était un marin free-lance, tout le monde travaillait plus ou moins dans les médias ou la création.

Ces gens là me sont familiers. Je connais ces mecs qui font du coworking, lancent des agences de news, des boites de prod de courts, des plateformes interactives, des labels vraiment pointus, des collectifs de stylistes, des projets de création protéiforme,…

Je n’y vois aucun problème. Ça m’amuse parce que mes amis Parisiens, Libanais et même Ramallawis font exactement la même chose. J’ai trois potes qui font de la finance (et plutôt solidaire), une toute petite poignée de commerciaux (et encore ils ont toujours un peu créateurs), deux ingénieurs,… Je ne connais presque personne qui a un poste fixe, et très peu qui travaillent pour un organisme public.

Tout le monde parlait donc de « projets », de « capstone », de « pitchs » et de « pieces » -le tout réalisé chez Third Ward entre Greenpoint et Bushwick.

Lifestyliment parlant, je me suis retrouvée coincée dans une conversation où j’étais la seule à ne pas avoir de vélo. Et j’ai entendu plusieurs fois, des jeunes femmes et de jeunes hommes parler de se respecter en mangeant bio et/ou local et/ou sans gluten.

Il y avait un vieux copain à moi en pull digne du clip Last Christmas et petites lunettes rondes en écaille. Il parlait très vite. Il était trop excité. High on life. Ou d’autres substances moins licites.

Quand je l’ai retrouvé il était avec sa coloc, une blonde canaille, et un petit mec à la voix de canard. Le petit mec voulait se taper mon copain. Il a fini par me demander avec beaucoup de fébrilité dans sa voix de canard pour que le mec ne soit pas un serial killer, si mon copain en était. Je ne savais pas quoi dire puisque mon copain venait de m’annoncer que les identités sexuelles c’était très reac.

Il a surement été influencé par ce photo shoot en action dans un donjon SM. Quand il racontait cette histoire en détail le petit groupe autour de lui avait du mal à se retenir de saliver. Mon vieux copain a conclu en disant que finalement avec 50 Shades of Grey tout ça était dans l’air du temps, qu’il aimerait bien être une dominatrice et que quand tu vas chez le médecin et qu’il te demande de te déshabiller puis qu’il t’ausculte c’est la même chose que le bondage et l’humiliation sexuelle.

Après la métaphore du médecin on a entendu un « Awhw I’d like that ». C’était le gnome à la voix de canard.

Autour de nous tout le monde avait la pupille luisante.

J’ai dit ce que je pensais de 50 Shades of Grey, que ça n’était pas mon truc tant c’était dénué de tout second degrés et surtout que je trouvais ça très mainstream. Sérieusement en 2012, la plupart des gens qui sont dans la cible de ce bouquin se sont déjà fait un peu violentés par quelqu’un avec qui ils couchaient, et un paquet de gens s’est déjà fait bandé les yeux. Quant au nombre de nanas qui, comme l’héroïne, se font entretenir par un mec qui n’a dans le fond qu’une exigence la fermeté de la cuisse et la lascivité, je crois qu’il est assez important. Et je suis loin de les blâmer.

En plus ce bouquin n’invente rien. Le marquis de Sade, les maisons closes, la soumission…

En fait ça me rappelle un biopic de Madame de Montespan que j’ai lu en seconde.

Donc on ne peut pas vraiment parler de tendances. Et une fois de plus ceci n’est pas un pamphlet contre le pincement de tétons.

En revanche la lubricité des regards autour de nous était assez inquiétante. Peut-être qu’à force de trop se respecter et de parler de consommer mieux on perd un peu le fun de la vraie vie. La vie dans laquelle se prendre trop au sérieux, le seul véritable problème du mouvement hipster si vous voulez mon avis, est un frein à un brin de déviance.

En tous cas quand mon vieux copain racontait ses histoires de donjons et m’interpelait en me demandant si j’aimerais être bâillonnée et que le petit public m’a regardé comme si j’avais dit que parfois je buvais du vrai lait, pas du lait de soja. C’est à dire comme la personne la plus libérée et sulfureuse de la planète, ou au moins de cette soirée.

Du coup je suis retournée parler au marin canadien qui était bien plus rigolo avec ces histoires de pirates des Caraïbes.

Attention je ne crache pas sur les hipsters : quand ils me parlent de leur libération par le yoga, le tatouage ou leur label d’underground chilien je trouve ça super excitant. Je crois juste qu’il ne faut pas les fréquenter trop longtemps.

Mais j’ai impressionné des hipsters et ça, c’est une réussite.

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Storytelling

Quand j’étais à Boston, le chef op avec qui je travaillais était complètement anarchiste et avait eu une vie très très mouvementée: tenancier d’hotel avec une fille qu’il a épousé à 16 ans alors qu’ils étaient sous acid, tournée avec un groupe de punk, clochardisation new-yorkaise,… Les amateurs de Junk y trouveraient leur conte (ahah).

Outre quelques histoires de perceptions du monde améliorées grâce à des substances diverses -très intéressant quand même pour un mec dont le métier est maintenant de faire des images, autrement dit des représentations, il m’a beaucoup parlé du fait qu’il ne croyait pas en l’idée de gouvernement. Mais qu’il ne voulait rien faire pour le renverser. C’est loin d’être le premier à me raconter un truc comme ça dans sa tranche d’âge, alors je me suis dit que ça valait le coup d’être raconté. Ces types ont l’air de se reposer sur des institutions locales et communautaires plus que sur l’état. En même temps ils sont assez fataliste et leur conclusion ressemble un peu ça: « même s’il ne sert à rien, il ne faut pas révolutionner ou anéantir le gouvernement ». Curieux.

Sinon il a réalise ce super doc:

 

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Hier, j’ai essayé de faire mon boulot. Ce n’est pas toujours facile d’être le supermarché de rédacs parisiennes.

– Ouais alors on voudrait un truc genre avec plein de jeunes avec des tshirts de Mitt Romney Et des iPads avec des guns dans les mains. Il me FAUT ce plan pour le sujet

– … (journaliste se demandant si le devis comprend un budget figurants)

Le cas le plus classique:

– Alors écoute il faut qu’on sente New York. Genre je veux des taxis jaunes, de la fumée, des noirs qui font du hip hop, l’Empire, un mec qui mange un hot dog en costume,… Tu vois le truc?

– ah oui, oui, je vois le truc! Depuis ma fenêtre même. C’est bien simple à chaque fois que j’ouvre les yeux ici c’est ce que je vois.

Bref là il s’agissait d’aller traquer le jeune démocrate pour lui poser des questions sur son utilisation des réseaux sociaux.

A une fête de jeunes démocrates dans une salle de concert du Lower East Side.

Très risqué l’interview à des fêtes. Le temps de t’installer tout le monde est déjà ivre mort.

J’ai été traumatisée par un sujet que j’avais fait toute seule pour l’école, sur les open bars justement. J’avais été à une fête de lancement d’un nouveau numéro du formidable Keith. En trois secondes et demi, j’avais à peine eu le temps de cliper la semelle de la camera à un monopode (très mauvaise idée le monopode), une sueur d’angoisse me parcourant l’échine à l’idée de devoir filmer une horde de jeunes excités sous des lumières stroboscopiques que l’immense majorité de la foule était déjà saoule -trop pour répondre à mon modeste micro trottoir en tous cas. Si je n’avais pas croisé une bonne amie à moi à qui je pouvais bien expliquer l’importance essentielle de mon travail avant qu’elle passe à la casserole camera, je n’aurais pas eu ce précieux sonore à peu près potable. L’échec en somme.

Heureusement cette fois ci, j’étais aidée de Monsieur Nature et Découvertes. On s’en est finalement sorti même si en regardant les rushs (ce que j’ai eu tout le loisir de faire, ayant passé ma nuit sur un serveur), je note bien quelques regards vitreux.

Dernière note sur cet événement: le jeune démocrate, contrairement à toutes attentes, n’est pas hipster. Pas du tout. Il porte le costume ou le tailleur mal coupé et a généralement la tête De celui pour qui ça n’a pas toujours été facile au collège. Binoclard et un peu rond. Quand j’imagine la tête des jeunes loups soutiens de Raymond Barre c’est a peu près comme ça que je les vois.

Open Bar

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Politics

J’avais suivi le premier débat dans un silence religieux chez des copains journalistes, ou même respirer ou prendre une part de pizza était déjà considéré comme un problème. Ça m’avait un peu calmée. En plus c’est amusant parce que je trouvais qu’Obama avait pris un coup de vieux. Comme si c’était mon vieil oncle (d’Amérique -ahah).

Pour le deuxième débat, j’avais décidé de ne pas me ré-imposer la clique des binoclards. Mes colocs regardaient le débat donc j’entendais Obama s’énerver. J’ai ouvert twitter et ce dont tout le monde parlait c’était « binder full of women ».

Pour avoir une expérience complète hier je suis allée dans un bar pour regarder le troisième et capital débat.

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Tout le monde s’en foutait dans le bar.

Je crois que seul le groupe d’Européens écoutait ce que les deux bonhommes avaient à raconter.

Ils étaient souvent d’accord. Ce n’est pas dans les prochaines années que nos frères palestiniens seront libérés, quelque soit l’issue du scrutin. Mitt Romney, décidément très enclin au lapsus, a confondu l’Iran et l’Irak. L’Afrique et l’Amérique du Sud n’ont pas eu l’honneur d’être invitées à cette mascarade, peut-être que c’est une chance.

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Hier j’étais au concert de Justice. Un mec est tombé du troisième balcon juste devant la scène. Comme une feuille morte. Ces deux potes au bout du balcon, se devisageaient avec des expressions complètement ahuries. Petit mouvement de foule, mais l’immense majorité des ados supersurexcités ont continué à pogoter (et oui!). Une fille qui avait l’air sérieusement ivre et décolorée au henné (et oui!) a filmé le type à terre et les trois mecs qu’il avait écrabouillés, la bouche ouverte et l’oeil mort.

CRouveyrolles
Le concert était top et au final personne n’est mort.

Justice

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